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L'incidence de certains facteurs sur les cheminements menant au décrochage du secondaire et à l'absence d'études postsecondaires chez les personnes hautement compétentes en lecture à l'âge de 15 ans - novembre 2007

4. Conclusions

4.1 Profil des cheminements scolaires

Pour les besoins de l'analyse du profil, toute la gamme des résultats définis au tableau 1 est retenue. Nous pouvons donc voir quels sont les groupes qui diffèrent et sous quels angles. Dans l'analyse à variables multiples de la section subséquente, nous combinons les cheminements scolaires ayant un profil relativement semblable pour simplifier l'analyse.

En vertu du concept, tous les répondants du présent rapport se sont classés au moins au niveau 3 de compétence en lecture, le niveau jugé nécessaire à un fonctionnement efficace dans une société du savoir comme le Canada. Toutefois, une petite minorité d'entre eux n'ont quand même pas terminé leur secondaire, et près de trois sur dix n'ont pas poursuivi d'études postsecondaires (EPS). Cette situation s'explique en partie par le fait que la variation considérable des niveaux de compétence est toujours présente à l'intérieur de ce groupe, et ces niveaux de compétence sont associés à des cheminements scolaires (voir figure 1). Les notes les plus faibles caractérisent les décrocheurs, et les plus fortes les étudiants qui fréquentent l'université. Prenez note qu'en dépit du fait qu'en moyenne, les étudiants de cette analyse se soient classés au niveau 3 ou à un niveau supérieur en lecture, les décrocheurs et les élèves qui sont demeurés au secondaire se sont classés en deçà de la moyenne canadienne au test de mathématiques. En général, les résultats moyens augmentent de gauche à droite dans la figure, à une légère exception près : le test de compétence en lecture où les décrocheurs des EPS se sont classés plus haut que les étudiants inscrits à un programme d'EPS non universitaire.

Figure 1 Résultats en lecture et en mathématiques selon le cheminement scolaire


Le fait que les cheminements scolaires révèlent l'existence d'un lien solide avec les résultats en lecture et en mathématiques signifie que les faibles résultats d'éducation ne sont pas aussi anormaux pour quelques répondants de cet échantillon d'élèves performants que pour d'autres. L'analyse à plusieurs variables corrigera ce problème en tenant compte des résultats aux tests de compétence. On a maintenant un profil de plusieurs attitudes, valeurs et comportements des jeunes (mesurés à 17 ans, à moins d'indication contraire) qui peuvent expliquer de faibles résultats d'éducation.

4.1.1 Performance scolaire

Les décrocheurs et ceux qui n'ont pas terminé leur secondaire à 19 ans peuvent être considérés comme les deux groupes qui ont le plus échoué dans leur tentative d'atteindre leur potentiel. Puisque la performance scolaire au secondaire est le facteur le plus important dans l'établissement du cheminement scolaire subséquent, il n'est pas surprenant que ce soient ces deux groupes qui aient obtenu les plus faibles résultats. La figure 2 corrobore cette affirmation en révélant que moins de la moitié des décrocheurs et des élèves qui sont encore au secondaire ont obtenu une MPC d'au moins B à leur dernière année au secondaire. Par contraste, presque tous ceux qui se sont inscrits à un programme d'études universitaires avaient maintenu cette moyenne. Cette même statistique révèle également que ces différences dans les notes étaient déjà apparentes à 15 ans.

Figure 2 MPC de B ou plus à 15 et 17 ans

Les notes ne sont pas le seul aspect de la performance scolaire au secondaire qui influe sur le cheminement scolaire. À 17 ans, les élèves choisissent (un choix qui peut leur être imposé après consultation du personnel de l'école et de leurs parents) divers programmes scolaires dans certaines matières. Le choix le plus important, ce sont les cours de mathématiques et de langue de niveau préuniversitaire. La figure 3 montre une tendance croissante du pourcentage d'élèves qui ont suivi un cours de mathématiques préuniversitaire du pire au meilleur cheminement scolaire. Environ le tiers des décrocheurs avaient suivi un cours de mathématiques de niveau préuniversitaire, comparativement à neuf étudiants sur dix inscrits à l'université. La situation est plus complexe du côté des cours de langue de niveau préuniversitaire : les décrocheurs des EPS et ceux inscrits dans des établissements d'EPS non universitaires sont moins nombreux que les finissants du secondaire à avoir suivi leur dernier cours de langue au niveau préuniversitaire. Toujours est-il que les décrocheurs sont moins portés, et les étudiants inscrits à l'université plus portés, à avoir suivi des cours de mathématiques et de langue de niveau préuniversitaire.

Figure 3 Cours de langue et de mathématiques de niveau préuniversitaire

4.1.2 Effort à l'école

La question importante consiste à savoir pourquoi les jeunes qui empruntent un cheminement scolaire peu valorisant n'ont pas obtenu de résultats scolaires exceptionnels au secondaire en dépit de leur niveau élevé de compétence en lecture. Ont-ils peut-être jugé qu'il n'était pas nécessaire de consacrer des efforts à leurs travaux scolaires? Les preuves montrent que c'est effectivement le cas. La figure 4 fournit deux détails importants à cet égard. D'une part, elle montre que les décrocheurs et ceux qui sont encore au secondaire étaient particulièrement enclins à rater des cours au moins une fois par mois (plus de sept élèves sur dix). Le nombre de cours ratés diminue de façon appréciable chez ceux qui ont terminé leur secondaire (environ la moitié d'entre eux ayant raté des cours aussi souvent), tandis qu'à peu près un quart des étudiants inscrits à l'université avaient raté autant de cours.

Figure 4 Au moins un cours raté par mois

D'autre part, on remarque que, si le nombre de cours ratés augmentait indépendamment du cheminement scolaire entre 15 et 17 ans, il augmentait davantage chez ceux qui n'avaient pas atteint leur potentiel. Le nombre de décrocheurs, de décrocheurs des EPS et de diplômés qui rataient au moins un cours par mois était de 14 à 17 % plus élevé à 17 ans qu'à 15 ans, tandis que seulement 5 % plus d'étudiants inscrits à un programme d'études universitaires rataient autant de cours. Autrement dit, les jeunes qui n'ont pas réussi à atteindre leur potentiel scolaire rataient déjà plus de cours à l'âge de 15 ans, et pendant leur secondaire, ils se sont mis à en rater assez souvent.

