Le présent rapport analyse le cheminement scolaire de 16 242 jeunes Canadiens qui, à l'âge de 15 ans, s'étaient classés au moins au niveau 3, le niveau jugé nécessaire au fonctionnement efficace dans une société du savoir. À cette fin, il s'appuie sur les cycles 1 à 3 de l'Enquête auprès des jeunes en transition (EJET) du Canada. En dépit de leurs résultats relativement élevés en lecture, près de trois sur dix (29 %) ne poursuivaient pas d'études postsecondaires à l'âge de 19 ans, mais comme prévu, le cheminement le plus fréquent pour ce groupe d'élèves hautement compétents, ce sont les études universitaires, 37 % d'entre eux étant inscrits à l'université.
L'examen de la documentation et la tendance des résultats du présent rapport révèlent tous les deux que les différents cheminements scolaires peuvent se situer le long d'un continuum qui en représente l'étendue, du pire (décrochage anticipé) d'un côté au meilleur (participation à un programme d'études universitaires) de l'autre. Pour tous les résultats d'éducation, la performance scolaire au secondaire est importante. La question comporte deux volets : pourquoi certains jeunes hautement compétents en lecture sont-ils incapables de se servir de leur capacité à lire pour obtenir de bonnes notes, et quels sont les autres facteurs qui expliquent un cheminement scolaire peu valorisant?
La situation la plus anormale est celle des jeunes qui n'ont pas terminé leur secondaire obtenu à 19 ans même s'ils avaient des résultats élevés en lecture à l'âge de 15 ans. Ce groupe semble formé de jeunes qui n'ont pas consacré suffisamment d'efforts à leurs travaux scolaires, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas fait leurs devoirs comme les autres et qu'ils ont été plus nombreux qu'eux à rater des cours. De plus, il semble que les pairs exercent une plus grande influence sur eux que leurs parents. Cela se manifeste dans leur consommation d'alcool et de marijuana, l'impertinence des aspirations d'éducation de leurs parents, et évidemment les aspirations des jeunes eux-mêmes. Il semble que la présence des deux parents biologiques constitue un important facteur qui facilite la réussite des études secondaires, puisque ceux qui habitent dans une famille de structure différente étaient beaucoup plus nombreux à avoir arrêté d'étudier avant d'obtenir leur diplôme d'études secondaires. De même, les parents d'immigrants sont plus en mesure de faire en sorte que leurs enfants ne décrochent pas. Par ailleurs, les jeunes qui ne terminent pas leur secondaire ne peuvent pas jouir d'une carrière pour personnes scolarisées ni participer à des activités préparatoires à l'éducation, c'est-à-dire s'entretenir avec un conseiller en orientation scolaire ou remplir des questionnaires pour connaître avec certitude leurs intérêts et leurs capacités.
Cette recherche révèle également que plusieurs facteurs qu'on pourrait considérer comme des obstacles à la réalisation de son potentiel scolaire n'étaient néanmoins pas importants. Les ressources parentales, sociales, culturelles et économiques, comme le revenu et l'accès à un ordinateur à domicile, n'étaient pas beaucoup moins nombreuses chez les décrocheurs du secondaire que chez ceux qui ont terminé leur secondaire. Il se pourrait qu'on considère que la participation à des activités parascolaires représente un plus grand attachement envers l'école, mais cette participation ne fait pas augmenter la probabilité qu'un jeune réussisse ses études secondaires. La documentation indique également qu'un emploi rémunéré intensif est un symptôme du processus de décrochage. Pourtant, chez ces élèves hautement compétents en lecture, un emploi de plus de 20 heures par semaine n'est pas un facteur qui a contribué au décrochage du secondaire.
La décision de terminer son secondaire mais de ne pas poursuivre d'études postsecondaires (EPS) représente également un cheminement scolaire anormal pour les élèves hautement compétents en lecture, mais pas aussi grave que le décrochage du secondaire. Les analyses ont dévoilé plusieurs facteurs importants qui différencient ceux qui écourtent leurs études en se contentant d'un diplôme d'études secondaires et ceux qui participent à des EPS non universitaires. D'une part, il faut connaître le capital social, culturel et parental pour comprendre ces résultats d'éducation. Ceux qui n'ont pas poursuivi leurs études étaient moins nombreux à avoir accès à un ordinateur à domicile, avaient des parents moins scolarisés, et peut-être pour ces raisons, n'accordaient pas autant d'importance à l'éducation. Toutefois, le revenu des ménages n'est pas un facteur dans ces transitions. Les pairs demeurent importants, mais on porte une observation intéressante : la présence d'un réseau d'amis qui reconnaissaient la valeur de l'éducation et qui planifiaient poursuivre des EPS augmentait la probabilité que les jeunes poursuivent leurs études, mais on n'a pas observé d'influence négative considérable des pairs. Ainsi, la consommation d'alcool, de marijuana ou de hasch n'était pas liée à la décision de poursuivre des EPS non universitaires. La non-participation à des activités parascolaires entraîne une hausse négligeable de la probabilité qu'un jeune termine ses études après avoir obtenu son diplôme d'études secondaires. L'emploi rémunéré intensif a eu un effet nuisible, les jeunes qui avaient travaillé plus de 20 heures par semaine ayant été moins nombreux à poursuivre des EPS. Aucune autre variable sociodémographique, à l'exception du sexe, n'établit de différence entre les diplômés du secondaire et les participants à des EPS non universitaires.
