Comparaisons de l'incidence, de l'ampleur et de la persistance du faible revenu pour la période de 2000 à 2007 selon la MPC et les SFR-API
Plusieurs dimensions sont importantes pour l'analyse du faible revenu. Ce rapport traite de l'incidence (le pourcentage de personnes qui vivent dans une situation de faible revenu au cours d'une année donnée); de l'ampleur (à quel point le revenu des familles à faible revenu est inférieur aux seuils) et de la persistance (si les personnes qui se trouvent dans une situation de faible revenu durant la période allant de 2000 à 2007 y restent pendant toute la période ou pendant seulement une ou deux années).
L'incidence de faible revenu dans le présent rapport correspond au pourcentage de la population vivant dans des familles dont le revenu total disponible est inférieur à leur seuil de faible revenu.
Selon la MPC, de 2000 à 2007, le nombre de personnes en situation de faible revenu a diminué de 1,1 million pour se chiffrer à 3,3 millions en 2007 (figure 1). En pourcentage de la population, le taux de faible revenu est passé de 14,6 % en 2000 à 10,1 % en 2007. La diminution de 2006 et 2007 a été la plus marquée durant cette période.
La baisse très marquée de l'incidence en 2007 reflète la forte croissance du revenu médian après impôt chez la plupart des familles économiques, y compris celles se situant dans le cinquième inférieur de la répartition du revenu, dont le revenu réel a augmenté de 4,4 %. La conjoncture économique vigoureuse en 2007 a dynamisé la croissance du revenu; d'une année à l'autre, la croissance du PIB réel a été de 2,7 %, celle de l'emploi de 2,3 %, alors que le taux de chômage est tombé à 6,0 %, son plus bas niveau en 30 ans.
Comme le montre la figure 2, le taux d'incidence suit une tendance similaire selon l'utilisation de la MPC ou des SFR-API. D'une année à l'autre, seulement deux taux de décroissance ont été significatifs du point de vue statistique11, ceux de 2000 à 2001 et de 2006 à 2007.
La tendance graduelle à la baisse observée pendant la période allant de 2000 à 2007, pour la MPC et pour les SFR-API, témoigne d'une amélioration du marché du travail au cours de cette période, d'augmentations importantes des prestations destinées aux enfants et aux aînés et de réductions significatives de l'impôt.
Comme le montre la figure 2, en 2007, 10,1 % des Canadiens des 10 provinces vivaient en situation de faible revenu selon la MPC comparativement à 9,2 % selon les SFR-API. Cette différence dans l'incidence globale du faible revenu est attribuable à la définition plus stricte du revenu disponible utilisée par la MPC. Si l'on avait utilisé la définition du revenu disponible des SFR-API et les seuils de faible revenu de la MPC en 2007, l'incidence du faible revenu aurait été de 8,2 % plutôt que de 10,1 %.
Le taux de faible revenu était plus élevé chez les enfants que chez tout autre groupe (figure 3). En particulier, selon la MPC, l'incidence du faible revenu chez les enfants de moins de six ans était de 13,3 %, alors qu'il était de 11,9 % chez les enfants de moins de 18 ans en 2007. Une comparaison entre la MPC et les SFR-API indique également un plus grand écart entre l'incidence du faible revenu chez les enfants et celle du faible revenu chez les autres groupes d'âge. Par exemple, le taux de faible revenu chez les enfants de moins de 18 ans était de 9,5 % selon les SFR-API. Ce résultat tient en grande partie du fait que, contrairement aux SFR, la MPC tient compte des frais de garde d'enfant.
Parmi les personnes de 65 ans et plus, l'incidence mesurée selon la MPC était plus faible que celle selon les SFR-API (2,6 % dans le premier cas, contre 4,8 % dans le second). Bien que les dépenses médicales personnelles, qui sont habituellement plus élevées chez les ménages où le PSE12 a 65 ans ou plus, aient été soustraites du revenu disponible avant que celui-ci soit comparé aux seuils de la MPC.
L'augmentation de l'incidence du faible revenu chez les aînés entraînée par les soins et services de santé non assurés que fait ressortir la MPC est plus que contrebalancée par l'effet de l'échelle d'équivalence de la MFR utilisée pour son calcul. La plupart des personnes âgées de 65 ans ou plus vivent au sein de familles constituées d'un seul membre ou de deux membres seulement, dans des collectivités urbaines comptant 30 000 habitants ou plus. Pour ces collectivités et familles, l'échelle d'équivalence de la MFR calcule qu'une plus petite fraction du revenu disponible d'une famille de référence (quatre personnes) est nécessaire pour qu'une famille d'une ou de deux personnes ait un niveau de vie similaire à ce qui est calculé par les échelles d'équivalence implicites des LICOs-IAT13.
