Plusieurs dimensions sont importantes pour l'analyse du faible revenu. Ce rapport traite de l'incidence (le pourcentage de personnes qui vivent dans une situation de faible revenu au cours d'une année donnée); de l'ampleur (à quel point le revenu des familles à faible revenu est inférieur aux seuils); de la persistance (si les personnes qui se trouvent dans une situation de faible revenu durant la période 2000 à 2006 y restent pendant toute la période ou pendant seulement une ou deux années).
Selon la MPC, entre 2000 et 2006, le nombre de personnes en situation de faible revenu a diminué de 572 000 pour se chiffrer à 3,8 millions en 2006 (figure 1). En pourcentage de la population, le taux de faible revenu est passé de 14,6 % en 2000 à 11,9 % en 2006. Cette diminution graduelle dissimule cependant le nombre important de personnes qui entrent en situation de faible revenu et qui en sortent. Chaque année au cours de cette période, environ 1 million de personnes sont tombées avec un faible revenu et environ 1,1 million sont sorties de cette situation.

Comme le montre la figure 2, cette tendance en ce qui concerne l'incidence est similaire à celle obtenue en utilisant les SFR-API. À l'exception de la diminution observée entre 2000 et 2001, aucun de ces changements d'une année à l'autre n'est statistiquement significatif10. Avec une mesure comme avec l'autre, cette tendance a touché chacun des trois principaux groupes d'âges (moins de 18 ans, 18 à 64 ans et 65 ans et plus) (tableau 7).
La tendance graduelle à la baisse entre 2000 et 2006, observée pour la MPC et pour les SFR-API, témoigne d'une amélioration du marché du travail au cours de cette période, d'augmentations importantes des prestations destinées aux enfants et aux aînés et de réductions significatives de l'impôt.

Comme le montre la figure 2, en 2006, 11,9 % des Canadiens des 10 provinces vivaient en situation de faible revenu selon la MPC comparativement à 10,5 % selon les SFR-API. Cette différence dans l'incidence globale du faible revenu est attribuable à la définition plus stricte du revenu disponible utilisée par la MPC. Si l'on avait utilisé la définition du revenu disponible des SFR-API et les seuils de faible revenu de la MPC, l'incidence du faible revenu aurait été de 9,8 % plutôt que de 11,9 % en 2006.
L'écart entre l'incidence du faible revenu chez les enfants de moins de 18 ans obtenu à l'aide des deux mesures était cependant passablement plus important (tableau 7). Ce résultat tient en grande partie du fait que, contrairement aux SFR, la MPC tient compte des frais de garde d'enfant.
La situation est inversée dans le cas des personnes de 65 ans et plus, pour lesquelles l'incidence est moins élevée selon la MPC, et ce, bien que les dépenses médicales personnelles, qui sont habituellement plus élevées dans le cas des ménages où le PSE a 65 ans ou plus, aient été soustraites du revenu disponible avant que celui-ci ne soit comparé aux seuils de la MPC.
L'augmentation de l'incidence du faible revenu chez les aînés entraînée par les soins et services de santé non assurés que fait ressortir la MPC est plus que contrebalancée par l'effet de l'échelle d'équivalence de la mesure du faible revenu utilisée pour son calcul. Sauf pour les personnes vivant dans des collectivités rurales et de petites collectivités urbaines, l'échelle d'équivalence de la mesure du faible revenu calcule qu'une plus petite fraction du revenu disponible d'une famille de quatre personnes est nécessaire pour qu'une famille d'une ou de deux personnes ait un niveau de vie similaire à ce qui est calculé par les échelles d'équivalence implicites des SFR-API11.
Puisque la plupart des personnes âgées vivent dans des familles d'une ou de deux personnes, dans des collectivités urbaines de taille moyenne à grande, leurs seuils de faible revenu et, par conséquent, leurs taux de faible revenu, en comparaison avec ceux de la famille de référence, ont tendance à être plus bas avec la MPC qu'avec les SFR-API.
