Le présent rapport analyse le cheminement scolaire de 6 342 jeunes Canadiens qui, à l'âge de 15 ans, s'étaient classés au-dessous du niveau jugé nécessaire au fonctionnement efficace dans une société du savoir. À cette fin, il s'appuie sur les cycles 1 à 3 de l'Enquête auprès des jeunes en transition (EJET) du Canada. En dépit de leurs compétences relativement faibles en lecture, seulement 15 % avaient décroché du secondaire à l'âge de 19 ans, et près de deux cinquièmes s'étaient inscrits dans un établissement d'enseignement postsecondaire.
On évalue l'utilité du concept de résilience scolaire étant donné qu'un pourcentage considérable de jeunes ont surmonté les obstacles que posait leur niveau de compétence en lecture inférieur à la moyenne selon les tests qu'ils avaient subis à l'âge de 15 ans. La richesse des données de l'EJET a permis un examen détaillé des multiples effets de deux composantes de la résilience sur les résultats scolaires : a) l'accessibilité des mesures de soutien social et institutionnel, comme les pairs, les parents, les enseignants et la collectivité, et b) l'approche de la vie des jeunes et leur participation à diverses activités, qui ont permis à quelques-uns d'entre eux de surmonter l'obstacle que leur posait leur niveau limité de compétences en lecture. L'analyse porte particulièrement sur les mesures d'aide et les mécanismes habilitants dans la société mesurés à l'âge de 17 ans et propose des comparaisons à partir des changements qui se sont produits entre l'âge de 15 et 17 ans.
Un profil comparatif des décrocheurs, des diplômés du secondaire et des participants à des études postsecondaires indique que les mesures de soutien social et d'habilitation personnelle semblent avoir des conséquences bénéfiques sur le cheminement scolaire subséquent. De façon générale, ce sont les décrocheurs qui bénéficieraient du moins grand nombre de mesures de soutien social et qui seraient les moins susceptibles de démontrer de la résilience dans leur cheminement scolaire. Par contraste, les personnes qui ont poursuivi des études postsecondaires semblent bénéficier de nombreuses mesures de soutien social et sont les plus susceptibles d'adopter des pratiques habilitantes et des orientations de vie. Généralement, les diplômés du secondaire qui n'avaient pas poursuivi d'études postsecondaires à 19 ans se situaient quelque part entre ces deux groupes. Les mesures de soutien social ou institutionnel les plus liées aux cheminements scolaires sont les suivantes :
Les mesures de soutien social et institutionnel sont celles sur lesquelles l'élève a à lui seul un contrôle à peu près nul, et bien que leur absence puisse créer des obstacles supplémentaires au jeune, ces mesures sont loin d'être décisives. Les convictions, le comportement et les décisions de l'élève entrent en ligne de compte. En plus des mesures de soutien social, il y a de nombreux mécanismes habilitants personnels qui auraient des conséquences :
C'est sans surprise que les analyses révèlent que deux composantes d'une bonne performance scolaire, particulièrement pendant la dernière année du secondaire, ont une grande signification : les notes globales, et les cours de langues et de mathématiques suivis au niveau préuniversitaire. L'analyse à plusieurs variables révèle qu'une partie de la dynamique sous-jacente grâce à laquelle la résilience améliore les résultats d'éducation s'explique par une amélioration de la performance scolaire. D'ailleurs, les jeunes qui bénéficient du plus grand soutien social et qui ont profité d'une variété de mécanismes habilitants sont en mesure d'améliorer leur performance scolaire grâce à ces ressources. Au même moment, la présence de mesures de soutien social et l'adoption de comportements habilitants semblent toutes les deux offrir une protection accrue contre le décrochage et un incitatif aux études postsecondaires, même lorsqu'on tient compte des effets sur la performance scolaire. Autrement dit, parmi les jeunes qui ont maintenu une moyenne pondérée cumulative identique dans un même programme scolaire (préuniversitaire ou autre), ceux qui sont résilients sont moins susceptibles de décrocher et plus nombreux à poursuivre des études postsecondaires que ceux qui ne bénéficient pas d'autant de mesures de soutien social ou qui ne participent pas activement à des mécanismes habilitants.
Par ailleurs, toutes les décisions que prend un élève pour améliorer sa performance scolaire se traduit directement par une amélioration de son cheminement. Ici, ce qu'il faut retenir, c'est que la performance scolaire d'un jeune à ses premières années d'études n'a pas autant d'impact que celle de ses années ultérieures, bien qu'elle laisse sa trace et qu'on ne puisse pas l'effacer complètement. Les aspirations d'un élève sont cruciales, comme celles de ses parents, et créent un effet qui s'ajoute à celui de ses parents.
Les cheminements scolaires sont répartis inégalement entre les écoles, puisque environ le tiers de la variation des cheminements scolaires s'effectue au secondaire ou avant. Un grand pourcentage, c'est-à-dire la moitié, de ces différences au niveau scolaire s'expliquent toutefois par la sélection et les groupes d'élèves, plutôt que par l'efficacité d'une école. D'autres analyses permettraient d'évaluer précisément quels sont les facteurs qui pourraient appliquer les différences dans l'efficacité des écoles.
Le présent rapport examine en quoi l'expérience du secondaire et les événements qui se produisent entre l'âge de 15 et 17 ans préparent la décision des élèves montrant un faible niveau de compétence en lecture à néanmoins terminer leur secondaire et/ou à poursuivre des études postsecondaires. Nos constatations renforcent la conclusion selon laquelle ces jeunes bénéficient de nombreux facteurs qui les encouragent à répondre à leurs aspirations élevées en dépit des obstacles auxquels ils se heurtent. Sur le plan politique, la complexité de la chaîne de facteurs documentés dans le présent rapport signifie qu'il n'existe pas de mécanisme politique pouvant à lui seul améliorer de façon spectaculaire le cheminement scolaire des jeunes Canadiens.