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Éducation et premiers résultats sur le marché du travail au Canada - décembre 2007

5. Résumé et conséquences sur le plan des politiques

Dans cet exposé, nous nous sommes reportés aux données de trois cycles de l'Enquête auprès des jeunes en transition (EJET) pour voir comment les premiers résultats sur le marché du travail varient selon le niveau de scolarité. Les données de l'EJET renseignent en détail sur le passage des études au travail dans une cohorte de jeunes enquêtés.

Les résultats corroborent la constatation déjà faite de l'existence d'une relation significative entre la scolarisation et le salaire. Selon les résultats, les salaires étaient plus élevés chez les diplômés que chez les décrocheurs du palier secondaire. Il en va de même des diplômés des programmes postsecondaires non universitaires par rapport aux gens ayant fait seulement les études secondaires. Enfin, les diplômés d'université gagnaient plus que ceux du niveau postsecondaire non universitaire, mais cet effet ne se manifestait que chez les femmes. Dans l'ensemble, l'incidence de la scolarisation sur les salaires est plus marquée chez les femmes que chez les hommes, ce que confirment des études antérieures (voir, par exemple, Hansen, 2006, Burbidge et coll., 2003, et Ferrer et Riddell, 2002) dans lesquelles on constate que l'éducation au Canada produit un meilleur rendement chez les femmes que chez les hommes.

Une autre de nos conclusions est que la scolarisation rend l'emploi plus probable. Chez les hommes, les diplômés du palier postsecondaire risquent bien moins de connaître le chômage et l'effet s'accroît à mesure qu'on passe des études postsecondaires non universitaires aux études universitaires. Un résultat semblable s'observe pour les femmes, mais l'ordre de grandeur est inférieur. Nous avons également constaté que l'éducation réduit l'inactivité (ne pas avoir d'emploi et ne pas chercher de travail), et ce, plus chez les femmes que chez les hommes. Ainsi, comme le font voir des études antérieures et sans qu'on puisse s'en étonner, les données semblent indiquer que les résultats sur le marché du travail sont meilleurs pour les diplômés du palier postsecondaire que pour les gens ayant fait seulement les études secondaires. L'avantage apparaît déjà dans les quelques années qui suivent l'obtention du diplôme et, comme il ressort de certaines recherches, il s'accroît avec le temps passé sur le marché du travail.

On constate aussi qu'environ 20 % des gens connaîtront le chômage dans la première année qui suit les études. Les chiffres sont convergents pour les deux sexes et indépendants du plus haut niveau de scolarité atteint par les intéressés. Il reste que la durée du chômage la première année est significativement moindre chez les diplômés du palier postsecondaire. Si la poursuite des études ne semble pas réduire la fréquence du chômage immédiatement après les études, elle en diminue bel et bien la durée. Une plus grande scolarisation semble apporter des offres d'emploi plus nombreuses et/ou plus intéressantes par ailleurs. Une autre indication en ce sens est la constatation que le taux de croissance salariale dans la première année suivant les études est significativement plus élevé chez les diplômés d'université que chez les autres travailleurs. De plus, les données correspondantes pour les deux premières années suivant les études révèlent que, si le taux d'emploi augmente largement la première année, il est stable l'année qui suit. Cette tendance se présente indépendamment du niveau de scolarité et du sexe. En fait, les taux d'emploi des hommes et des femmes étaient convergents pour tous les niveaux de scolarité sauf pour les études secondaires incomplètes, catégorie où les taux étaient plus élevés chez les hommes avec pour explication possible les taux supérieurs de fécondité des femmes peu scolarisées.

Nous avons également démontré que le principal domaine d'études et la profession sont moins en correspondance au palier postsecondaire chez les diplômés d'université, mais que l'appariement s'améliore avec le temps écoulé depuis l'obtention du diplôme. On a l'impression que la période de passage de l'école au travail est marquée par le chômage ou des emplois qui ne sont pas parfaitement en rapport avec les compétences acquises. Avec le temps cependant, la recherche de travail, que l'on occupe un emploi ou non, vient généralement accroître la correspondance entre les capacités acquises à l'école et les capacités exploitées en milieu de travail. Lorsqu'on effectue la régression du salaire en expression logarithmique par rapport à un indicateur de correspondance domaine d'études-profession, les estimations font voir un gain salarial significatif pour les diplômés exerçant une profession en rapport avec leur principal domaine d'études. Qu'une telle correspondance soit plus probable avec le temps est aussi l'indice que l'écart salarial augmentera avec le temps entre les gens ayant fait et n'ayant pas fait d'études postsecondaires.

Dans l'ensemble, il ressort de notre étude que les diplômés du palier postsecondaire ont généralement de meilleurs résultats sur le marché du travail que ceux qui se sont contentés de faire les études secondaires. Ces différences peuvent s'observer dans les quelques années qui suivent l'obtention du diplôme et sont susceptibles de s'accentuer au cours de la vie (voir, par exemple, Belzil (2004) pour des données sur la croissance salariale supérieure chez les travailleurs plus scolarisés). Dans le cas de l'échantillon féminin, les résultats montrent que le salaire moyen est plus élevé chez les diplômées d'université que chez celles des programmes postsecondaires non universitaires. On ne relève pas une telle tendance chez les hommes. Que l'éducation soit d'un meilleur rendement chez les femmes que chez les hommes pourrait aussi expliquer que plus de femmes que d'hommes fréquentent le palier postsecondaire. Dans la mesure où l'attente d'un résultat salarial approprié à son niveau de scolarité joue un rôle décisif, les groupes jouissant d'un meilleur avantage salarial tendront à se scolariser plus que les autres groupes. En fait, Belzil et Hansen (2006) ont constaté que, au Canada, les élèves paraissent regarder en avant et obéir aux attentes de gain salarial pour l'avenir. Qui plus est, la rétribution supérieure des études postsecondaires chez les femmes implique peut-être que celles-ci sont moins sensibles que les hommes aux hausses de frais de scolarité. En réalité, les estimations de rendement que nous offrons dans notre étude impliquent que les frais de scolarité doivent être nettement supérieurs à ce qu'ils sont aujourd'hui pour que, en valeur actualisée, les études postsecondaires présentent un avantage net par rapport au diplôme d'études secondaires. Comme les différences salariales que nous avons évoquées s'accentueront sans doute au cours de la vie, les niveaux actuels des frais de scolarité postsecondaire rendent très avantageux tout investissement dans les études supérieures.

En ce qui concerne les professions de destination des diplômés du palier postsecondaire, les données de l'EJET font voir une correspondance relativement étroite entre le domaine d'études et la profession exercée par la suite. Il reste qu'une proportion appréciable de ces diplômés paraissent exercer des professions qui ne correspondent pas nécessairement aux principaux domaines d'études postsecondaires.