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L'incidence de certains facteurs sur les cheminements menant à l'obtention d'un diplôme d'études secondaires et à la participation à des études postsecondaires chez les personnes qui montrent de faibles compétences en lecture à l'âge de 15 ans - novembre 2007

4. Conclusions

La première section de l'analyse dresse un profil des différences entre les décrocheurs, les diplômés du secondaire et ceux qui avaient poursuivi des études pour secondaire (EPS) à l'âge de 19 ans. Ces profils s'appuient sur les données du cycle 2 (17 ans), et indiquent principalement les activités à l'école secondaire, les convictions et les attitudes, et la performance scolaire. On montre quelles sont les activités, les attitudes et les convictions qui semblent faciliter l'obtention de bons résultats d'éducation.

Pour quelques variables, il existe des données identiques pour le cycle 1. Dans certains cas, il peut être utile de comparer les profils à deux moments précis. L'évolution entre l'âge de 15 et 17 ans peut illustrer une éventuelle dynamique pendant les années cruciales du secondaire. Par exemple, il se peut que les élèves qui ont choisi de poursuivre des EPS aient participé davantage aux diverses activités sociales pendant leurs études secondaires. Dans certains graphiques et tableaux, on illustre cette perspective de comparaison longitudinale.

Après les profils, on présente les résultats de l'analyse de régression multinominale qui établit les contrastes entre les trois groupes définis précédemment. La question qu'on se pose ici consiste à savoir lesquels des éventuels facteurs énumérés dans l'analyse du profil ont des effets directs sur le cheminement scolaire après correction statistique des variables démographiques et autres variables de base.

4.1 Description des élèves faibles en lecture

Avant de dresser le profil des cheminements scolaires que suivent les élèves faibles en lecture, il est important de définir brièvement en quoi les élèves faibles en lecture forment un groupe qui diffère de ceux qui excellent. Une première différence importante, c'est qu'un faible résultat au test de lecture est intimement lié à de faibles résultats dans toutes les autres mesures de la performance scolaire chez les jeunes de 15 ans. Les élèves faibles en lecture obtenaient des notes inférieures dans toutes les matières, étaient moins nombreux à suivre un cours de mathématiques ou un cours de langue en 10e année, étaient moins nombreux à suivre un cours de mathématiques ou de langue de niveau préuniversitaire, et obtenaient des résultats inférieurs au test de mathématiques. Ces difficultés scolaires existaient depuis longtemps pour un grand nombre d'entre eux, puisqu'ils étaient également plus nombreux à avoir redoublé une année au primaire. Bref, le résultat en lecture n'est pas un résultat isolé, mais plutôt une composante d'une faible performance scolaire en général.

Une autre différence importante, c'est que les élèves faibles en lecture se sont classés au bas de l'échelle dans tous les facteurs considérés comme des causes ou des conséquences de leurs faibles résultats en lecture. Ces facteurs sont le peu de plaisir pour la lecture, le peu d'efforts et d'intérêts à l'école, le manque de confiance en eux et une faible estime de leurs capacités à l'école, le peu de temps consacré aux devoirs, les faibles aspirations d'éducation, le pessimisme quant à leur avenir sur le marché du travail, et le peu d'importance accordé à l'éducation par eux-mêmes ou leurs parents. Les répondants de ce groupe sont plus nombreux à déclarer qu'ils ont déjà enfreint les règlements de l'école et qu'ils sont donc plus nombreux à avoir été expulsés. Il n'est pas surprenant qu'à la lumière de ces problèmes, les élèves croient que les relations enseignants-élèves ne soient pas si bonnes à leur école. Ils proviennent de ménages où le SSE est faible, où les ressources culturelles et éducationnelles sont peu nombreuses, et participent à peu d'activités culturelles. Ces différences indiquent que le faible niveau de compétence en lecture a des causes et des conséquences importantes. Les convictions, les aspirations et les efforts individuels ont des conséquences, mais la situation socioéconomique de leurs parents aussi, tout comme les ressources matérielles et culturelles qu'ils offrent.

Trois facteurs démographiques sont également répartis de façon inégale entre les élèves faibles en lecture et ceux qui excellent : les jeunes qui ont des problèmes de santé, les minorités visibles et les immigrants sont surreprésentés dans l'échantillon de jeunes ayant un faible niveau de compétence en lecture. Il faut savoir qu'aucune des autres caractéristiques de la situation familiale ne semble avoir de grandes conséquences sur le niveau de compétence en lecture. Par exemple, les différences dans la structure familiale, le nombre de frères et soeurs et les déménagements d'école ou de domicile ont des effets mineurs (quoique significatifs sur le plan statistique à l'occasion).

4.2 Profil des cheminements scolaires

La présente section dresse le profil des mesures de soutien social, des activités à l'école secondaire, des convictions et des attentes des élèves faibles en lecture par rapport à leur cheminement scolaire. Les analystes se fondent sur les déclarations des élèves à l'âge de 17 ans, c'est-à-dire à l'aide des données du cycle 2. Dans certains cas, lorsqu'il est possible d'établir des comparaisons révélatrices, on fait ressortir une évolution des jeunes entre l'âge de 15 et 17 ans.

4.2.1 Mesures de soutien social et institutionnel

L'un des principes fondamentaux du cadre de résilience, c'est que les mesures de soutien social sont essentielles pour qu'un jeune puisse surmonter n'importe quel obstacle. Ces mécanismes d'adaptation peuvent avoir des sources variées, notamment les enseignants, les parents, les pairs, et les adultes de la collectivité. Dans la présente section, on documente l'effet apparent de chacune de ces sources de soutien social sur les cheminements scolaires à l'âge de 19 ans.

Perception des mesures de soutien social

La documentation théorique illustre que les jeunes qui croient être en mesure de faire confiance à quelqu'un et de se tourner vers cette personne lorsqu'ils sont en difficulté deviennent résilients. Cette attente est confirmée dans le tableau 2, qui présente un modèle de constance : les décrocheurs étaient les moins susceptibles d'affirmer qu'ils connaissaient une personne qui les aiderait s'ils étaient mal pris, ou à qui ils pourraient faire confiance et parler de leurs problèmes sans être mal à l'aise. Sur l'ensemble des six mesures, les jeunes qui ont pris part à des EPS étaient les plus susceptibles de déclarer qu'ils bénéficiaient de ce genre de soutien social. La différence de perception des mesures de soutien social entre les décrocheurs et les participants aux EPS oscille entre 10 et 16 %. Bien que cet écart ne soit pas énorme, la constance de cette observation porte à croire qu'une absence de mesures de soutien social peut constituer un important facteur expliquant la décision de ces jeunes de poursuivre leurs études.