Il existe d'importants contrastes entre ceux qui ont mis fin à leurs études après le secondaire et ceux qui se sont inscrits à l'université. Tous les aspects de l'expérience du secondaire sont très différents d'un cheminement scolaire à l'autre. Ceux qui ont mis fin à leurs études après avoir reçu leur diplôme d'études secondaires consacrent moins d'efforts à l'école, reçoivent un moins grand soutien de la part de leurs parents et de leurs pairs à l'école, sont plus susceptibles de consommer de l'alcool ou de la marijuana, ont des aspirations scolaires inférieures, sont moins nombreux à avoir pris part à des activités parascolaires et plus nombreux à avoir eu un emploi rémunéré de plus de 20 heures par semaine pendant l'année scolaire. Ils sont aussi un peu plus nombreux à avoir changé d'école secondaire, ce qui pourrait s'être traduit par une perte de capital social.
Toutes les composantes du capital parental se sont révélées importantes dans l'établissement du contraste entre la participation à des études universitaires et la fin des études après le secondaire : les jeunes qui n'ont pas poursuivi d'études universitaires habitaient dans les ménages les moins fortunés, avaient des parents moins scolarisés, et avaient moins souvent accès à un ordinateur à la maison que ceux qui allaient à l'université. De même, les élèves immigrants et des minorités visibles étaient plus susceptibles de poursuivre des études universitaires, ce qui porte à croire que la culture d'éducation dans ces foyers entraîne davantage les jeunes à être en mesure de réaliser leur potentiel d'éducation.
Le présent document confirme que les facteurs qui ont mené à un cheminement souhaitable chez les jeunes compétents en lecture sont généralement similaires à ceux qui nuisent au cheminement scolaire peu importe les compétences en lecture. Rares sont les facteurs évidents chez les jeunes hautement compétents en lecture, mais ce n'est pas le cas des jeunes qui ont du mal à lire.
Le cheminement scolaire que les jeunes empruntent est déterminé dès leur jeune âge. Sur le plan familial, le capital humain des parents, sous forme de leur niveau de scolarité, a des effets positifs permanents. Leur capital économique (revenu) a un effet moindre et se traduit principalement par leur plus grande capacité d'acheter un ordinateur familial. Les souhaits et les aspirations des parents pour l'éducation de leurs enfants ont d'importantes conséquences sur la probabilité que ceux-ci prennent part à des EPS, tant à l'université que dans d'autres établissements d'enseignement. La structure familiale laisse ses traces, les enfants qui n'habitent pas avec leurs deux parents biologiques ayant les plus faibles résultats d'éducation. Ces effets ne s'expliquent pas simplement par une dissolution des ressources, puisqu'ils persistent en dépit d'une multitude de contrôles statistiques. Il faut savoir que les jeunes des minorités visibles obtiennent de meilleurs résultats d'éducation, tout comme les immigrants, ces deux groupes étant particulièrement portés à étudier à l'université. Comme dans les recherches antérieures, les femmes sont beaucoup plus susceptibles d'emprunter un meilleur cheminement scolaire que les hommes. Autrement dit, les jeunes filles hautement compétentes en lecture sont plus nombreuses à atteindre leur potentiel scolaire que les jeunes hommes de compétence égale en lecture : elles sont moins nombreuses à décrocher du secondaire et davantage portées à poursuivre des études universitaires ou non universitaires après leur secondaire, même après correction de la performance scolaire.
Les résultats de l'éducation sont beaucoup plus qu'une question d'avantages familiaux. Les convictions, le comportement et les décisions de l'élève entrent en ligne de compte. Les analyses révèlent que deux composantes d'une bonne performance scolaire, particulièrement pendant la dernière année du secondaire, ont une grande signification : les notes globales, et les cours de langues et de mathématiques suivis au niveau préuniversitaire. Par ailleurs, toutes les décisions que prend un élève pour améliorer sa performance scolaire se traduit directement par une amélioration de son cheminement. Ici, ce qu'il faut surtout retenir, c'est que la performance scolaire d'un jeune à ses premières années d'études n'a pas autant d'impact que celle de ses années ultérieures, bien qu'elle laisse sa trace et qu'on ne puisse pas l'effacer complètement, notamment du côté de la probabilité de s'inscrire à un programme d'études universitaires. Les aspirations d'un élève sont cruciales, comme celles de ses parents, et créent un effet qui s'ajoute à celui de ses parents.
De nombreux facteurs démographiques, familiaux, individuels et scolaires entrent dans la transition scolaire des jeunes hautement compétents en lecture. Ils renforcent la conclusion selon laquelle, bien qu'un niveau élevé de compétence en lecture soit effectivement un avantage dans la capacité de ces jeunes de répondre à leurs grandes aspirations, il existe aussi de nombreux autres facteurs, dont certains peuvent entraîner un échec de la réalisation des ambitions des élèves.