La figure 5 corrobore la conclusion selon laquelle l'une des principales raisons expliquant pourquoi les élèves hautement compétents en lecture ne sont pas parvenus à atteindre leur potentiel est qu'ils n'ont pas consacré assez d'efforts à la réalisation de leurs objectifs scolaires. Cette figure montre que la probabilité de consacrer au moins quatre heures par semaine aux devoirs augmente progressivement en fonction des cheminements scolaires : seulement quatre décrocheurs sur dix du secondaire et élèves étant demeurés au secondaire consacraient autant de temps à leurs devoirs à 17 ans, comparativement à deux fois ce pourcentage chez ceux qui étaient inscrits à l'université. Comparativement aux élèves inscrits dans un établissement d'EPS autre que l'université, ceux inscrits à l'université étaient particulièrement plus nombreux à avoir consacré au moins quatre heures par semaine à leurs devoirs. Remarquez encore que cet effort moindre est clairement établi dès l'âge de 15 ans.

Figure 5 Au moins quatre heures par semaine consacrées aux devoirs

4.1.3 Confiance en soi

L'une des raisons qui peuvent expliquer le peu d'effort scolaire des décrocheurs et des décrocheurs des EPS est qu'ils n'ont peut-être pas confiance en leurs capacités en dépit de leur niveau de compétence en lecture relativement élevé. Il ne faut pas oublier que les résultats des tests normalisés sont moins visibles que les notes obtenues en classe. À 17 ans, on a demandé aux répondants d'évaluer leurs capacités dans plusieurs domaines. La figure 6 montre des tendances modestes mais relativement constantes des compétences autoévaluées en fonction des cheminements scolaires subséquents. Dans tous les domaines, les décrocheurs étaient moins nombreux à considérer que leurs compétences étaient excellentes, tandis que ceux qui s'étaient inscrits dans un programme d'études universitaires étaient davantage portés à le faire, ce qui prouve que la confiance en ses capacités a peut-être joué un rôle dans le cheminement scolaire choisi.

Cette figure donne également une raison qui explique pourquoi certains élèves forts en lecture choisissent de s'inscrire à un programme non universitaire plutôt qu'à un programme universitaire. Il faut savoir que, dans tous les domaines, les participants à un programme d'études non universitaires sont moins portés à juger leurs compétences excellentes que les décrocheurs des EPS. On dégage de cette statistique que les élèves forts en lecture qui choisissent un programme d'études non universitaires n'ont pas autant confiance en leurs compétences que les décrocheurs des EPS ou les étudiants inscrits à l'université.

Figure 6 Excellente autoévaluation des aptitudes

Une autre forme de manque de confiance en soi, c'est l'abandon devant les difficultés. On a déjà montré que les élèves forts en lecture ayant des résultats d'éducation anormalement faibles n'ont pas consacré suffisamment d'efforts personnels pour atteindre leurs objectifs scolaires. Cela a peut-être pour conséquence que quelques-uns d'entre eux trouvent leurs travaux scolaires tellement difficiles que cela les décourage d'essayer. Nous avons demandé aux répondants s'ils abandonnaient souvent lorsque leurs travaux scolaires devenaient difficiles. Comme le montre la figure 7, les participants inscrits à un programme d'études universitaires avaient déjà acquis à 15 ans une habitude de persévérance, tandis que les décrocheurs étaient particulièrement susceptibles d'abandonner lorsque leurs travaux scolaires leur posaient des difficultés. Cette tendance se poursuivait à 17 ans.

Figure 7 Persévérance devant les travaux scolaires difficiles

Les parents constituent une importante ressource pour les activités scolaires de leurs enfants. Dans les ménages où les parents croient que l'éducation est essentielle, il est probable que l'atteinte des objectifs scolaires de leurs enfants soit particulièrement encouragée. Les recherches antérieures ont révélé que les aspirations scolaires des parents pour leurs enfants étaient généralement le plus important aspect de l'influence des parents. Si l'on ne tient pas compte du cheminement scolaire, plus de quatre cinquièmes des élèves forts en lecture croient qu'il est important pour leurs parents qu'ils terminent au moins leur secondaire, si bien que ce compte ne montre pas assez de variabilité pour prouver l'influence importante qu'exercent les parents (voir figure 8). Cependant, lorsqu'on observe l'importance qu'accordent les parents aux EPS selon les jeunes, on obtient des différences spectaculaires. Moins de la moitié des décrocheurs croyaient qu'il était très important pour leurs parents qu'ils prennent part à des EPS, comparativement à au moins quatre cinquièmes de ceux qui étaient inscrits à un programme d'études universitaires. Ce résultat prouve que les décrocheurs en particulier n'ont peut-être pas été assez encouragés par leurs parents. Avant d'accepter une conclusion comme celle-là, il faut souligner qu'il se peut que les jeunes ayant eu de faibles résultats d'éducation choisissent de percevoir que leurs parents n'accordent pas d'importance aux études supérieures. On peut vérifier cette possibilité puisqu'on avait demandé le point de vue des parents au cycle 1. L'observation de la déclaration des parents montre les mêmes tendances qu'à la figure 8 (résultats non compris). Cette constatation renforce la conclusion selon laquelle la valeur que les parents accordent à l'éducation est un important ingrédient dans la constitution du cheminement scolaire de leurs enfants. Les élèves forts en lecture qui empruntent un cheminement scolaire anormalement peu valorisant habitent dans les ménages où les parents accordent le moins de valeur aux études supérieures.

Figure 8 Importance que les parents accordent à la réussite des études secondaires et à la participation à des EPS de leurs enfants

4.1.5 Soutien éducatif des pairs et consommation d'alcool ou de marijuana

À l'adolescence, les pairs deviennent particulièrement importants pour les jeunes. Le réseau de pairs d'un jeune peut avoir des effets positifs et négatifs. Du côté positif, les pairs qui croient en l'importance de l'éducation et qui prévoient poursuivre des études postsecondaires peuvent constituer des modèles positifs. Cependant, la consommation d'alcool, de marijuana et de hasch se fait généralement à l'intérieur de réseaux de pairs et peut être néfaste pour les études d'un jeune. La figure 9 documente le lien solide qui existe entre les valeurs et les plans d'éducation des pairs et le cheminement scolaire d'un jeune en particulier : en pourcentage, les jeunes qui étaient inscrits à un programme d'EPS étaient deux fois plus nombreux que ceux qui avaient décroché du secondaire ou qui y étaient encore à avoir un réseau de pairs composé d'amis qui croyaient qu'il était très important de finir son secondaire et qui prévoyaient poursuivre des EPS.