Tableau 2 Perception des mesures de soutien social
Pourcentage qui admettent avec certitude que… Décrocheurs Diplômés EPS
Si les choses tournent mal, il y a quelqu'un pour m'aider* 33 36 44
Ma famille et mes amis me rassurent et me rendent heureux 41 47 56
Je fais confiance à une personne et je peux lui demander conseil si j'ai des problèmes 41 46 54
Il y a quelqu'un avec qui je peux parler de mes problèmes sans être mal à l'aise* 26 31 39
Il y a une personne dont je me sens proche* 27 34 43
Je peux compter sur des gens si j'ai des problèmes 32 37 42
* Cette affirmation était à la forme négative, mais elle est inversée ici par souci d'uniformité.

Bénévolat

En général, les jeunes sont actifs dans le secteur bénévole. Les raisons qui expliquent leur participation varient, qu'il s'agisse de la volonté d'acquérir des compétences propres à un emploi, ou simplement de l'intérêt pour une cause donnée. On considère généralement que le bénévolat a des conséquences positives pour les jeunes, puisqu'il les expose à des modèles d'âge adulte dans les organismes communautaires ou municipaux. Sur le plan du capital social, les jeunes actifs dans le secteur bénévole consolident leur stock de capital social - des adultes pouvant constituer des sources d'information utiles). Ici, on veut savoir si la participation à des activités de bénévolat offre des mesures d'adaptation sociale qui se traduisent par une probabilité accrue qu'un jeune poursuive ses études. La figure 1 indique que la participation à des activités de bénévolat est effectivement liée à des résultats d'éducation chez les élèves faibles en lecture. Seulement deux décrocheurs sur cinq ont participé à des activités de bénévolat, mais cette statistique atteint 55 % chez les étudiants de niveau postsecondaire. Ces chiffres révèlent également que les jeunes qui font le plus de bénévolat sont les plus susceptibles d'obtenir de bons résultats d'éducation.

Figure 1: Bénévolat

Participation aux activités parascolaires

La participation à des activités bénévoles est peut-être importante, mais il semble que la participation à des activités parascolaires soit une forme encore plus importante de résilience chez les élèves faibles en lecture. La participation à des activités parascolaires tant à l'école que dans la collectivité semble être un bon moyen de contrer le décrochage. Si on s'exprime différemment, les jeunes qui participent à des activités parascolaires à l'âge de 17 ans sont décidément plus nombreux à terminer leur secondaire, et même à poursuivre des EPS. Le tableau 3 montre que parmi ceux qui poursuivent des EPS, seulement 13 % n'ont pas pris part à des activités parascolaires, tandis qu'un peu plus de la moitié (56 %) ont participé à des activités parascolaires soit à l'école, soit dans la collectivité. Par contraste, environ un tiers des décrocheurs du secondaire n'ont pas pris part à des activités parascolaires, et seulement trois sur dix ont pris part à des activités tant à l'école que dans la collectivité.

Tableau 3 Participation à des activités parascolaires
  Décrocheurs Diplômés EPS
N'ont pas participé à des activités parascolaires 32 23 13
Ont participé à des activités à l'école ou ailleurs qu'à l'école 38 34 31
Ont participé à des activités à l'école et à l'extérieur de l'école 30 44 56
Total 100 100 100

Le point commun qui relie le bénévolat et les activités parascolaires est le temps consacré à des activités organisées et supervisées par des adultes. Par ailleurs, ni le bénévolat ni les activités parascolaires ne sont littéralement considérées comme des activités d'éducation. Pourtant, les deux semblent améliorer le cheminement scolaire des jeunes. Bref, les résultats indiquent que plus les jeunes participent à des activités organisées et supervisées par des adultes, meilleurs sont leurs résultats d'éducation par la suite.

Perception du soutien des pairs

La documentation sur l'influence des pairs porte sur leur éventuel effet négatif sur la performance scolaire et les études des jeunes. On dit souvent que la culture des pairs s'oppose aux activités normatives. Pourtant, les pairs peuvent jouer un rôle important dans le soutien scolaire. Les données ne révèlent pratiquement pas d'écarts quant à la perception du soutien des pairs. Indépendamment de leur cheminement scolaire, plus de neuf répondants sur dix croyaient qu'ils avaient des amis à l'école avec lesquels ils pouvaient aborder des sujets personnels et qui pouvaient les aider à faire leurs travaux scolaires au besoin. Étant donné le soutien quasi-universel des pairs, celui-ci n'a presque pas d'effet sur le cheminement scolaire.

L'importance des pairs sur le cheminement scolaire se situe dans leurs plans d'éducation. Les jeunes ayant un faible niveau de compétence en lecture peuvent être portés à poursuivre leurs études s'ils ont des amis qui encouragent l'éducation et qui prévoient poursuivre des études postsecondaires. Comme le révèle la figure 2, la moitié des jeunes qui ont poursuivi des études postsecondaires ont déclaré que leur réseau de pairs à l'école tait constitué en totalité d'amis qui accordaient beaucoup d'importance à la réussite des tudes secondaires. Du côté des décrocheurs, il n'y en a qu'environ un quart (27 %) qui ont déclaré avoir eu un réseau d'amis du même genre. On remarque une tendance similaire quant à la perception des plans d'études postsecondaires de leurs pairs. Précisément, il y a près de deux fois plus de jeunes qui ont poursuivi des études postsecondaires qui avaient un réseau d'amis dont tout le monde prévoyait poursuivre des études postsecondaires que de jeunes qui ont décroché avant la fin du secondaire (44 % contre 17 %). Ces conclusions confirment qu'un réseau de pairs positifs semble être une ressource éducative vitale pour les jeunes dont le niveau de compétence antérieur en lecture était inférieur à la moyenne.

Figure 2: Perception du soutien éducatif des pairs

Soutien des enseignants

En gros, les élèves faibles en lecture croient que leurs enseignants s'occupent d'eux, les traitent équitablement et respectueusement, et leur fournissent au besoin l'aide supplémentaire qu'ils leur demandent. Toutefois, ces impressions sont plus fréquentes chez les jeunes dont les résultats d'éducation sont meilleurs, bien que ces différences soient modestes, soit un écart de dix points entre les décrocheurs et les participants à des EPS (voir tableau 4).

Tableau 4 Soutien des enseignants
Pourcentage qui admettent ou qui admettent avec certitude que… Décrocheurs Diplômés EPS
Je m'entends bien avec les enseignants 67 77 83
J'ai été traité avec le même respect que les autres élèves de mon groupe 76 86 90
La plupart de mes enseignants s'occupaient vraiment de moi 83 88 91
Il y avait des enseignants ou d'autres adultes à mon école à qui je pouvais m'adresser si j'avais un problème 89 90 89
Les gens à l'école s'intéressaient à ce que j'avais à dire 80 84 86
La plupart de mes enseignants écoutaient vraiment ce que je disais 77 85 87
Si j'avais besoin d'aide supplémentaire, les enseignants m'en donnaient 82 89 92
La plupart de mes enseignants me traitaient équitablement 81 91 93

Soutien des parents

Dans l'examen de la documentation, on indique que la valeur que les parents accordent à l'éducation est l'une des plus importantes influences sur le cheminement scolaire de leurs enfants. Cette situation est corroborée ici : plus de quatre jeunes sur cinq qui ont pris part à des études postsecondaires, contrairement à moins de la moitié de ce pourcentage chez les décrocheurs, croyaient qu'il était « très important » pour leurs parents qu'ils poursuivent des EPS (figure 3)2.

