Le ministre du Travail, l’honorable Jean-Pierre Blackburn, a annoncé la présente étude le 6 mars 2008 afin de réaliser un examen en profondeur des causes et répercussions des arrêts de travail dans le secteur privé de compétence fédérale pour établir des possibilités d’en réduire le risque, la fréquence et la durée. L’étude devait inclure des consultations avec des représentants syndicaux et patronaux pour préciser des options acceptables aux yeux des deux parties. Un rapport final devait être présenté au ministre dans les 180 jours suivants. Le mandat figure à l’Annexe A.
Il est nécessaire de formuler des commentaires sur la nature et la portée du mandat, notamment sur les détails décrits dans le préambule.
Le mandat de l’étude ne consiste qu’à déterminer des options permettant de gérer les arrêts de travail. Voilà ce qui distingue la présente étude des enquêtes antérieures dans lesquelles les commissaires devaient dégager des options « et, s’il y a lieu, de recommander des modifications législatives »2.
Les intervenants ont été mis au courant de cette distinction au début de l’étude afin qu’ils conviennent en grand nombre de la nature et de la portée des options, étant entendu qu’ils ne s’engageaient à rien, sinon à continuer de collaborer avec le Programme du travail pour déterminer si les options modifiées pendant les discussions pourraient devenir des recommandations de modifications législatives.
Les syndicats craignent que cette étude ne favorise les employeurs. Certains prétendent que la mesure statistique des jours-personnes non travaillés (JPNT) qui sert à classer le Canada dans l’étude de l’OCDE favorise surtout les employeurs, parce qu’elle mesure la productivité macroéconomique et la compétitivité, contrairement à l’approche behavioriste qui cherche à mieux exprimer la mesure expérientielle de la perte pour le gréviste.
D’autres avancent que le concept de la réduction ou de l’élimination des grèves traduit mal leur fonction dans les négociations collectives. Dans ce contexte, ils ne sont considérés comme ni bons ni mauvais, mais simplement comme la manifestation ultime de la volonté collective de leurs membres de correspondre à celle de l’employeur dans le processus de la libre négociation collective, lorsqu’il n’existe aucun autre moyen viable de régler les désaccords fondamentaux dans leur relation.
En réaction à ces inquiétudes, il faut rappeler que la présente étude ne cherche pas à ébranler le principe à l’appui des activités syndicales ou des droits des syndicats à « la liberté syndicale et la pratique des libres négociations collectives [qui] sont les fondements de relations du travail fructueuses permettant d’établir de bonnes conditions de travail et de saines relations entre travailleurs et employeurs »3. Les options proposées reposent sur le volontariat, sauf lorsqu’il existe des motifs d’intervenir, ce qui, dans bien des cas, favorise les syndicats. Par ailleurs, les options préconisées pour réduire les arrêts de travail permettent d’améliorer l’expérience des travailleurs. Elles cherchent à pallier les aspects négatifs du milieu de travail en ce qui concerne l’incidence des rapports d’opposition traditionnels sur la subordination des travailleurs, le manque de respect et l’exclusion des processus décisionnels.
Ni la compétitivité, ni le manque de compétitivité causé par un dossier d’arrêts de travail moins favorable que celui de nos concurrents internationaux ne peut servir à exprimer un parti pris dans le mandat de l’étude. Les syndicats et les employeurs ont un intérêt commun : faire en sorte que le Canada demeure concurrentiel avec le reste du monde. D’autres qui ont dirigé avec brio des réformes du Code canadien du travail, Partie I, reconnaissent qu’une réforme peut être nécessaire pour renforcer la capacité du patronat et des travailleurs de s’adapter et de se démarquer dans un milieu de travail de plus en plus mondial4. La référence au milieu de travail mondial englobe la nécessité de demeurer concurrentiel, qui reste un intérêt commun des intervenants, comme l’une des nécessités fondamentales des relations syndicales-patronales saines.
Théoriquement, il s’agit d’une étude sur les arrêts de travail touchant les travailleurs employés en vertu du Code canadien du travail, Partie I. Or, le mandat renvoie au « secteur privé de compétence fédérale ». On pourrait penser que cette description exclut les employés de certaines sociétés d’État (notamment Énergie atomique du Canada limitée, les musées nationaux et Via Rail) qui ne font pas partie du secteur privé.
Outre le titre des diagrammes et des tableaux, où il est essentiel de faire preuve d’exactitude, des renvois sont le plus souvent faits au secteur privé de compétence fédérale ou à la compétence fédérale dans le corps du texte. Ces descriptions sont censées avoir la même signification que les renvois au Code canadien du travail, Partie I.
Notes :
[1] note en bas de la page 1 Préambule du Code canadien du travail, Partie I, L.R., 1985, ch. L-2, 29 juin 2000.
[2] note en bas de la page 2 Sims, Andrew C.L.Vers l’équilibre (Hull : Ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux du Canada), 1995, p. 3.
[3] note en bas de la page 3 Préambule du Code canadien du travail, Partie I, L.R. 1985, ch. L-2, 29 juin 2000.
[4] note en bas de la page 4 Sims, Andrew C.L.Vers l'équilibre : révision de la partie I du Code canadien du travail (Hull : Ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux du Canada, 1995), p. 41.