Figure 9 Réseau éducatif des pairs

Quant à la consommation d'alcool et à la consommation de marijuana ou de hasch, il semble que les deux aient leur importance, quoique la consommation de marijuana ou de hasch semble avoir plus de conséquences apparentes sur le cheminement scolaire que la consommation d'alcool : il n'y a qu'à peu près la moitié des décrocheurs et des élèves qui sont encore au secondaire qui disent ne pas avoir consommé de marijuana ou de hasch, comparativement à 84 % des étudiants qui sont maintenant à l'université. La consommation d'alcool est beaucoup plus fréquente à 17 ans, et le refus de consommer de l'alcool semble lié moins étroitement au cheminement scolaire. Il existe une tendance intéressante : les décrocheurs des EPS montrent des statistiques un peu anormales dans leur consommation d'alcool et de marijuana. Dans les deux cas, les décrocheurs des EPS sont moins nombreux à s'abstenir que les groupes qui les entourent. Ainsi, certains décrocheurs des EPS ont peut-être continué de côtoyer des pairs pour qui il est encore fréquent de faire la fête.

Figure 10 Abstinence de la consommation d'alcool et de marijuana ou hasch

En ce qui a trait aux relations avec les pairs, il est important de souligner qu´une très petite minorité d´élèves forts en lecture (0,1 % des garçons et 0,4 % des filles) étaient parents à 17 ans. Les mères adolescentes se concentrent néanmoins parmi les décrocheurs et les élèves qui sont encore au secondaire (70 %), seulement 3 % des mères adolescentes fréquentant l´université (données non comprises). Ainsi, si la parentalité à l´adolescence est extrêmement rare chez les élèves forts en lecture, elle semble néanmoins constituer une raison pouvant expliquer pourquoi quelques-unes de ces femmes ne poursuivent pas d´EPS.

4.1.6 Mesures de soutien scolaire

Les conseillers en orientation constituent une ressource en milieu scolaire visant à aider les élèves à découvrir leurs intérêts et leurs compétences et à les préparer au monde du travail ou à des études supérieures. Compte tenu que les jeunes du présent échantillon ont montré des niveaux de compétence élevés en lecture à 15 ans, ce qui en fait de bons candidats aux EPS, le rôle des conseillers en orientation pourrait avoir une importance particulière pour que les élèves choisissent le bon cheminement scolaire. Ironiquement, comme le montre la figure 11, les jeunes qui pourraient sans doute bénéficier le plus d'un entretien avec un conseiller en orientation ont été les moins nombreux à l'avoir fait. Moins de 70 % des décrocheurs et des élèves qui sont demeurés au secondaire, comparativement à 80 % ou plus de ceux qui ont participé à une certaine forme d'EPS, ont fait appel à un conseiller en orientation. On remarque une tendance semblable quant à la probabilité d'avoir rempli un questionnaire pour explorer ses intérêts et ses capacités. Ces tendances indiquent que les jeunes qui n'atteignent pas leurs objectifs sont un peu moins certains de leur avenir et ne bénéficient pas des possibilités qui pourraient leur permettre de réaliser de belles transitions scolaires et professionnelles.

Figure 11 Mesures de soutien scolaire

4.1.7 Participation à des activités supervisées par des adultes

La participation à des activités parascolaires et le bénévolat sont deux moyens grâce auxquels les jeunes peuvent enrichir leur stock de capital culturel et social. Il s'agit également d'activités supervisées par des adultes, et ceux-ci peuvent devenir d'importants modèles. Ces deux genres d'activités semblent liés au cheminement scolaire subséquent selon les attentes (figure 12). On observe également une légère tendance à associer les meilleurs cheminements à une plus grande fréquence de bénévolat.

Figure 12 Bénévolat et participation à des activités parascolaires

4.1.8 Emploi rémunéré pendant l'année scolaire

Les effets de l'emploi rémunéré pendant l'année scolaire attirent beaucoup l'attention. Chez les élèves forts en lecture, un emploi rémunéré à 17 ans a un effet négligeable sur le cheminement scolaire, mais l'intensité de l'emploi semble être un facteur. Comme en témoigne la figure 13, un emploi de plus de 20 heures par semaine pendant l'année scolaire est associé aux cheminements les moins valorisants. Le fait que ceux qui atteignent l'université aient été les moins susceptibles de travailler 20 heures ou plus à 17 ans montre que l'emploi intensif nuit à la réalisation du potentiel d'un élève.

Figure 13 Emploi rémunéré

4.1.9 Facteurs sociodémographiques

Les recherches antérieures prouvent que le cheminement scolaire est associé à un grand nombre de facteurs socioéconomiques et démographiques. Ceux-ci sont des facteurs sur lesquels chaque jeune n'a à peu près pas de contrôle. Quelques-uns représentent du capital culturel, social et économique. Comme le dit le titre du livre de Lareau (1989), « la maison a ses avantages ». On présente ici le profil des associations entre les plus importants facteurs sociodémographiques et les cheminements scolaires. Le capital humain, économique et culturel des parents est étroitement lié au cheminement scolaire de leurs enfants. La figure 14 montre les liens typiques : plus le cheminement scolaire est favorable, plus il y a de chances que le jeune puisse accéder à Internet à domicile et que la mère ait poursuivi des EPS. À l'inverse, la probabilité que le revenu des parents se classe dans le dernier quintile décroît en fonction de l'amélioration du cheminement scolaire.

Figure 14 Revenu des parents, accès à Internet à domicile et scolarité de la mère, selon le cheminement scolaire

La figure 15 montre que plus le cheminement est positif, plus le pourcentage de femmes qui en font partie est grand. Moins de deux décrocheurs sur cinq, un peu plus de la moitié des décrocheurs des EPS, et plus de trois étudiants inscrits à l'université sur cinq sont des femmes. Le fait d'habiter avec ses deux parents biologiques est également associé à de meilleurs résultats d'éducation : moins de la moitié des décrocheurs et de ceux qui sont encore au secondaire habitent avec leurs deux parents biologiques, comparativement à plus des trois quarts de ceux qui fréquentent l'université. L'appartenance à une minorité visible ne fait pas de différence dans la plupart des cheminements, sauf l'inscription à un programme d'études universitaires, un groupe où le pourcentage de membres des minorités visibles est beaucoup supérieur à ce qu'il représente dans les autres groupes.