Figure 3: Importance que les parents accordent à la réussite des études secondaires et à la participation à des EPS de leurs enfants

Soutien de l'école

La dernière mesure de soutien est l'établissement scolaire lui-même. Les écoles ne s'y prennent pas toutes de la même manière pour fournir un apprentissage qui prépare les élèves soit à travailler, soit à poursuivre des études postsecondaires. On peut penser que les écoles accorderaient davantage de temps aux élèves qui risquent de décrocher ou de ne pas poursuivre d'études postsecondaires pour les aider à se préparer au monde du travail, mais ce n'est pas vraiment ce que révèlent les données. Comme on peut le voir au tableau 5, les élèves qui ont décroché avant l'âge de 19 ans étaient les moins susceptibles d'avoir participé à une activité offerte par l'école pour les préparer au marché du travail ou à des études supérieures.

Tableau 5 Participation aux activités fournies par l'école pour s'informer sur le marché du travail et les études
Pourcentage qui… Décrocheurs Diplômés EPS
Ont appris à rédiger un curriculum vitæ 70 83 86
Ont appris à se chercher un emploi 72 79 78
Ont appris à se préparer à une entrevue 68 78 79
Ont découvert des emplois susceptibles de les intéresser 77 83 85
Ont rencontré un conseiller en orientation pour décider de leur avenir au travail ou aux études 57 69 81
Ont rempli un questionnaire sur leur intérêt et leurs capacités 55 61 67
Ont utilisé l'Internet pour choisir un programme collégial ou universitaire 29 48 61
Ont obtenu des renseignements sur l'aide financière aux étudiants 19 32 42
Ont visité un campus 14 19 29
Ont assisté à des exposés de personnes qui travaillent dans divers domaines 46 55 59

Compte tenu que les écoles ont préparé des programmes particuliers pour les élèves qui semblent en voie de passer directement au marché du travail depuis l'école secondaire, il est surprenant que ceux qui ont poursuivi des études postsecondaires aient quand même été les plus nombreux à participer aux activités préparatoires à l'emploi fourni par l'école, comme les cours de rédaction de curriculum vitæ, les techniques de recherche d'emploi, la préparation à l'entrevue, et les exposés de personnes qui travaillent dans divers domaines. Que tirer de cette statistique? Peut-être que les jeunes élèves résilients saisissent les occasions de préparer leur avenir, notamment en participant à des activités qui ne sont pas actuellement urgentes, comme l'acquisition de compétences en recherche d'emploi et l'accumulation d'information professionnelle.

Une activité organisée par l'école, notamment la rencontre d'un conseiller en orientation scolaire pour s'informer sur les études ou le monde du travail, devrait être importante pour tous les élèves, qu'ils souhaitent poursuivre des études postsecondaires ou non. Selon cette mesure, plus de 20 points séparent les décrocheurs des élèves qui choisissent de poursuivre des études postsecondaires. Cela appuie l'interprétation selon laquelle les jeunes qui font preuve de résilience tirent parti des ressources qui leur sont offertes, et sont ainsi en mesure de faire fi des désavantages scolaires attribuables à un faible niveau de compétence en lecture.

Il est aussi important de noter que la plus grande différence entre les décrocheurs, les diplômés et les élèves qui poursuivent des études postsecondaires quant à leur participation aux activités fournies par l'école est l'utilisation d'Internet pour se renseigner sur les programmes d'études postsecondaires : moins du tiers (29 %) des décrocheurs avaient utilisé l'Internet à l'école cette fin, comparativement à trois cinquièmes (61 %) de ceux qui se sont par la suite inscrits un programme d'études postsecondaires. Cette statistique est au nombre de celles qui indiquent que les ordinateurs et les compétences en informatique jouent un rôle significatif dans le cheminement scolaire des jeunes.

4.2.2 Mécanismes habilitants personnels

La section précédente a brossé un tableau uniforme montrant que tous les types de mesures de soutien social semblent constituer des ressources qui aident les élèves ayant des compétences en lecture inférieures à la moyenne à quand même terminer leur secondaire et, dans certains cas, à poursuivre des études postsecondaires. Les résultats sur la participation des jeunes à des activités offertes par l'école présentés précédemment illustrent que les jeunes qui font preuve de résilience sont particulièrement portés à tirer parti de toutes les ressources qui leur sont offertes. La présente section poursuit ce même thème et observe les éventuels mécanismes habilitants pouvant se traduire par de bons résultats d'éducation chez les jeunes qui ont des compétences en lecture inférieures à la moyenne.

Initiative personnelle d'acquisition de compétences

Au cours du deuxième cycle de l'EJET, on a demandé aux répondants de nous indiquer quelles étaient les activités auxquelles ils s'étaient inscrits de leur plein gré au cours de la dernière année dans le but d'acquérir des compétences pour un emploi ou une carrière. Les chercheurs en résilience considèrent que l'initiative personnelle est un attribut exceptionnel. Les résultats, présentés au tableau 6, appuient la théorie selon laquelle l'initiative personnelle peut être caractéristique de la résilience éducative des jeunes. Au même moment, ils montrent que l'initiative personnelle n'est qu'un facteur modeste. Dans certaines activités, comme l'observation d'autres personnes au travail et l'écoute de leurs conseils et de leur aide, on ne remarque pas de lien significatif sur le plan statistique avec le cheminement scolaire. Dans les activités où l'on observe un lien évident, c'est entre les décrocheurs et tous les autres élèves qu'on observe le contraste, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de différence dans ces mesures d'initiative personnelle entre les diplômés du secondaire et les étudiants de niveau postsecondaire. Cette statistique s'oppose à la plupart des autres conclusions tirées jusqu'ici, qui montraient des écarts entre les trois cheminements scolaires.

Tableau 6 Initiative personnelle d'acquisition de compétences
Pourcentages qui, de leur plein gré… Décrocheurs Diplômés EPS
ont utilisé l'Internet pour acquérir des compétences pour un emploi ou une carrière 29 43 45
ont lu des livres, des manuels ou d'autres ouvrages écrits pour acquérir des compétences pour un emploi ou une carrière 43 54 54
ont utilisé un logiciel d'enseignement informatisé pour acquérir des compétences pour un emploi ou une carrière 19 29 28
ont utilisé des vidéos, des cassettes, des CD, la télévision, la radio ou des DVD pour acquérir des compétences pour un emploi ou une carrière 20 25 25
ont regardé d'autres personnes travailler, ont reçu des conseils ou de l'aide de la part d'autres personnes pour acquérir des compétences pour un emploi ou une carrière 75 71 73
ont participé à n'importe quelle autre activité d'apprentissage pour acquérir des compétences pour un emploi ou une carrière 9 10 11

La plus grande différence dans l'effet de l'initiative personnelle concerne l'utilisation de l'Internet : moins de trois décrocheurs sur dix (29 %) ont utilisé l'Internet pour acquérir des compétences pour un emploi ou une carrière, comparativement à 45 % des étudiants de niveau postsecondaire. Voilà une deuxième indication selon laquelle l'acquisition de compétences en informatique a la capacité d'améliorer les résultats d'éducation.

