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Éducation et premiers résultats sur le marché du travail au Canada - décembre 2007

2. Recension des études spécialisées

Au cours des trois dernières décennies, on s'est largement efforcé d'établir le rendement économique de la scolarisation [voir Card (1999) pour un relevé récent des résultats et Heckman et coll. (2005) pour une évaluation critique des études consacrées à la rétribution de l'éducation]. On a dit que le rendement marginal moyen se situait quelque part entre 5 % et 10 % selon les pays et les méthodes employées. Ce rendement n'est autre que l'effet moyen sur le salaire lorsque la scolarisation s'accroît d'une unité (une année d'études généralement). Les estimations du rendement marginal moyen nous donnent une certaine idée du lien entre la productivité et la scolarisation, mais elles laissent dans l'ombre des aspects peut-être importants de ce rapport. Il est probable, par exemple, que le rendement économique varie selon l'accumulation d'études. La plupart des systèmes éducatifs s'articulent autour d'un nombre défini de diplômes (études secondaires, études universitaires, etc.). Il est donc improbable que le rendement marginal d'une 10e année d'études (à l'école secondaire) soit le même que pour une 12e année (obtention du diplôme d'études secondaires).

En mettant l'accent sur la façon dont la rétribution de la scolarisation varie selon l'accumulation d'études, Belzil et Hansen (2002) décrivent le rendement de l'éducation par année d'études et se servent à cette fin d'un modèle structurel où le choix de la durée des études est endogène. Les résultats qu'ils obtiennent indiquent que le rendement marginal dépend étroitement de cette durée. Le rendement marginal des années de collège ou d'université est nettement supérieur à celui des années d'école secondaire. Belzil et Hansen (2002) démontrent aussi que, dans ce cadre, la rétribution moyenne de l'éducation est inférieure à celle que dégagent généralement les modèles à forme réduite. La raison de cette différence est que l'hypothèse d'un rendement marginal constant des divers niveaux de scolarisation qui est posée dans la plupart des études à forme réduite ne se trouve nullement confirmée par les données.

Parmi ces études à modélisation réduite, un certain nombre ont porté sur la rétribution des différentes formes d'éducation postsecondaire. Boothby et Drewes (2006) ont constaté que, bien que la différence salariale entre les diplômés du palier secondaire et ceux du niveau postsecondaire non universitaire (collèges communautaires, écoles de métiers et autres établissements de formation professionnelle) soit significative et en hausse de 1980 à 1995, elle le cède nettement à l'écart de gains entre ces mêmes diplômés du secondaire et les diplômés d'université (baccalauréat). Il reste que, comme les études universitaires coûtent plus cher que les études postsecondaires non universitaires, la différence de salaire surestime quelque peu la différence de rendement (taux de rendement interne) entre les niveaux de scolarisation.

Hansen (2006) s'est servi des données de trois recensements canadiens récents (1991, 1996 et 2001) pour analyser les différences salariales entre diplômés d'école secondaire et diplômés d'université. Les différences salariales étaient représentées par le taux de rendement interne entre les diplômés de l'école secondaire et ceux de l'université. Dans une agrégation à l'échelle des disciplines et des régions, les résultats font voir un rendement significatif avec une hausse modeste de 9 % à 11 % de 1991 à 2001. Hansen a également constaté, à l'aide des données de l'Enquête nationale auprès des diplômés (END), que l'écart salarial entre les diplômés d'école de métiers ou de collège et les diplômés d'université a diminué dans les années 1990 et que le rendement d'un grade universitaire était en variation significative selon les disciplines.

Burbidge et coll. (2003) présentent des estimations de différence salariale entre les diplômés universitaires et non universitaires au Canada de 1981 à 2000. Leurs données semblent indiquer que l'avantage salarial de la scolarisation universitaire a décru tant pour les hommes que pour les femmes dans les années 1990. Selon ces auteurs, il y aurait aussi un rendement (rapport salarial entre diplômés universitaires et diplômés non universitaires) plus élevé chez les femmes que chez les hommes. En 2000, ce rapport est approximativement de 150 chez les femmes et de 135 chez les hommes.

Ferrer et Riddell (2002) ont utilisé les données du Recensement de 1996 pour estimer la rétribution de l'obtention de différents diplômes. Dans leurs spécifications, ils reconnaissent qu'il peut y avoir des hausses salariales liées à l'augmentation du nombre d'années de scolarité et à l'obtention d'un diplôme. Leurs résultats font voir des différences significatives de gains entre les diplômés et les décrocheurs du palier secondaire, les différences variant de 12 % à 16 %. La différence salariale entre les diplômés d'école secondaire et les diplômés d'université est également significative et même plus élevée (valeurs variant de 36 % à 47 %).

Vaillancourt (1995) estime les taux de rendement internes de divers niveaux de scolarité en se reportant aux données du Recensement de 1986. Ce qu'il estime comme rendement des études universitaires (baccalauréat) par rapport aux études secondaires est de 8,3 % pour les hommes et de 18,8 % pour les femmes. Cet auteur décrit aussi des taux de rendement internes par domaine d'études pour ainsi découvrir d'importantes variations entre les disciplines et un rendement élevé pour le commerce, les sciences, le génie et la santé.

Enfin, Lemieux (2006) montre que la rétribution de l'éducation postsecondaire a considérablement augmenté aux États-Unis de 1973 à 2005. Il indique aussi que ce meilleur rendement de la poursuite des études est la principale explication de l'accentuation des inégalités salariales au cours de cette période. On a l'impression que la demande de main-d'oeuvre hautement qualifiée a largement augmenté pendant la période, alors que la demande qui s'attache aux autres types de compétences a très peu changé.

Pour résumer, disons qu'un certain nombre d'études attachent un avantage salarial significatif à la scolarisation. Ce gain salarial s'accroîtrait pour les études plus avancées et le diplôme d'études secondaires serait moins avantageux sur le plan salarial que le diplôme d'un programme postsecondaire. Enfin, les études spécialisées nous disent que le rendement de l'éducation postsecondaire est en hausse depuis 20 ans.

Il est clair que la plupart des études spécialisées ont mis l'accent sur le lien entre l'éducation et le salaire, mais on devrait regarder les effets de la scolarisation sous d'autres angles encore. On a beaucoup étudié l'incidence de la scolarisation sur le salaire horaire, mais on s'est moins intéressé à l'incidence sur les taux d'emploi. Un aspect important des études pourrait en effet être qu'elles réduisent les probabilités de chômage (ne pas avoir d'emploi) et augmentent donc le revenu de carrière malgré un effet relativement modeste sur le salaire horaire. Le modèle fondamental du capital humain prédit qu'on poursuivra les études seulement si on pense que, ce faisant, on augmente le revenu de carrière prévu (et actualisé). Pour évaluer la rétribution de l'éducation, les chercheurs ne devraient donc pas se borner à examiner le salaire, mais devraient aussi s'attacher aux effets sur les tendances de l'emploi. Ainsi, Hansen (2006) a constaté que les probabilités de chômage étaient significativement moindres chez les diplômés d'université de sexe masculin que chez les diplômés d'école de métiers ou de collège dans les années 1990.

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Date de modification :
2008-01-24