Figure 15 Profil démographique des cheminements scolaires

Il faut souligner plusieurs autres points quant aux facteurs démographiques (données non comprises). Les jeunes immigrants sont surreprésentés dans les programmes d'études universitaires et également peu portés à abandonner leurs EPS sans les terminer. Le fait que peu de parents déclarent que les notes de leurs enfants au secondaire sont un obstacle à la réalisation de leurs aspirations scolaires est aussi intéressant, moins de 5 % des parents ayant déclaré cet obstacle dans n'importe quel cheminement scolaire. Ils sont plutôt portés à observer un manque d'intérêt et de motivation, spécialement chez les parents de décrocheurs (18 %) et chez ceux dont les enfants sont encore au secondaire (26 %). Les obstacles financiers n'occupent pas beaucoup de place dans n'importe quel cheminement scolaire, seulement 10 à 16 % ayant déclaré que leurs finances faisaient obstacle aux études supérieures de leur enfant.

Les études antérieures documentent des relations complexes entre les anglophones et les francophones qui habitent au Québec ou dans une autre province et qui ont des aspirations et des attentes éducatives (Looker et Thiessen 2006; Thiessen et Looker 2004). Toutefois, la nature du réseau de cégeps au Québec rend la distinction entre participation à des études universitaires et participation à des études dans un collège communautaire problématique pour ce groupe d'âge. Pour cette raison, tous les types d'EPS sont combinés à la figure 16 (et, par ailleurs, les élèves qui sont encore au secondaire sont combinés avec les diplômés du secondaire en raison de la petite taille du sous-échantillon). Les cheminements scolaires agissent de façon complexe et tiennent compte du fait que le répondant habite au Québec et qu'il est francophone. Les francophones de l'extérieur du Québec et les anglophones du Québec sont plus nombreux à participer à des EPS, puisque c'est le cas de quatre cinquièmes d'entre eux. Par contraste, il n'y a qu'environ deux tiers des anglophones de l'extérieur du Québec et des francophones du Québec à faire de même. Cela veut dire que les membres d'une minorité linguistique (français hors-Québec, anglais au Québec) se servent du système d'éducation pour maintenir ou améliorer leur position sociale. Pour corroborer cette impression, on ajoute que le décrochage scolaire est également à son plus faible dans les minorités linguistiques.

Figure 16 Cheminement scolaire des francophones hors-Québec et des anglophones du Québec

4.2 Analyses à variables multiples

Les tendances des profils renforcent la conclusion selon laquelle les cheminements scolaires forment un continuum ordonné qui s'étend du pire au meilleur cheminement. De plus, elles permettent de croire qu'un grand nombre de facteurs influant sur les cheminements scolaires y seront rattachés de façon monotone. La régression logistique multinominale établit le contraste entre quatre cheminements le long de ce continuum : 1) les élèves qui ne terminent pas leur secondaire, soit une combinaison des décrocheurs et de ceux qui sont encore au secondaire, 2) les diplômés du secondaire qui ne poursuivent pas d'EPS, 3) les participants à des EPS ailleurs qu'à l'université (y compris les décrocheurs des EPS), et 4) les participants à un programme d'études universitaires1.

Deux modèles sont conçus et mis à l'essai2. Le premier comprend toutes les variables significatives sur le plan statistique de l'expérience du secondaire mesurées lorsque les répondants avaient 17 ans. Ce modèle nous aide à inférer les aspects des valeurs, des attitudes et des comportements des jeunes du secondaire qui semblent avoir des effets indépendants sur leur cheminement scolaire subséquent. Toutefois, on sait bien que quelques-unes de ces variables sont associées à une variété de caractéristiques sociodémographiques. Par exemple, les élèves dont les parents sont hautement scolarisés sont plus nombreux à participer à des activités parascolaires et à faire du bénévolat. Pour cette raison, il est important de corriger ces effets sociodémographiques mesurés lorsque le répondant avait 15 ans. C'est ce qu'on fait au modèle 2. L'évolution de l'amplitude des coefficients estimés au modèle 1 déterminera les valeurs, l'attitude et le comportement des élèves et établira dans quelle mesure ils auront un effet non attribuable aux avantages ni aux désavantages associés à leur famille d'origine.

Les nombreuses valeurs manquantes nuisent aux analyses à variables multiples en diminuant la taille de l'échantillon, et en le rendant moins représentatif. Pour cette raison, nous avons substitué aux valeurs manquantes la moyenne de chaque variable, et nous avons construit un indicateur de valeurs manquantes et inclus une variable de contrôle dans toutes les analyses à variables multiples. Par ailleurs, pour que les rapports de cotes soient raisonnablement comparables, nous avons converti toutes les variables continues en notes standard. C'est pourquoi on peut considérer que les rapports de cotes sont l'effet de la variation d'un écart-type d'une variable indépendante donnée sur les probabilités relatives de résultats d'éducation. Le tableau 2 présente des données descriptives pour toutes les variables utilisées dans l'analyse à variables multiples3. La définition des variables utilisées dans les analyses à variables multiples se trouve en annexe.

Tableau 2 Statistiques descriptives des variables utilisées dans les analyses à variables multiples
  Moyenne Écart-type
Effort à l'école 0,08 0,968
Consommation d'alcool ou de marijuana 2,08 0,957
Soutien scolaire des pairs 0,11 0,954
Activités parascolaires 1,45 0,644
Indicateur de valeur manquante 0,30 0,684
Préparation aux études ou à l'emploi à l'école secondaire 0,06 0,983
Emploi de 20 heures ou plus par semaine 0,19 0,388
L'aide aux études de la part des parents 1,50 0,766
Aspirations scolaires 0,14 0,984
Cours préuniversitaires 1,37 0,773
Moyenne pondérée cumulative 0,20 0,954
Changement d'école secondaire 0,19 0,394
Éducation des parents 0,13 0,986
Accès à un ordinateur à domicile 0,08 0,870
Revenu (quintiles) 2,12 1,315
Sexe féminin 0,54 0,499
Naissance au Canada 0,81 0,393
Minorité visible 0,11 0,309
Deux parents biologiques 0,65 0,478
Niveau de compétence en mathématiques 0,24 0,874
Niveau de compétence en lecture 0,46 0,677

Trois ensembles de contrastes devraient faire ressortir les facteurs susceptibles d'expliquer les différents cheminements scolaires empruntés par les élèves forts en lecture. Le premier contraste (tableau 3) compare ceux qui ont emprunté le cheminement le plus anormal (ceux qui n'ont pas terminé leur secondaire) et ceux qui ont emprunté un cheminement un peu plus intéressant, c'est-à-dire les diplômés du secondaire qui n'ont pas poursuivi d'EPS. Les deux tableaux qui suivent établissent le contraste entre les diplômés du secondaire et les étudiants inscrits à l'université puis ceux inscrits à un programme d'EPS ailleurs qu'à l'université. Ces deux tableaux évaluent les raisons susceptibles d'expliquer pourquoi les élèves forts en lecture qui ont terminé leur secondaire n'avaient pas fait la transition aux EPS à l'âge de 19 ans.