Effort à l'école

L'effort consacré aux travaux scolaires constitue une deuxième forme d'initiative. Deux aspects de cet effort sont examinés ici : la présence en classe, et le temps consacré aux devoirs. Pour ce qui est de la présence, la figure 4 montre qu'à l'âge de 15 et 17 ans, les élèves faibles en lecture qui avaient amélioré leur cheminement scolaire à l'âge de 19 ans assistaient aux cours plus régulièrement. Il faut savoir que dans tous les groupes, le taux d'absentéisme augmentait d'année en année au secondaire. Toutefois, et c'est peut-être ce qu'il faut retenir le plus, plus un cheminement scolaire s'améliorait, moins les élèves étaient susceptibles de rater des cours souvent. Cette situation s'explique par la comparaison des bandes de chaque groupe à 15 et à 17 ans. Parmi les élèves qui finissaient par décrocher, 18 % (53-35=18) de moins assistaient aux cours régulièrement à l'âge de 17 ans, contrairement à une baisse de seulement 7 % du côté des élèves qui poursuivaient des EPS. Il semble que les élèves faibles en lecture qui persistent à assister aux cours régulièrement soient capables de bénéficier de cette autodiscipline scolaire et d'améliorer leurs résultats d'éducation.

Figure 4: Moins d'un cours raté par mois

La figure 5 fournit des données parallèles quant au volume de devoirs faits. Si la figure précédente révèle que la présence régulière diminue d'année en année au secondaire, celle-ci démontre que le volume de devoirs faits augmente peu importe le cheminement scolaire. Encore une fois, à deux moments précis, plus les devoirs sont faits, meilleurs sont les résultats d'éducation. Par exemple, à 17 ans, moins de trois décrocheurs sur dix (28 %) déclarent avoir consacré quatre heures ou plus à leurs devoirs pendant leur dernière année au secondaire, comparativement à environ deux cinquièmes (42 %) des diplômés du secondaire, et à près de trois cinquièmes (57 %) de ceux qui poursuivent des études postsecondaires. Par ailleurs, comme dans le cas de la présence en classe, les jeunes qui montrent un meilleur cheminement scolaire deviennent, avec le temps, davantage portés à accroître le volume d'efforts qu'ils consacrent à leurs devoirs que ceux qui décrochent. Chez les décrocheurs, seulement 16 % consacraient au moins quatre heures par semaine à leurs devoirs, comparativement à 26 % chez ceux qui poursuivaient des études postsecondaires.

Figure 5: Temps consacré aux devoirs supérieur à quatre heures par semaine

Persévérance

Par définition, la persévérance à l'école, c'est le fait de ne pas abandonner en période de difficulté scolaire. À 15 ans, les élèves faibles en lecture montraient une différence quasi nulle de leur indice personnel de persévérance, un écart non significatif de quatre points séparant ceux qui avaient décroché à 19 ans de ceux qui poursuivaient des études postsecondaires (figure 6). Deux ans plus tard, les différences de persévérance à l'école sont considérables : seulement 36 % des décrocheurs n'ont jamais mis un frein à leurs efforts en période de difficulté scolaire, comparativement à 53 % de ceux qui avaient participé à des études postsecondaires. Il n'est pas possible d'établir clairement ce qui s'est passé au cours de ces deux ans dans la vie des jeunes ayant obtenu les meilleurs résultats d'éducation, mais il semble que cette forme de résilience ait joué un rôle considérable dans leur cheminement scolaire.

Figure 6: Élèves qui n'ont jamais mis un frein à leurs efforts en période de difficulté scolaire

Comportements risqués

L'un des aspects de la résilience est l'élimination des comportements risqués. Au secondaire, la consommation d'alcool et de marijuana ou de hasch constitue un éventuel comportement risqué. Tandis qu'une grande majorité de jeunes de 17 ans déclarent avoir consommé de l'alcool, il existe une association entre la consommation d'alcool et les résultats d'éducation : seulement 23 % des décrocheurs ont déclaré qu'ils n'avaient jamais consommé d'alcool à l'âge de 17 ans, contrairement à 33 % des diplômés du secondaire et de ceux qui poursuivent des études postsecondaires (voir figure 7). Toutefois, cette statistique serait bien plus qu'une simple question d'abstinence. Elle indique clairement que les jeunes qui ont les meilleurs résultats d'éducation ont également appris à boire de façon responsable. Cette explication s'appuie sur le fait que la consommation moyenne d'alcool chez les étudiants de niveau postsecondaire qui consomment est de 4,6 consommations; elle est de 5,3 consommations chez les diplômés du secondaire, et de 6,4 chez les décrocheurs (données non incluses). Comme dans le cas de la présence en classe et de l'effort consacré aux devoirs, ces statistiques prouvent que les jeunes montrant une résilience éducative ont appris à bien se discipliner.

Figure 7: Abstinence de la consommation d'alcool et de marijuana ou hasch

La déclaration volontaire de la consommation de marijuana ou de hasch est beaucoup moins fréquente que la consommation d'alcool, mais elle montre les mêmes tendances que la consommation d'alcool : environ la moitié (48 %) des décrocheurs disent qu'ils n'ont jamais consommé de marijuana ni de hasch, comparativement à environ quatre cinquièmes des étudiants de niveau postsecondaire.

Très peu de jeunes dans cet échantillon (moins de 1 %) étaient parents à l'adolescence. Cependant, les relations sexuelles non protégées qui se traduisent par la naissance d'un enfant ont des conséquences immédiates désastreuses sur le décrochage du secondaire, surtout chez les mères. Chez les adolescentes mères, les deux tiers n'ont pas terminé leur secondaire, et presque toutes les autres n'ont pas poursuivi d'EPS (données non incluses). Étant donné la constance des tendances, il est raisonnable de conclure que les jeunes faisant preuve de résilience éducative soient plus nombreux à éviter les comportements risqués, du moins en ce qui a trait à la précocité des relations sexuelles non protégées et à la consommation d'alcool et de marijuana.

Autoévaluation des aptitudes scolaires

L'examen de la documentation démontre que, de façon générale, les jeunes qui jugent leurs aptitudes scolaires supérieures sont plus susceptibles de poursuivre des études postsecondaires. Ce qu'on ne sait pas, c'est si cette statistique s'applique aux jeunes qui ont déjà eu un niveau de compétence inférieur selon des tests normalisés, comme le test de compétence en lecture utilisé pour le présent rapport. La documentation sur la résilience indique que l'un des aspects de la résilience, c'est lorsqu'un jeune est convaincu qu'il a les aptitudes idéales pour répondre à ses aspirations scolaires. C'est cette attente qui est évaluée ici.