Cela signifie que l'écart relatif entre les seuils de faible revenu pour la MPC et les SFR-API est plus grand pour la plupart des aînés que pour les personnes en âge de travailler ou les enfants de moins de 18 ans. En conséquence, les taux de faible revenu pour les personnes de 65 ans et plus tendent à être plus faibles selon la MPC que selon les SFR-API.
Cette diminution générale importante des taux de faible revenu chez les personnes de 65 ans et plus est une indication que les personnes qui ont atteint l'âge de 65 ans après 2000 sont plus susceptibles d'être admissibles aux prestations d'un régime de pension offert par l'employeur ou de vivre dans un couple où les deux conjoints touchaient un revenu avant leur retraite (et, par conséquent, reçoivent tous les deux des prestations de retraite du Régime de pensions du Canada/des rentes du Québec). La baisse survenue entre 2005 et 2007 est également attribuable à une hausse du Supplément de revenu garanti versé aux aînés seuls à faible revenu, qui est entrée en vigueur en janvier 2006 et en janvier 2007.
Les seuils de la MPC sont plus sensibles que les SFR-API aux différences dans le coût du logement et du transport entre les régions. Un résultat important de cette sensibilité plus élevée est que, dans chaque province, les différences entre les seuils de faible revenu des grandes collectivités urbaines, des régions rurales et des collectivités urbaines trop petites pour disposer d'un service de transport en commun et les seuils des grandes collectivités urbaines sont moins importantes si les calculs sont faits avec les SFR-API. Cela fait ressortir plusieurs facteurs, par exemple, le coût des services de transport dans les collectivités de plus petite taille qui ne comptent aucun service de transport en commun est plus élevé parce qu'il coûte plus cher d'utiliser une voiture usagée que d'acheter un abonnement pour adulte aux transports en commun et de prendre des taxis. Agencé au fait que les revenus dans les régions rurales sont habituellement inférieurs à ceux des centres urbains, il en résulte des différences importantes entre les deux mesures au regard de la distribution géographique de la population à faible revenu.
En 2007, selon les SFR-API, seulement 6,0 % de la population à faible revenu du Canada vivait dans des régions rurales, alors que 60,7 % habitait dans les neuf régions métropolitaines de recensement (RMR) ayant une population d'au moins 500 000 habitants14. Toutefois, cette année-là, selon la MPC, 11,6 % de la population à faible revenu du Canada vivait dans des régions rurales et 50,0 % dans de grandes RMR.
S'il est important de déterminer quel pourcentage de personnes vivent dans une situation de faible revenu, il est également important de savoir dans quelle mesure le revenu de ces personnes est inférieur aux seuils de faible revenu. L'incidence du faible revenu peut être la même pour deux populations, mais si le revenu d'une de ces populations se situe, en moyenne, juste sous le seuil de faible revenu, tandis que celui de l'autre population ne correspond, en moyenne, qu'à la moitié du seuil de faible revenu, la situation de la première population est définitivement plus avantageuse que celle de la deuxième.
Pour les familles dont le revenu disponible est inférieur à un seuil de faible revenu, l'ampleur du faible revenu correspond à la différence entre leur revenu disponible et leur seuil de faible revenu, exprimé en pourcentage de ce dernier (la justification de l'utilisation du pourcentage est donnée à la page 42). Par exemple, une ampleur de faible revenue de 20 signifie que la personne vit dans une famille dont le revenu disponible est de 20% inferieur à son seuil de faible revenu.
De façon générale, les variations annuelles de l'ampleur du faible revenu ne sont pas assez importantes pour être statistiquement significatives; à l'échelle nationale, l'ampleur n'a diminué que de 0,4 point de pourcentage pour la période allant de 2000 à 2007 (tableau 9). Les comparaisons entre différents groupes valent cependant qu'on s'y intéresse. En 2007, l'ampleur du faible revenu était considérablement moindre pour les aînés (25,8 %) et les enfants (26,0 %) dans une situation de faible revenu que pour la population en âge de travailler, soit les 18 à 64 ans (35,2 %). Cette situation témoigne de la plus grande générosité des programmes de transfert gouvernementaux envers les aînés (Sécurité de la vieillesse, Supplément de revenu garanti et Régime de pensions du Canada/de rentes du Québec) et envers les familles ayant des enfants (Prestation fiscale canadienne pour enfants, Supplément de la prestation nationale pour enfants et Prestation universelle pour la garde d'enfants).