Cette diminution générale importante des taux de faible revenu chez les personnes de 65 ans et plus est une indication que les personnes qui ont atteint l'âge de 65 ans après 2000 sont plus susceptibles d'être admissibles aux prestations d'un régime de pension offert par l'employeur ou vivent dans un couple où les deux conjoints touchaient un revenu avant leur retraite (et, par conséquent, reçoivent tous les deux des prestations de retraite du Régime de pensions du Canada/des rentes du Québec). La baisse entre 2005 et 2006 est également attribuable à une hausse du Supplément de revenu garanti versé aux aînés seuls à faible revenu depuis 2006.

Les seuils de la MPC sont plus sensibles que les SFR-API aux différences dans le coût du logement et du transport entre les régions. Un résultat important de cette sensibilité plus élevée est que, dans chaque province, les différences entre les seuils de faible revenu des grandes collectivités urbaines, des régions rurales et des collectivités urbaines trop petites pour disposer d'un service de transport en commun et les seuils des grandes collectivités urbaines sont moins importantes qu'avec les SFR-API, parce qu'il coûte plus cher d'utiliser une voiture usagée que d'acheter un abonnement pour adulte aux transports en commun et de prendre des taxis. Agencé au fait que les revenus dans les régions rurales sont habituellement inférieurs à ceux des centres urbains, il en résulte des différences importantes entre les deux mesures au regard de la distribution géographique de la population à faible revenu. En 2006, selon les SFR-API, seulement 5,3 % de la population à faible revenu du Canada vivait dans des régions rurales, alors que 60,4 % habitait dans les neuf régions métropolitaines de recensement (RMR) ayant une population d'au moins 500 000 habitants12.Toutefois, cette année-là, selon la MPC, 11,2 % de la population à faible revenu du Canada vivait dans des régions rurales et 51,6 % dans de grandes RMR.
S'il est important de déterminer quel pourcentage de personnes vivent dans une situation de faible revenu, il est également important de savoir dans quelle mesure le revenu de ces personnes est inférieur aux seuils de faible revenu. L'incidence du faible revenu peut être la même pour deux populations, mais si le revenu d'une de ces populations se situe, en moyenne, juste sous le seuil de faible revenu, tandis que celui de l'autre population ne correspond, en moyenne, qu'à la moitié du seuil de faible revenu, la situation de la première population est définitivement plus avantageuse que celle de la deuxième.
Dans le cas des familles dont le revenu disponible est inférieur à un seuil de faible revenu, l'ampleur du faible revenu correspond à la différence entre leur revenu disponible et leur seuil de faible revenu exprimé en pourcentage de ce seuil. Par exemple, un faible revenu d'une ampleur de 20 signifie que la personne vit dans une famille dont le revenu disponible est de 20 % inférieur au seuil de faible revenu pour ce type de famille.
De façon générale, les variations annuelles de l'ampleur du faible revenu ne sont pas assez importantes pour être statistiquement significatives; à l'échelle nationale, l'ampleur n'a diminué que de 0,8 point de pourcentage entre 2000 et 2006. Les comparaisons entre différents groupes valent cependant qu'on s'y intéresse. En 2006, l'ampleur du faible revenu était considérablement moindre pour les aînés (19,8 %) et les enfants (25,0 %) dans une situation de faible revenu que pour la population en âge de travailler, soit les 18 à 64 ans (34,3 %). Cette situation témoigne de la plus grande générosité des programmes de transfert gouvernementaux envers les aînés (Sécurité de la vieillesse, Supplément de revenu garanti et Régime de pensions du Canada/de rentes du Québec) et envers les familles ayant des enfants (Prestation fiscale canadienne pour enfants, Supplément de la prestation nationale pour enfants et Prestation universelle pour la garde d'enfants).
Il ressort de la figure 4 et du tableau 9 que l'ampleur du faible revenu connu par les personnes en âge de travailler et les enfants en 2006 était moindre selon la MPC que selon les SFR-API. Cependant, ces différences ne sont pas statistiquement significatives (voir la note de bas de page no 10). La différence de l'ampleur du faible revenu est plus marquée chez les personnes âgées étant donné que la distribution de leur revenu est plus comprimée, ce qui rend le calcul de l'ampleur plus sensible aux différences entre les SFR-API et les seuils de faible revenu de la MPC.