Tableau 3 Contraste logistique multinominal des élèves qui ont abandonné le secondaire avec ceux qui l'ont terminé
  Expérience du secondaire Contexte socioéconomique
« A abandonné » c. « A terminé » Rapport de cotes p Rapport de cotes p
Point d'intersection 0,269 0,000 0,167 0,000
Effort à l'école 0,696 0,000 0,695 0,001
Consommation d'alcool ou de marijuana 1,134 0,048 1,137 0,054
Soutien scolaire des pairs 0,836 0,006 0,872 0,046
Activités parascolaires 0,928 0,407 0,928 0,418
Préparation aux études ou à l'emploi à l'école secondaire 0,810 0,030 0,769 0,010
Emploi de 20 heures ou plus par semaine 0,999 0,993 0,949 0,720
L'aide aux études de la part des parents 0,886 0,188 0,846 0,065
Aspirations scolaires 0,922 0,289 0,927 0,330
Cours préuniversitaires 0,564 0,000 0,626 0,000
Moyenne pondérée cumulative 0,595 0,000 0,647 0,000
Changement d'école secondaire     1,569 0,005
Éducation des parents     0,870 0,088
Accès à un ordinateur à domicile     1,033 0,502
Revenu (quintiles)     0,910 0,094
Sexe féminin     0,753 0,024
Naissance au Canada     2,517 0,008
Minorité visible     1,488 0,169
Deux parents biologiques     0,618 0,002
Niveau de compétence en mathématiques     0,876 0,084
Niveau de compétence en lecture     0,699 0,008
Nagelkerke Pseudo R2 0,45   0,49  

4.2.1 Élèves qui ont abandonné par rapport aux diplômés du secondaire

Lorsqu'on regarde d'abord l'expérience du secondaire, le tableau 3 révèle plusieurs facteurs importants. D'abord, les élèves forts en lecture qui empruntent un cheminement scolaire particulièrement faible (qui abandonnent le secondaire) ne mettaient pas assez d'efforts dans leurs travaux scolaires. Une augmentation d'un écart-type de l'effort à l'école devrait augmenter de 30 % (1 - 0,696 = 0,30) les probabilités de réussir au secondaire. D'autre part, les faibles notes et l'absence de cours de mathématiques ou de langue de niveau préuniversitaire sont d'importants facteurs qui accroissent la probabilité que ces élèves forts en lecture décrochent ou n'aient pas terminé leur secondaire à l'âge de 19 ans.

La piètre performance scolaire des élèves qui n'ont pas terminé leur secondaire est en partie attribuable à leur manque d'effort. Cependant, le troisième point que révèle le tableau, c'est que les pairs ont joué un rôle considérable, tant positif que négatif, dans le cheminement scolaire de ces jeunes. Du côté positif, les pairs qui reconnaissaient l'importance de l'éducation et qui prévoyaient poursuivre des EPS faisaient augmenter la probabilité qu'un élève termine son secondaire, tandis que la consommation d'alcool et de marijuana ou de hasch (généralement à l'intérieur d'un réseau de pairs) augmentait les risques de décrochage du secondaire.

Par ailleurs, et contrairement au rôle des pairs, ni les aspirations scolaires des jeunes ni l'importance qu'ils croyaient que leurs parents accordaient à la réussite du secondaire n'avaient un effet indépendant sur leur réussite au secondaire. Ces tendances indiquent que les jeunes qui montraient un niveau de compétence élevé en lecture et qui, par la suite, empruntaient le cheminement scolaire le plus anormal étaient ceux qui laissaient leurs pairs les influencer plus que leurs parents ou même leurs valeurs personnelles relatives à l'éducation.

Enfin, l'emploi rémunéré pendant l'année scolaire n'avait pas de lien significatif avec le cheminement scolaire que choisissaient les élèves forts en lecture dans n'importe quelle analyse à variables multiples (si bien qu'il n'en est pas question dans les tableaux). Cependant, et contrairement à certains résultats de recherche antérieure, l'emploi rémunéré ne semble pas être un symptôme d'un désengagement des travaux scolaires, puisqu'un travail rémunéré de 20 heures par semaine ou plus n'influe pas sur la réussite du secondaire. Un autre facteur qui diffère des recherches antérieures, c'est la participation aux activités parascolaires, qui n'a pas de lien avec la réussite du secondaire. La principale raison qui explique cette absence de lien est que les effets de l'effort à l'école et de la performance scolaire est contrôlé dans la présente analyse et qu'ainsi, l'analyse corrige quelques-uns des effets de sélection (les élèves montrant une meilleure performance scolaire sont généralement plus nombreux à prendre part aux activités parascolaires). Enfin, on reconnaît dans une certaine mesure la proposition selon laquelle les élèves qui ne terminent pas leur secondaire se soucient peu de leur avenir, puisqu'ils étaient moins nombreux à avoir participé à des activités de présentation et d'information sur les EPS et les professions organisées par les écoles.