À 17 ans, on a demandé aux répondants d'évaluer où ils se situaient dans six domaines de capital humain qui représentent sans doute les compétences les plus nécessaires à la réussite scolaire. La figure 8 montre le pourcentage de décrocheurs, de diplômés et d'étudiants de niveau postsecondaire qui ont répondu qu'ils avaient d'excellentes « aptitudes » dans chacun des six domaines. On en dégage plusieurs tendances importantes. Tout d'abord, dans tous les domaines de compétence (à l'exception partielle des compétences en mathématiques), on observe les inégalités suivantes :

Décrocheurs < Diplômés < Étudiants de niveau postsecondaire.

Figure 8: Autoévaluation des aptitudes

Si ces inégalités sont relativement uniformes, l'ampleur des différences n'est pas grande, généralement sous les 10 points. Cela veut donc dire que l'autoévaluation des aptitudes scolaires n'est qu'un facteur mineur dans la décision des jeunes de décrocher ou de poursuivre des études postsecondaires.

D'autre part, on retient les compétences en informatique pour deux raisons. Elles représentent le domaine de compétences dans lequel les jeunes ayant un faible niveau de compétences en lecture sont les plus susceptibles de considérer qu'ils excellent. Par ailleurs, il s'agit du seul domaine dans lequel la différence en pourcentage entre les décrocheurs et les étudiants du niveau postsecondaire excède dix points. Voilà la troisième indication qui montre que les compétences en informatique jouent un rôle crucial dans le cheminement scolaire de ces jeunes.

Enfin, les mathématiques sont le domaine dans lequel les élèves se font le moins confiance. Il s'agit d'un résultat surprenant, compte tenu que le critère d'inclusion dans le présent rapport était un niveau de compétence en lecture inférieur à la moyenne. Malgré tout, les répondants sont davantage portés à dire que leurs compétences en lecture sont excellentes, mais pas leurs compétences en mathématiques. Prenez note qu'il s'agit aussi du seul domaine dans lequel les diplômés du secondaire se font moins confiance que les décrocheurs. Il se peut que les diplômés du secondaire qui ont l'impression que leurs compétences en mathématiques ne sont pas à point soient découragés de poursuivre des études postsecondaires.

Travail rémunéré

Le décrochage du secondaire est un processus plutôt qu'un événement discret, ce qui implique que certains élèves se désintéressent de l'école sur une certaine période. On ne sait toutefois pas clairement si l'emploi rémunéré est un indicateur de ce processus de participation réduite ou s'il s'agit d'une cause du décrochage. Bien qu'il ne soit pas possible de comprendre exactement cet enjeu même à l'aide des données longitudinales dont on dispose, la figure 9 révèle deux tendances intéressantes. D'un côté, les décrocheurs du secondaire étaient les moins susceptibles d'occuper un emploi rémunéré pendant leur année scolaire à l'âge de 17 ans, à 65 %, comparativement à 72 % des élèves qui ont poursuivi des études postsecondaires. Bien que cette différence ne soit pas énorme (quoique significative sur le plan statistique), voilà peut-être une autre indication qui montre que la participation à des activités supervisées par des adultes, quelle qu'en soit la sorte, y compris l'emploi rémunéré, a des effets bénéfiques sur les cheminements scolaires subséquents.

Figure 9: Travail rémunéré pendant l'année scolaire

Si les élèves qui choisissent de poursuivre des études postsecondaires sont les plus susceptibles d'occuper un emploi rémunéré, ils sont les moins portés à travailler un nombre excessif d'heures : le quart (24 %) des étudiants de niveau postsecondaire ont déclaré qu'ils avaient travaillé plus de 20 heures par semaine, comparativement au tiers des décrocheurs du secondaire. Cette tendance indique que l'un des signes d'une diminution de l'intérêt pour l'école chez les décrocheurs est une participation intensive au travail rémunéré.

4.2.3 Performance scolaire

Étant donné les nombreuses formes de résilience liées au cheminement scolaire d'après l'analyse du profil, la performance scolaire des jeunes ayant de bons résultats d'éducation devrait aussi être bonne. On observe deux aspects de la performance scolaire : les cours de langue et de mathématiques de niveau préuniversitaire et les notes globales obtenues. Tel que prévu, la figure 10 démontre que moins d'un décrocheur sur cinq a suivi son dernier cours de mathématiques ou de langue au niveau préuniversitaire, comparativement à plus de la moitié des participants à un programme d'EPS. Bien entendu, la décision de suivre des cours de niveau préuniversitaire ne revient généralement pas uniquement à l'élève; il s'agit normalement du point culminant d'un processus qui tient évidemment compte des intérêts généraux de l'élève et de sa performance scolaire antérieure.

Figure 10: Cours de langue et de mathématiques de niveau préuniversitaire

La figure 11 offre une perspective intéressante sur l'évolution des notes des élèves en fonction de leur cheminement scolaire. Tant à 15 ans qu'à 17 ans, plus la probabilité qu'un élève ait obtenu une moyenne pondérée cumulative de B est élevée, meilleur est son cheminement scolaire. Il faut toutefois noter que chez ceux qui poursuivent des EPS, la probabilité d'obtenir une moyenne pondérée cumulative élevée augmente entre l'âge de 15 et 17 ans, tandis que chez les décrocheurs, elle diminue légèrement. C'est probablement cette amélioration des notes qui incite les jeunes à poursuivre leurs études.

Figure 11: Moyenne pondérée cumulative de B ou plus

4.3 Analyses à variables multiples

Les analyses à variables multiples permettent d'évaluer les effets directs et indirects de toutes les variables incluses dans un modèle donné. Nous avons utilisé la régression logistique multinominale pour établir un contraste entre trois cheminements scolaires : 1) les décrocheurs du secondaire, 2) les diplômés du secondaire qui n'ont pas poursuivi d'EPS, et 3) les participants à des EPS. La mesure du cheminement scolaire a été établie à partir des données du cycle 3, au moment où le répondant avait 19 ans. Nous avons é valué trois modèles cumulatifs : la résilience, la performance scolaire au secondaire, et les effets sociodémographiques. Le modèle de résilience se compose des aspects de la résilience qui sont en même temps étroitement liés aux cheminements scolaires. Il répond à la question sur les composantes de la résilience qui semblent influer directement sur le cheminement scolaire subséquent. Dans ce modèle, toutes les mesures de la résilience reposent sur l'information contenue au cycle 2, obtenue au moment où les répondants avaient 17 ans. Les composantes de la résilience qui n'ont pas de signification statistique en présence d'autres composantes de la résilience en sont exclues.

Le modèle 2 ajoute la performance scolaire au secondaire en introduisant les notes obtenues et le niveau du programme (préuniversitaire ou autre). Il est question des aspirations scolaires dans ce modèle pour qu'on puisse évaluer si elles ont des effets positifs, même après correction de la performance scolaire3. Donc, si deux élèves ont des notes égales au secondaire et étudient dans le même programme, est-ce que ceux qui ont les plus grandes ambitions scolaires sont les plus susceptibles de terminer leur secondaire ou de poursuivre des études postsecondaires? La performance académique et les aspirations scolaires sont mesurées à 17 ans. Ce modèle porte sur la question visant à établir si la résilience contribue à l'amélioration de la performance scolaire ou si elle a des effets bénéfiques supplémentaires sur la décision des jeunes de terminer leur secondaire ou de s'inscrire dans un établissement d'enseignement postsecondaire.