Il est difficile d'expliquer les variations annuelles de l'ampleur du faible revenu. Tous les ans, un nombre important de personnes et de familles économiques se déplacent au-dessous et au-dessus des seuils de faible revenu indépendamment de la mesure utilisée. Par exemple, entre 2005 et 2006, le nombre de personnes faisant partie de familles économiques à faible revenu selon la MPC a connu une diminution nette de 120 000. Or, simultanément, 2 millions de personnes ont commencé à faire partie de familles économiques à faible revenu ou ont quitté cette catégorie.
Le changement de l'ampleur du faible revenu d'une année à l'autre est le résultat net d'un ensemble de facteurs : 1) Jusqu'où, en deçà du seuil de faible revenu, les personnes qui sont entrées en situation de faible revenu sont-elles tombées?; 2) Dans quelle mesure les personnes qui sont passées au-dessus du seuil de faible revenu étaient-elles près de ce seuil avant de quitter la situation de faible revenu?; 3) Dans quelle mesure le revenu disponible des personnes qui sont demeurées sous les seuils durant les deux années s'est-il rapproché ou éloigné des seuils?; 4) la situation des familles ajoutées à l'échantillon en regard du faible revenu.

Les conséquences négatives de l'expérience du faible revenu, particulièrement pour les enfants, sont susceptibles d'être plus dommageables si la situation dure plus longtemps, d'où l'importance de savoir dans quelle mesure les personnes vivent une situation de faible revenu persistante plutôt que temporaire.
Selon la MPC, une personne est considérée à faible revenu persistant lorsque le total des revenus annuels disponibles des familles auxquelles elle appartient, au cours de la période visée, est inférieur au total des seuils de faible revenu de ces familles pour ces années.
Il est important de comprendre la différence entre le fait de vivre une situation de faible revenu durant une seule année au cours d'une période de plus d'une année, durant toutes les années de la période et de façon persistante durant la période13. Prenons l'exemple d'une jeune femme qui vivait seule en 2000 et 2001, qui avait un revenu disponible de 12 500 $ et un seuil de faible revenu de 15 000 $. Elle se marie en 2002 et le revenu combiné des deux conjoints est de 21 000 $ au total, alors que leur seuil de faible revenu est de 22 000 $. En 2003, elle devient enceinte et cesse de toucher un salaire, mais son conjoint obtient un emploi mieux rémunéré et leur revenu demeure à 22 000 $. En 2004, elle donne naissance à son enfant et leur seuil de faible revenu augmente donc à 25 500 $; cependant, le revenu de la famille augmente, avec les prestations parentales, à 27 500 $. Au cours de la période de cinq ans allant de 2000 à 2004, cette femme a donc vécu dans des familles dont le revenu disponible total était de 95 500 $, alors que le total des seuils de faible revenu de ces familles était de 99 500 $. On considère par conséquent qu'elle a vécu dans une situation de faible revenu persistant durant la période de 2000 à 2004, même si durant la dernière année de la période, le revenu disponible de sa famille était supérieur au seuil de faible revenu.
Sur toutes les personnes âgées de 18 à 60 ans en 2002, 22,2 % ont connu une situation de faible revenu, selon la MPC, durant au moins une des années comprises entre 2002 et 2006; toutefois, 7,5 % (un peu plus du tiers des personnes qui se sont trouvées en situation de faible revenu pendant au moins une année) ont vécu une situation de faible revenu persistant durant cette période de cinq ans. Ces chiffres étaient de 21,7 % et de 7,9 % respectivement pour la période allant de 2000 à 2004. C'est donc dire qu'il y a eu une légère baisse du taux de faible revenu persistant entre ces deux périodes.
Si l'on examine la situation des enfants de moins de 14 ans en 2002, 26,5 % ont vécu dans une situation de faible revenu au moins une année entre 2002 et 2006, selon la MPC, alors que 11,0 % (moins de la moitié) ont vécu une situation de faible revenu persistant. Ces chiffres sont de 26,2 % et de 11,6 % respectivement pour la période allant de 2000 à 2004. Il y a donc eu chez ce groupe aussi une légère diminution du taux de faible revenu persistant.