Le modèle 2 ajoute les importants contextes sociodémographiques. Bien qu'ils réduisent quelques-unes des estimations des paramètres fournies au modèle 1, ils indiquent généralement que, si l'expérience du secondaire a été significative, elle le demeure. Ce principe mène à la conclusion selon laquelle l'expérience du secondaire n'est pas un artéfact des facteurs de sélection associés aux facteurs socioéconomiques et autres facteurs contextuels. Le modèle illustre également qu'après correction de la performance scolaire et des autres expériences du secondaire, les femmes, les immigrants et les élèves qui habitent avec leurs deux parents biologiques sont beaucoup plus susceptibles de terminer leur secondaire que les autres. Le cheminement supérieur des femmes en général a été démontré dans les recherches antérieures. Ce qu'il faut savoir ici, c'est que cet avantage ne s'explique pas uniquement par leur meilleure performance scolaire, puisque celle-ci est constante dans ce modèle. D'autres recherches indiquent également que la présence des deux parents biologiques à la maison semble protéger contre toute influence indue des pairs, et cette interprétation est conforme aux conclusions tirées ici. Ce qui est plutôt surprenant, c'est que les avantages matériels et socioculturels sous forme du revenu du ménage et de l'éducation des parents n'ont qu'une signification négligeable (p < -0,10), et que l'accès à un ordinateur à domicile ne procure pas d'avantages du tout. Ces conclusions rappellent que les jeunes qui empruntent un cheminement scolaire anormalement peu valorisant ne tirent pas parti des avantages que leur offre leur domicile. Il faut également souligner que certains élèves désavantagés sont en fait plus susceptibles de terminer leur secondaire que les élèves avantagés. Par exemple, les jeunes nés au Canada sont 2,5 fois moins portés à terminer leur secondaire que les immigrants. Il se peut donc que les parents des immigrants, pour qui le niveau de scolarité de leurs enfants est particulièrement important, donnent le soutien et la protection apparemment nécessaires aux élèves pour qu'ils finissent au moins leur secondaire.

Enfin, un changement d'école secondaire a un effet néfaste sur la probabilité qu'un élève termine son secondaire : les risques de décrochage chez ceux qui ont déclaré qu'ils avaient changé d'école secondaire à 17 ans sont 57 % plus élevés que chez ceux qui sont demeurés dans la même école. Cette relation s'explique par plusieurs raisons : les jeunes qui ont changé d'école peuvent se sentir moins intégrés à la culture de leur école, ils peuvent avoir trouvé un moins grand nombre de mesures de soutien social, ou il se peut que les familles « mobiles » soient moins en mesure d'offrir la protection dont leurs enfants ont besoin. Ces données ne permettent pas de décider quelles sont les raisons qui s'appliquent.

4.2.2 Participants à des EPS ailleurs qu'à l'université par rapport aux diplômés du secondaire

Le résultat qui se classe au deuxième rang parmi les résultats les plus anormaux, ce sont les élèves forts en lecture qui terminent leur secondaire mais qui ne poursuivent pas d'EPS. Cette section donne des renseignements sur les facteurs qui différencient ceux qui n'ont pas poursuivi d'EPS (diplômés) de ceux qui ont choisi de s'inscrire à un programme d'EPS non universitaire (ou qui se sont inscrits à des EPS mais qui ont abandonné leur programme avant de le terminer). Est-ce que les facteurs qui influent sur ces cheminements scolaires sont les mêmes que ceux qui auraient influé sur le décrochage du secondaire, ou s'agit-il d'une dynamique différente?

Le tableau 4 indique que seulement quelques-unes des mêmes expériences du secondaire qui étaient assez importantes pour nous permettre de comprendre le cheminement le plus anormal sont les mêmes que celles qui sont à l'origine du deuxième cheminement anormal en importance. Quant aux similitudes, les notes obtenues au secondaire et le soutien éducatif positif des pairs ont leur importance dans la décision de poursuivre des EPS non universitaires autant que pour la réussite du secondaire. De même, l'orientation future, c'est-à-dire tirer parti des mécanismes de préparation aux transitions vers les EPS et le marché du travail fournis par les écoles agissent de la même manière. Mais les similitudes s'arrêtent là.

Tableau 4 Contraste logistique multinominal des participants à des EPS ailleurs qu'à l'université et des diplômés du secondaire
  Expérience du secondaire Contexte socioéconomique
Études non universitaires c. études secondaires terminées Exp(b) p Exp(b) p
Point d'intersection 0,620 0,006 0,770 0,297
Effort à l'école 1,081 0,093 1,090 0,075
Consommation d'alcool ou de marijuana 0,953 0,266 0,948 0,225
Soutien scolaire des pairs 1,174 0,000 1,151 0,000
Activités parascolaires 1,106 0,058 1,098 0,077
Préparation aux études ou à l'emploi à l'école secondaire 1,221 0,001 1,255 0,000
Emploi de 20 heures ou plus par semaine 0,787 0,006 0,802 0,012
L'aide aux études de la part des parents 1,297 0,000 1,283 0,000
Aspirations scolaires 1,101 0,033 1,077 0,093
Cours préuniversitaires 1,085 0,168 1,053 0,392
Moyenne pondérée cumulative 1,426 0,000 1,358 0,000
Changement d'école secondaire     0,943 0,573
Éducation des parents     1,118 0,008
Accès à un ordinateur à domicile     1,093 0,003
Revenu (quintiles)     1,014 0,600
Sexe féminin     1,263 0,004
Naissance au Canada     0,839 0,317
Minorité visible     1,241 0,172
Deux parents biologiques     0,881 0,251
Niveau de compétence en mathématiques     1,089 0,074
Niveau de compétence en lecture     1,085 0,211
Nagelkerke Pseudo R2 0,45   0,49  

Lorsqu'on regarde les différences, on remarque que la présence d'une sous-culture des pairs ou la consommation d'alcool ou de marijuana n'ont pratiquement pas d'effet négatif. C'est plutôt l'effet positif du soutien éducatif des parents qui apparaît, de même que la plus grande concordance avec les aspirations scolaires d'un élève. Par ailleurs, le rapport de cotes d'une non-participation à des EPS est supérieur d'environ un cinquième chez les jeunes qui choisissent un emploi rémunéré intensif pendant l'année scolaire (1 - 0,787 = 0,23). Le choix de cours de mathématiques et de langue de niveau préuniversitaire n'influe essentiellement pas sur la décision de ne pas poursuivre d'EPS, et l'effort à l'école n'a qu'une signification négligeable (p < 0,10). Cette dernière constatation ne signifie pas seulement que l'effort à l'école n'est pas important, mais simplement que l'effort à l'école qui ne se traduit pas par une amélioration des notes n'a qu'une faible signification. Enfin, la participation à des activités parascolaires ne fait maintenant qu'une mince différence (p < 0,10).