Les recherches antérieures indiquent que de nombreuses influences sur les cheminements scolaires se font ressentir assez tôt lorsque l'enfant est à l'école. Une variété de caractéristiques sociodémographiques antérieures des étudiants et de leurs parents influent directement et indirectement sur le cheminement scolaire. Par exemple, les enfants de parents qui ont atteint des niveaux de scolarité supérieurs ont également obtenu de meilleurs résultats d'éducation. Il est probable que l'éducation des parents améliore quelques-uns des mécanismes de résilience. C'est pourquoi il est important d'évaluer si la résilience a des effets lorsqu'on tient compte de ces caractéristiques sociodémographiques. Le modèle 3 propose une variété de caractéristiques sociodémographiques mesurées au moment où le répondant avait 15 ans. L'inclusion de ces contrôles dans le modèle final indique quelles sont les composantes de la résilience qui ont des effets indépendants sur le cheminement scolaire qu'a emprunté un jeune à l'âge de 19 ans4.

Le tableau 7 présente les estimations des paramètres qui établissent le contraste entre les décrocheurs et les étudiants de niveau postsecondaire, tandis que le tableau 8 donne des renseignements comparables qui font le contraste entre les diplômés du secondaire et les participants à des études postsecondaires. Dans ces tableaux, les rapports de cotes expriment les probabilités d'un cheminement scolaire donné (par rapport au cheminement de comparaison) pour une variation d'une unité des variables indépendantes d'intérêt. Un rapport de cotes de 1,0 indique que les probabilités sont les mêmes (c.-à-d. qu'il n'y a pas de différence associée à la variable indépendante donnée). Les rapports de cotes supérieurs à 1,0 indiquent que le résultat augmente en fonction de l'augmentation de la valeur de la variable indépendante, tandis qu'un rapport de cotes inférieur à 1,0 indique l'inverse. Les rapports de cotes sont un contrôle statistique (ou maintiennent la constance) des valeurs de toutes les autres variables incluses dans un modèle donné. Pour dégager l'ampleur d'un effet, il est important de saisir clairement les mesures des variables indépendantes. Les analyses à variables multiples reposent sur trois types de mesures. D'une part, les variables continues, comme les échelles de l'effort à l'école et des années d'éducation des parents, ont été normalisées (moyenne=0; écart-type=1). Les rapports de cotes de ces variables peuvent être considérés comme les probabilités relatives associées à une augmentation de cette variable équivalant à l'écart-type. Par exemple, dans le cas du modèle de résilience du tableau 7, une augmentation des mesures de soutien social équivalente à l'écart-type est associée à une réduction de 15 % (1 - 0.848 ≈ 0,15) des probabilités de décrocher plutôt que de poursuivre des EPS. En ce qui concerne ces variables, il ne faut pas oublier qu'environ 95 % des répondants sont susceptibles de se situer à l'intérieur des deux écarts-types, situés de chaque côté de la moyenne. D'autre part, les variables indicatrices, comme celles indiquant si le répondant a travaillé pendant l'année scolaire, reçoivent une étiquette correspondant à l'orientation en fonction de laquelle elles ont été mesurées. C'est pourquoi les rapports de cotes des variables indicatrices expriment simplement l'effet d'appartenance à cette catégorie par rapport à la non-appartenance. Dans le modèle sur la résilience, on estime que les probabilités de décrocher des élèves qui avaient un emploi rémunéré sont 46 % moins élevées que chez ceux qui ne travaillent pas (1 - 0,54 = 0,46). Enfin, la consommation d'alcool ou de marijuana, les activités parascolaires et les cours préuniversitaires ont trois valeurs qui varient de 0 à 2. Puisque les rapports de cotes de ces variables indiquent également les effets d'un écart d'une unité dans la variable indépendante, l'effet maximal de ces variables correspond au double des rapports de cotes indiqués5. La signification statistique de chaque variable apparaît dans la deuxième colonne de chaque modèle (appelée p).

Tableau 7 Modèles multinominaux décrocheurs c. EPS
  Résilience Performance scolaire Contexte
Décrocheurs c. EPS Rapport de cotes p Rapport de cotes p Rapport de cotes p
Point d'intersection 0,948 0,838 0,606 0,095 0,161 0,000
Mesures de soutien social 0,848 0,035 0,948 0,513 0,986 0,872
Effort à l'école 0,520 0,000 0,660 0,000 0,633 0,000
Consommation d'alcool ou de marijuana 1,364 0,000 1,355 0,000 1,324 0,000
Soutien scolaire des pairs 0,745 0,000 0,793 0,001 0,846 0,017
Activités parascolaires 0,684 0,000 0,817 0,042 0,804 0,039
Préparation aux études ou à l'emploi à l'école secondaire 0,669 0,000 0,644 0,000 0,609 0,000
Emploi rémunéré 0,540 0,000 0,615 0,004 0,678 0,025
Emploi de 20 heures ou plus par semaine 1,693 0,004 1,421 0,056 1,344 0,130
Parentalité 35,905 0,000 33,405 0,000 22,458 0,000
Soutien scolaire des parents 0,437 0,000 0,465 0,000 0,504 0,000
Aspirations scolaires     0,468 0,000 0,575 0,000
Cours préuniversitaires     0,456 0,000 0,584 0,000
Moyenne pondérée cumulative     0,561 0,000 0,570 0,000
Changement d'école secondaire         2,097 0,000
Éducation des parents         0,536 0,000
Accès à un ordinateur à domicile         0,852 0,003
Revenu (en quintiles)         0,854 0,009
Sexe féminin         0,829 0,272
Naissance au Canada         2,303 0,009
Minorité visible         0,309 0,002
Deux parents biologiques         0,561 0,001
Niveau de compétence en lecture         0,802 0,004
Niveau de compétence en mathématiques         0,572 0,000
Nagelkerke Pseudo R2 0,195   0,300   0,378  

Selon les résultats du modèle 1 (résilience), dix aspects de la résilience semblent avoir des effets, indépendamment les uns des autres, quant à la probabilité qu'un jeune décroche plutôt que de s'inscrire dans un programme de niveau postsecondaire6. Ceux-ci comprennent les trois aspects de l'élimination des risques : les probabilités relatives de décrochage sont supérieures de 36 % chez ceux qui ne se sont pas abstenus de consommer de l'alcool ou de la marijuana, de 69 % chez ceux qui travaillaient 20 heures ou plus par semaine pendant un trimestre scolaire, et 36 fois plus élevées chez ceux qui devenaient parents avant l'âge de 17 ans<7>. En n'adoptant pas de comportement risqué, les élèves faibles en lecture étaient souvent en mesure de surmonter l'obstacle que posait leur faible niveau de compétence, de relever le défi et de poursuivre des études postsecondaires.