Il ressort de la figure 4 et du tableau 9 que l'ampleur du faible revenu connu par les personnes en âge de travailler et les enfants en 2007 était moindre selon la MPC que selon les SFR-API. Cependant, ces différences ne sont pas statistiquement significatives (voir la note en bas de page no 11). La différence de l'ampleur du faible revenu est plus marquée chez les personnes âgées étant donné que la distribution de leur revenu est plus comprimée, ce qui rend le calcul de l'ampleur plus sensible aux différences entre les SFR-API et les seuils de faible revenu de la MPC.
Il est difficile d'expliquer les variations annuelles de l'ampleur du faible revenu ou pourquoi l'ampleur selon une mesure du faible revenu est plus grande ou plus faible que selon une autre mesure. Le changement de l'ampleur du faible revenu d'une année à l'autre est le résultat net d'un ensemble de facteurs : 1) Jusqu'où, en deçà du seuil de faible revenu,les personnes qui sont entrées en situation de faible revenu sont-elles tombées?; 2) Dans quelle mesure les personnes qui sont passées au-dessus du seuil de faible revenu étaient-elles près de ce seuil avant de quitter la situation de faible revenu?; 3) Dans quelle mesure le revenu disponible des personnes qui sont demeurées sous les seuils durant les deux années s'est-il rapproché ou éloigné des seuils?; 4) la situation des familles ajoutées à l'échantillon en regard du faible revenu.
Les conséquences négatives de l'expérience du faible revenu, particulièrement pour les enfants, sont susceptibles d'être plus dommageables si la situation dure plus longtem ps, d'où l'importance de savoir dans quelle mesure les personnes vivent une situation de faible revenu persistante plutôt que temporaire.
Pour qu'une personne soit en situation de faible revenu persistant selon la MPC, le cumul des revenus annuels disponibles des familles auxquelles elle appartient au cours de la période faisant l'objet de l'analyse doit être inférieur au cumul des seuils de faible revenu de ces mêmes familles pour la même période d'analyse.
Il est important de comprendre la différence entre le fait de vivre une situation de faible revenu durant une seule année au cours d'une période de plus d'une année, durant toutes les années de la période et de façon persistante durant la période.15 Prenons l'exemple d'une jeune femme qui vivait seule en 2000 et 2001, qui avait un revenu disponible de 12 500 $ et un seuil de faible revenu de 15 000 $. Elle se marie en 2002 et le revenu combiné des deux conjoints est de 21 000 $ au total, alors que leur seuil de faible revenu est de 22 000 $. En 2003, elle devient enceinte et cesse de toucher un salaire, mais son conjoint obtient un emploi mieux rémunéré et leur revenu demeure à 22 000 $. En 2004, elle donne naissance à son enfant et leur seuil de faible revenu augmente donc à 25 500 $; cependant, le revenu de la famille augmente, avec les prestations parentales, à 27 500 $. Au cours de la période de cinq ans allant de 2000 à 2004, cette femme a donc vécu dans des familles dont le revenu disponible total était de 95 500 $, alors que le total des seuils de faible revenu de ces familles était de 99 500 $. On considère par conséquent qu'elle a vécu dans une situation de faible revenu persistant durant la période de 2000 à 2004, même si durant la dernière année de la période, le revenu disponible de sa famille était supérieur au seuil de faible revenu.
Sur toutes les personnes âgées de 18 à 59 ans en 2002, 23,4 % ont connu une situation de faible revenu, selon la MPC, durant au moins une des années comprises entre 2002 et 2007; toutefois, 6,1 % (un peu plus du quart des personnes qui se sont trouvées en situation de faible revenu pendant au moins une année) ont vécu une situation de faible revenu persistant durant cette période de six ans (figure 5).
Si l'on examine la situation des enfants de moins de 13 ans en 2002, 27,8 % ont vécu dans une situation de faible revenu au moins une année entre 2002 et 2007, selon la MPC, alors que 9,1 % (moins d'un tiers de ceux qui ont vécu dans une situation de faible revenu pendant au moins un an) ont vécu une situation de faible revenu persistant16.
Pour ce qui est des personnes de 65 ans et plus, 10,0 % ont vécu au moins une situation de faible revenu entre 2002 et 2007, alors que 1,9 % d'entre elles étaient en situation de faible revenu persistant durant cette période.