Lorsqu'on tient compte des facteurs du contexte socioéconomique, on ne remarque pratiquement pas d'effet sur les estimations des paramètres : les expériences au secondaire significatives sans correction de ces facteurs contextuels demeurent significatives et la taille des rapports de cotes est assez semblable. Cela montre encore que les valeurs, les attitudes et le comportement des élèves du secondaire à 17 ans ont des effets indépendants sur leur choix d'emprunter un cheminement scolaire plus ou moins valorisant. Ce qui diffère, ce sont les attitudes, les valeurs et les comportements précis qui sont en cause.

L'éducation des parents a une certaine importance, mais le revenu du ménage n'est pas un facteur qui entre dans la décision d'un jeune de poursuivre des EPS non universitaires, c'est-à-dire que la décision de poursuivre des EPS non universitaires ne se fonde apparemment pas sur des facteurs financiers. Le fait qu'elle dépende de l'éducation des parents et de l'accès à un ordinateur à domicile indique que la façon dont les parents activent leur capital culturel et économique a plus d'importance que l'état de leurs finances.

Comme on le disait dans la section précédente, les femmes sont plus susceptibles d'atteindre leur potentiel que les hommes. Ainsi, les femmes sont 26 % plus nombreuses que les hommes à poursuivre des EPS non universitaires plutôt qu'à ne pas participer à des EPS du tout. Contrairement aux résultats du décrochage du secondaire, aucun autre facteur sociodémographique ne semble lié de façon significative à la décision d'un élève de mettre fin à ses études après avoir terminé le secondaire plutôt que de poursuivre des EPS non universitaires.

4.2.3 Participants à un programme d'études universitaires par rapport aux diplômés du secondaire

La dernière série de contrastes concerne les élèves qui n'ont pas poursuivi d'EPS (qui n'atteignent donc pas leur potentiel) et ceux qui se sont inscrits à un programme d'études universitaires, comme on peut s'attendre de la part de jeunes ayant un niveau de compétence élevé en lecture. Lorsqu'on regarde le premier modèle au tableau 5, tous les aspects de l'expérience du secondaire sauf un sont liés de façon significative à la décision d'un élève de mettre fin à ses études à la fin du secondaire plutôt que de s'inscrire à un programme d'études universitaires. Ce résultat est encore différent des conclusions tirées dans les deux tableaux précédents. Par exemple, la seule variable du modèle 1 qui ne montre pas d'effet ici est la participation à des activités de préparation aux études ou à l'emploi. Ce facteur était toutefois beaucoup associé aux deux séries de cheminements précédentes. Non seulement toutes les autres variables sur l'expérience du secondaire sont-elles significatives sur le plan statistique, mais la plupart d'entre elles ont beaucoup d'importance. Par exemple, un emploi de 20 heures ou plus par semaine à l'âge de 17 ans augmenterait de 42 % (1 - 0,58 = 0,42) les risques qu'un jeune cesse d'étudier après avoir terminé son secondaire. De même, la participation à des activités parascolaires, à l'école ou non, est associée à une hausse de 54 % des chances qu'un élève s'inscrive à l'université.

Tableau 5 Contraste logistique multinominal entre les participants à des programmes d'études universitaires et les diplômés du secondaire
  Expérience du secondaire Contexte socioéconomique
Études non universitaires c. études secondaires terminées Exp(b) p Exp(b) p
Point d'intersection 0,103 0,000 0,117 0,000
Effort à l'école 1,259 0,000 1,296 0,000
Consommation d'alcool ou de marijuana 0,910 0,041 0,898 0,022
Soutien scolaire des pairs 1,234 0,000 1,167 0,000
Activités parascolaires 1,544 0,000 1,480 0,000
Préparation aux études ou à l'emploi à l'école secondaire 0,992 0,902 1,061 0,375
Emploi de 20 heures ou plus par semaine 0,580 0,000 0,625 0,000
L'aide aux études de la part des parents 1,838 0,000 1,721 0,000
Aspirations scolaires 1,920 0,000 1,822 0,000
Cours préuniversitaires 1,696 0,000 1,636 0,000
Moyenne pondérée cumulative 3,022 0,000 2,533 0,000
Changement d'école secondaire     0,767 0,021
Éducation des parents     1,442 0,000
Accès à un ordinateur à domicile     1,100 0,008
Revenu (quintiles)     1,112 0,001
Sexe féminin     1,651 0,000
Naissance au Canada     0,643 0,010
Minorité visible     1,590 0,022
Deux parents biologiques     1,085 0,429
Niveau de compétence en mathématiques     1,182 0,001
Niveau de compétence en lecture     1,288 0,000
Nagelkerke Pseudo R2 0,45   0,49  

Lorsqu'on regarde le modèle 2, on remarque encore que toutes les variables significatives sur le plan statistique dans le modèle 1 le demeurent même après correction des facteurs sociodémographiques. De plus, toutes les variables socioéconomiques, sauf la présence à domicile des deux parents biologiques, différencient beaucoup ceux qui n'ont pas poursuivi d'EPS de ceux qui poursuivent des études universitaires. Les effets vont dans le sens prévu par la documentation et les tableaux précédents. Prenez note que le rapport de cotes des membres des minorités visibles qui étudient à l'université est 59 % plus élevé que celui de leurs homologues « de race blanche » et que les étudiants immigrants ont 34 % plus de chances (1 -0,64 = 0,36) de fréquenter l'université (plutôt que de ne pas poursuivre d'EPS) que leurs homologues nés au Canada.

4.2.4 Sommaire des analyses à variables multiples

Le cheminement scolaire qu'empruntent les élèves forts en lecture à l'âge de 19 ans est illustré par un concept de gradation le long d'un continuum du cheminement le moins typique au plus typique, non seulement dans le sens statistique du moins fréquent au plus fréquent, mais également dans le sens du moins attendu au plus attendu, compte tenu de leurs résultats antérieurs élevés en lecture. Les analyses à variables multiples ont révélé des similitudes et des différences dans l'influence qu'elles ont eue sur des transitions scolaires précises. Cette section résume les tendances. Le premier tableau présentait un contraste entre les élèves qui n'avaient pas terminé leur secondaire (le résultat le plus atypique) et ceux qui avaient terminé leur secondaire, le deuxième comparait les diplômés du secondaire (le deuxième résultat atypique en importance) et ceux qui poursuivaient des EPS non universitaires, et le troisième comparait également les diplômés du secondaire, mais cette fois avec ceux qui étaient inscrits à un programme d'études universitaires. La comparaison des rapports de cotes entre ces trois séries d'analyses mène aux conclusions suivantes:

  • En général, les notes obtenues au secondaire sont essentielles à la compréhension de tous les cheminements scolaires. Les élèves qui n'ont pas terminé leur secondaire sont les plus faibles dans cette catégorie, suivis des diplômés du secondaire, des participants à des EPS non universitaires, et des étudiants à l'université. Autrement dit, les jeunes ayant de fortes compétences en lecture qui n'ont pas atteint leur potentiel ont été incapables de se servir de leurs capacités préalables en lecture pour obtenir de bonnes notes.
  • L'une des raisons qui expliquent pourquoi certains jeunes n'ont pas été mesure de se servir de leurs compétences en lecture pour avoir de bonnes notes, c'est qu'ils n'ont pas mis suffisamment d'efforts dans leurs travaux scolaires. C'est l'effort à l'école qui différencie les élèves qui réussissent leur secondaire de ceux qui abandonnent, et également les diplômés qui n'ont pas poursuivi d'EPS de ceux qui se sont inscrits à l'université. Par ailleurs, l'effort à l'école ne semble pas être un facteur qui différencie les diplômés du secondaire des participants à des EPS non universitaires : ces deux groupes étaient assez semblables lorsqu'on mettait de côté les notes et d'autres facteurs pertinents.
  • Les effets négatifs de la culture des pairs associés à la consommation d'alcool et de marijuana ou de hasch sont les plus prononcés dans le contraste entre les décrocheurs et les diplômés du secondaire.
  • L'effet positif du réseau de pairs sur un élève augmente au même titre que les résultats d'éducation. Autrement dit, ce ne sont pas seulement les décrocheurs qui sont les moins susceptibles d'avoir des pairs qui valorisent l'éducation et qui prévoient poursuivre des EPS, mais ces jeunes sont les moins portés à être influencés par les plans de cheminement de leurs amis. À l'inverse, les étudiants inscrits à l'université sont les plus portés à avoir des pairs qui valorisent l'éducation, et la présence de ces pairs semble particulièrement les encourager à fréquenter l'université plutôt qu'à mettre fin à leurs études après avoir terminé leur secondaire.
  • Le rôle des aspirations des parents montre la même tendance : il a une signification statistique nulle chez les élèves qui arrêtent leurs études après le secondaire, mais il augmente les chances de participation à des études non universitaires de 30 % et la participation à des études universitaires de 84 % (dans tous les cas, par contraste avec la réussite des études secondaires).
  • La participation à des activités parascolaires n'est également pas importante lorsqu'on veut comprendre pourquoi un jeune décroche du secondaire. Elle devient un facteur important dans la poursuite d'études postsecondaires, et surtout d'études universitaires.
  • Un emploi de 20 heures par semaine ou plus n'influe pas sur la décision d'un jeune de décrocher et ne retarde pas non plus sa progression au secondaire. Toutefois, un emploi rémunéré intensif réduit effectivement les chances de participation à des EPS et semble particulièrement important dans la décision d'un jeune de ne pas s'inscrire à l'université.
  • La participation à des activités de préparation aux études et au milieu professionnel fournies par les écoles semble importante et permet à un jeune d'éviter d'emprunter les pires cheminements scolaires. Ainsi, ceux qui ont pris part à des activités du genre avaient plus de chances de terminer leur secondaire et de poursuivre des EPS non universitaires.
  • Même après correction de la performance scolaire et des facteurs socio-démographiques, les hommes sont plus susceptibles de ne pas réaliser leurs objectifs scolaires. Ainsi, les femmes ont 25 % moins de risques de ne pas terminer leur secondaire que les hommes. On observe à peu près les mêmes pourcentages chez les femmes qui choisissent de poursuivre des EPS non universitaires plutôt que d'arrêter d'étudier après avoir obtenu leur certificat d'études secondaires. Les femmes sont particulièrement enclines à opter pour les études universitaires, car elles sont 65 % plus portées que les hommes à opter pour cette transition.
  • La présence des deux parents biologiques semble constituer une protection qui facilite la vie aux élèves forts en lecture pour qu'ils terminent au moins leur secondaire. La structure familiale ne semble pas être un facteur dans le cas des autres transitions. Peut-être que la présence des deux parents sert de protection contre toute influence négative indue de la part des pairs.
  • Les familles immigrantes jouent également un rôle de protection qui réduit les risques que leurs enfants ne terminent pas leur secondaire et optimisent leurs chances de s'inscrire à l'université. Si les jeunes des minorités visibles sont aussi nombreux que les autres (sinon plus) à ne pas terminer leur secondaire, s'ils terminent leur secondaire, ils sont davantage portés à poursuivre des études universitaires que leurs homologues « de race blanche ».
  • Le revenu des ménages n'est pas un facteur significatif dans n'importe quel cheminement scolaire, sauf la participation à des études universitaires, ce qui porte à croire que le coût des études universitaires est un obstacle à certains élèves forts en lecture qui les empêche de réaliser leur potentiel scolaire. Le niveau de scolarité des parents se reflète dans la probabilité que leurs enfants poursuivent des EPS, surtout à l'université.
  • L'activation du capital culturel et économique des parents est importante dans l'optimisation des résultats d'éducation. Par exemple, l'accès à un ordinateur à domicile n'est pas un facteur qui explique pourquoi les jeunes ne parviennent pas à terminer leur secondaire, mais il augmente toutefois, quoique de façon modeste, leurs chances de poursuivre des EPS à l'université ou ailleurs.

  • 1 Les analyses de profil appuient la décision de combiner les décrocheurs et ceux qui abandonnent, et les participants à des études non universitaires avec les décrocheurs des EPS, puisque selon de nombreux comptes, les répondants de ces cheminements adjacents étaient assez semblables.
  • 2 Toutes les estimations des paramètres ont été calculées à l'aide de techniques de modélisation linéaire hiérarchique; celles-ci tiennent compte du fait que les élèves sont emboîtés dans les écoles, ce qui influe sur les estimations de l'erreur type, et donc sur la signification statistique des effets des variables indépendantes.
  • 3 La moyenne des variables n'est pas 0, puisqu'elles étaient centrées sur la moyenne de l'échantillon total plutôt que sur la moyenne des élèves « performants ». Cela nous permet de voir à quel point ces derniers diffèrent de l'échantillon global.

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Date de modification :
2007-11-01