Sans surprise, l'effort à l'école, sous forme de présence en classe et de temps consacré aux devoirs, diffère beaucoup entre les décrocheurs et les étudiants qui poursuivent des études postsecondaires. D'ailleurs, en consacrant davantage de temps à leurs devoirs et en assistant régulièrement à leurs cours, les élèves faibles en lecture ont beaucoup augmenté leurs chances de s'inscrire à un programme d'EPS. La perception des plans d'amis proches en matière d'éducation et l'importance de l'éducation selon les parents influent sur la décision d'un jeune de décrocher ou de poursuivre ses études. Il faut savoir que les répondants qui occupaient un emploi rémunéré étaient plus susceptibles de poursuivre des EPS, tout comme ceux qui avaient pris part à des activités parascolaires. Si on combine ces deux résultats, on conclut que le temps consacré aux activités supervisées par des adultes a des conséquences salutaires qui permettent aux jeunes ayant un faible niveau de compétence en lecture de prolonger leurs études.

L'importance de tirer parti des activités qu'offrent les écoles pour préparer les jeunes aux études supérieures et au monde du travail a des effets considérables sur la probabilité qu'un jeune décroche plutôt que de poursuivre des EPS : une hausse d'un écart-type du taux de participation réduirait les risques de décrochage de 37 %. Il est clair que l'organisation d'activités du genre dans le cadre du programme de l'école secondaire a des conséquences bénéfiques sur l'éducation.

Le modèle de performance scolaire élargit notre connaissance de la façon dont les jeunes parviennent à emprunter un cheminement scolaire supérieur de plusieurs façons. D'un côté, il indique, comme prévu, que les jeunes qui montrent un faible niveau de compétence en lecture mais qui parviennent à obtenir de bonnes notes dans leurs cours et qui suivent des cours de mathématiques et de lecture de niveau préuniversitaire sont beaucoup plus susceptibles de poursuivre des études postsecondaires que de décrocher. Par exemple, une hausse d'un écart-type de la moyenne pondérée cumulative réduit les risques de décrochage de 56 %. Par ailleurs, les aspirations scolaires élevées ont un important effet après correction de la performance scolaire au secondaire, l'augmentation d'un écart-type des aspirations étant associée à une baisse de 47 % des risques de décrochage (plutôt qu'une participation à des EPS). Enfin, trois aspects de la résilience (soutien social, effort à l'école et participation aux activités parascolaires) contribuent en partie à l'amélioration de la performance scolaire. D'ailleurs, les rapports de cotes sont beaucoup plus près de 1,0 dans ce modèle que dans le modèle 1. Prenez note que la résilience sous forme de mesures de soutien social semble se manifester parfaitement dans l'amélioration de la performance scolaire, puisque ce coefficient n'est plus significatif sur le plan statistique dans le modèle 2. Enfin, les autres composantes de la résilience semblent influer sur le cheminement scolaire en influant directement sur la décision de terminer son secondaire et de poursuivre des études postsecondaires plutôt que d'améliorer la performance scolaire. Cela s'explique par le fait que les rapports de cotes correspondant au modèle 2 ne sont pas aussi près de 1,0 que dans le modèle 1.

La résilience n'est-elle qu'un sous-produit de divers avantages socioéconomiques qui s'expliquent par des facteurs comme la présence des deux parents biologiques à la maison, une bonne éducation des parents, et leurs revenus qui leur ont permis d'introduire l'informatique à la maison? Ou la résilience, sous ses diverses formes évaluées ici, est-elle en mesure d'offrir aux jeunes ayant un niveau de compétence en lecture inférieur à la moyenne les ressources personnelles qui leur permettent d'obtenir des résultats d'éducation supérieurs aux attentes même après correction des avantages dont ils bénéficient à la maison? C'est le modèle 3 qui évalue cette question. Il démontre plutôt sans équivoque que la résilience telle que mesurée ici représente les facteurs habilitants qui, dans une mesure étonnamment élevée, agissent en plus des facteurs sociodémographiques que les recherches antérieures ont jugé, constamment et fortement, liés au niveau de scolarité. Il est vrai que quelques-uns des rapports de cotes des mesures de la résilience ont tendance à se rapprocher de 1,0 dans le modèle 3, comparativement au modèle 2, ce qui indique que leurs effets sont réduits une fois qu'on tient compte des facteurs sociodémographiques. Toutefois, il y en a d'autres qui ne changent pas beaucoup. En effet, tous les facteurs de résilience jugés significatifs dans le modèle 2 demeurent significatifs dans le modèle 3. La conclusion importante à tirer, c'est que les jeunes ayant un niveau de compétence limité en lecture peuvent adopter une série de comportements entre l'âge de 15 et 17 ans pour se permettre de terminer leur secondaire et même de poursuivre des études postsecondaires. De plus, cette résilience ne s'explique que de façon minime par les facteurs de sélection associés aux avantages préalables à domicile.

En général, les effets des caractéristiques sociodémographiques sur le cheminement scolaire des élèves faibles en lecture correspondent aux résultats documentés pour les jeunes en général. La seule exception partielle est le sexe : après correction de la résilience et de la performance scolaire (toutes les deux plus élevées chez les femmes que chez les hommes), les risques que les jeunes femmes décrochent plutôt que de poursuivre des EPS ne sont pas vraiment différents de ceux des jeunes hommes.

Le changement d'école secondaire double les risques (2,097) qu'un élève mette fin à ses études avant de terminer son secondaire. Il n'est pas possible de parler ici des raisons précises qui poussent un jeune à arrêter ses études à ce moment-là. La difficulté de se faire de nouveaux amis, le stress associé au déménagement ou les difficultés d'adaptation générale à un nouveau milieu scolaire peuvent être de bonnes raisons.

Il y a trois formes de ressources qui augmentent les chances de poursuivre des EPS plutôt que de décrocher : le capital culturel des parents par l'intermédiaire de leur éducation, de leur revenu familial et de l'accessibilité d'un ordinateur à la maison pour les jeunes. La structure familiale a aussi un effet indépendant sur les résultats d'éducation chez les élèves faibles en lecture : les risques de décrochage plutôt que d'inscription à un programme d'EPS seraient 44 % plus élevés chez ceux qui habitent avec leurs deux parents biologiques. D'autres documents ont déjà cherché à connaître les autres types de structures familiales « déficientes » sur le plan de leur capital social ou si l'effet de la structure familiale est le produit d'un affaiblissement des ressources économiques des parents. Puisque les ressources économiques ont été gardées constantes ici, on semble conclure que les ressources économiques ne sont pas la seule cause. Il se peut bien que la surveillance des activités non scolaires des enfants par les parents soit plus efficace lorsque les parents biologiques sont présents.

En tant que groupe, les jeunes nés au Canada pourraient être jugés relativement avantagés quant à leur taux de réussite scolaire, puisqu'ils baignent dans la culture canadienne depuis leur naissance. Étant donné cette position avantageuse, il est donc intéressant d'observer que les risques de décrochage sont plus de deux fois plus élevés (2,303) chez eux que chez les immigrants, qui doivent s'adapter tant à la culture canadienne qu'au système scolaire canadien. Selon d'autres études, les immigrants au Canada ont de grandes aspirations pour leurs enfants. Les résultats obtenus ici laissent entendre et renforcent également que les parents d'immigrants exercent une plus grande influence sur le cheminement scolaire de leurs enfants que les Canadiens de souche (étant donné que les aspirations scolaires des parents sont déjà maintenues à un niveau constant dans le modèle 3).

Ce même argument s'applique au résultat selon lequel les minorités visibles sont plus susceptibles de poursuivre des EPS, et l'inverse, moins portés à décrocher. Les risques que les membres des minorités visibles décrochent plutôt que de prendre part à des EPS sont estimés à environ un tiers (0,309) de ceux des jeunes qui ne sont pas membres d'une minorité visible. Ces constatations témoignent du fait que certains types d'éventuels inconvénients peuvent être non seulement passés outre, mais effectivement produire des résultats d'éducation supérieurs à ceux qui ne se heurtent pas à ce genre d'obstacles.

Un grand nombre de ces mêmes facteurs de résilience différencient également les diplômés du secondaire et les participants à des études postsecondaires (tableau 8). Comme on peut considérer que la réussite des études secondaires est un cheminement scolaire intermédiaire entre le décrochage et la poursuite d'EPS, on doit s'attendre à ce que les rapports de cotes du tableau 8 soient évidemment plus bas (c.-à-d. plus près de 1,0) que les paramètres correspondants au tableau 7. C'est pourquoi il n'en sera pas question, sauf pour définir les facteurs qui semblent agir différemment dans les deux tableaux. L'une de ces différences, c'est que la consommation d'alcool, de marijuana ou de hasch ne semble pas être un facteur important lorsqu'on établit un contraste entre les diplômés du secondaire et les participants à un programme d'EPS. Il peut s'agir d'une indication selon laquelle une sous-culture négative des pairs augmente uniquement les risques de décrochage. Si un jeune persiste au moins jusqu'à la fin de son secondaire, ces effets négatifs des pairs semblent s'évaporer. De même, les effets positifs du travail et les effets négatifs du travail intensif semblent se maintenir uniquement dans le cas du décrochage; chez ceux qui ont terminé leur secondaire, ces effets n'influent pas sur la décision de poursuivre des EPS. Le fait que la structure familiale n'ait pas d'effet apparent chez les diplômés du secondaire sur le plan de l'inscription à un programme d'EPS renforce l'interprétation selon laquelle la structure familiale est importante, surtout une surveillance efficace des parents pendant l'adolescence. La structure familiale ne nuit pas de façon appréciable au cheminement scolaire des jeunes qui terminent leur secondaire avec succès. Le même principe s'applique dans le cas des immigrants : les jeunes Canadiens de souche qui parviennent à terminer leur secondaire ne sont pas forcément différents de leurs homologues immigrants dans la probabilité de poursuivre des EPS. Enfin, le sexe révèle un lien d'ensemble : les jeunes filles qui ont du mal à lire sont plus susceptibles que les jeunes hommes de poursuivre des EPS lorsque les deux terminent leur secondaire.

Tableau 8 Modèles multinominaux des diplômés du secondaire par rapport aux participants à des EPS
  Résilience Performance scolaire Contexte
Diplômés c. EPS Rapport de cotes p Rapport de cotes p Rapport de cotes p
Point d'intersection 4,280 0,000 3,900 0,000 2,216 0,003
Mesures de soutien social 0,894 0,044 0,930 0,208 0,972 0,642
Effort à l'école 0,720 0,000 0,825 0,001 0,812 0,000
Consommation d'alcool ou de marijuana 0,985 0,758 0,977 0,630 0,966 0,495
Soutien scolaire des pairs 0,810 0,000 0,826 0,001 0,848 0,003
Activités parascolaires 0,806 0,002 0,906 0,144 0,906 0,158
Préparation aux études ou à l'emploi à l'école secondaire 0,867 0,032 0,847 0,016 0,842 0,018
Emploi rémunéré 0,791 0,031 0,827 0,092 0,874 0,245
Emploi de 20 heures ou plus par semaine 1,253 0,040 1,161 0,181 1,118 0,336
Parentalité 8,379 0,000 8,383 0,000 6,474 0,000
Soutien scolaire des parents 0,646 0,000 0,650 0,000 0,690 0,000
Aspirations scolaires     0,739 0,000 0,799 0,000
Cours préuniversitaires     0,702 0,000 0,799 0,001
Moyenne pondérée cumulative     0,680 0,000 0,711 0,000
Changement d'école secondaire         1,334 0,018
Éducation des parents         0,799 0,000
Accès à un ordinateur à domicile         0,895 0,007
Revenu (en quintiles)         0,863 0,000
Sexe féminin         0,752 0,004
Naissance au Canada         1,209 0,274
Minorité visible         0,638 0,015
Deux parents biologiques         0,885 0,295
Niveau de compétence en lecture         0,790 0,000
Niveau de compétence en mathématiques         0,629 0,000
Nagelkerke Pseudo R2 0,195   0,300   0,378  


  • 2Cette constatation n'est pas un modèle d'une perception sélective, puisqu'on observe une relation similaire lorsqu'on s’appuie sur les données fournies par les parents au cycle 1.
  • 3Certains experts considèrent que les aspirations sont une forme de résilience scolaire. Toutefois, puisqu'elles diffèrent suffisamment des autres formes de résilience dont il est question ici, on a décidé de les inclure dans le modèle de la performance scolaire.
  • 4Bien que les répondants du présent rapport aient été choisis pour leur faible niveau de compétence en lecture à 15 ans, les analyses indiquent que les compétences en lecture et en mathématiques sont demeurées rattachées de près aux cheminements scolaires. C'est pour cette raison qu'on les a incluses comme variables de contrôle dans le modèle 3. Par ailleurs, pour conserver un échantillon représentatif, on a substitué des moyennes aux valeurs manquantes et inclus un indice des valeurs manquantes comme variable de contrôle.
  • 5Une description des variables incluses dans l'analyse à variables multiples se trouve en annexe.
  • 6Les facteurs qui semblaient liés dans les profils à deux variables mais qui n'ont pas d'effet positif indépendant sont la participation aux activités bénévoles, l'initiative, la persévérance, le soutien des pairs et le soutien des enseignants.
  • 7L'une des principales raisons qui expliquent l'effet excessivement important de la transition à la parentalité est que peu de répondants avaient eu des enfants à l'âge de 17 ans, et que la plupart d'entre eux étaient concentrés parmi les décrocheurs. Cette conclusion indique néanmoins qu'une transition précoce à la parentalité a des conséquences exceptionnelles sur les cheminements subséquents. L'effet de la parentalité diffère selon le sexe. Des analyses parallèles effectuées pour les hommes et les femmes (données non comprises) indiquent que l'effet de la parentalité se concentre chez les femmes.

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Date de modification :
2007-11-01