Les analyses ci-dessus comportent l'examen de variables dont un certain nombre ont été, dans des travaux de recherche, associées au décrochage scolaire. La recherche est plus limitée en ce qui touche les jeunes de la seconde chance que les décrocheurs. L'analyse ci-dessus est basée sur un échantillon national représentatif constitué de jeunes qui étaient âgés de 18-20 ans en 2000; l'ensemble de données longitudinales utilisé fournit une précieuse information sur les facteurs associés au retour à l'école pour saisir une seconde chance. Toutefois, nombre de ces variables (comme le fait d'être de sexe féminin) ne se prêtent pas à une intervention stratégique. Cela étant dit, comme l'ont démontré les effets de l'action positive dans divers domaines, les programmes et les politiques qui ciblent des groupes démographiques précis peuvent avoir une incidence.
Il convient d'examiner davantage certains facteurs qui, bien qu'ils soient impossibles à changer, peuvent aider à saisir la dynamique sous-jacente. Ainsi, les jeunes des Premières nations sont plus susceptibles d'appartenir au groupe de la seconde chance. Pourquoi est-ce le cas? Est-ce parce que les jeunes des Premières nations sont visés expressément par un certain nombre d'interventions ciblées? Ou est-ce parce qu'ils sont plus « résilients »? Pourquoi les immigrants et les membres de minorités visibles sont-ils plus susceptibles de retourner aux études s'ils ont décroché? Cette tendance reflète-t-elle simplement une plus grande importance accordée à la scolarité? Il est nécessaire de comprendre la dynamique qui sous-tend ces observations avant de proposer des initiatives stratégiques précises.
Ayant établi que les effets de certains facteurs de risque liés aux antécédents persistent une fois qu'on a contrôlé non seulement les autres facteurs de risque mais aussi les attitudes et les activités des élèves, on peut se demander pourquoi ces jeunes sont à risque. Qu'est-ce qui rend les garçons plus susceptibles de décrocher, même si on tient compte de leur participation à diverses activités, de leur degré moindre d'engagement scolaire et de leurs notes inférieures par rapport aux filles? Quelles ressources faut-il mettre en place afin d'encourager les jeunes des régions rurales à retourner aux études s'ils viennent à décrocher?
La situation au Québec est particulièrement intéressante. L'analyse à deux variables montre que les décrocheurs et les jeunes de la seconde chance affichent une probabilité égale d'être du Québec. Après l'inclusion de contrôles dans la régression logistique à plusieurs variables, les jeunes de la seconde chance sont plus susceptibles que les décrocheurs de vivre au Québec. Qu'est-ce qui fait que le système québécois compte plus que sa part de décrocheurs - et de raccrocheurs?
On sait déjà qu'un enfant est davantage à risque si ses parents ont un faible niveau de scolarité ou s'il fait partie d'une famille nombreuse. La question est maintenant de déterminer quelles mesures de soutien peuvent être offertes à ces familles afin d'atténuer ces risques.
Au-delà de la poursuite des travaux de recherche sur la dynamique de certaines variables démographiques et de la mise en place de programmes de soutien pour les jeunes présentant divers facteurs de risque, un certain nombre de variables montrent que des mesures concrètes peuvent d'ores et déjà être prises. Ainsi, le fait de suivre les cours de mathématiques et de langue au niveau supérieur a une incidence importante qui ne se dément pas. Les résultats observés soulignent qu'il importe d'encourager les élèves à suivre ces cours essentiels tant qu'ils sont à l'école. Bien entendu, il convient de se demander pourquoi les élèves abandonnent ces cours.
L'incidence de l'engagement scolaire sur le fait d'appartenir au groupe de la seconde chance (particulièrement pour les garçons, qui sont proportionnellement plus nombreux parmi les décrocheurs) montre clairement que le désengagement (la résistance?) est un problème. Bien qu'il puisse aller de soi que les écoles qui suscitent un plus grand engagement sont les meilleures, la présente analyse soutient l'argument que l'incidence du désengagement est non négligeable.
Il convient de prendre note que de nombreux programmes de seconde chance ciblés visent un enseignement souple axé sur les élèves et le maintien de relations étroites entre les enseignants et les élèves. Le succès apparent de ces programmes souligne l'importance de repérer précocement les élèves qui se détachent de l'école et de trouver des façons de raviver leur intérêt pour les études. Une utilisation innovatrice des TIC peut être une façon d'inciter les jeunes, particulièrement les jeunes hommes, à rester aux études ou à y retourner s'ils ont décroché.
Les pairs se sont révélés importants; de fait, les garçons et les filles ayant indiqué que leurs pairs envisageaient de faire des études postsecondaires (EPS) étaient moins susceptibles de décrocher ou, s'ils l'avaient fait, ils étaient plus susceptibles de reprendre leurs études. Il est bien entendu qu'aucune initiative stratégique ne peut avoir d'incidence sur l'influence des pairs. Toutefois, l'importance de cette variable laisse entendre que les programmes de mentorat par les pairs peuvent influer sur la décision de retourner aux études.
On constate avec surprise que les activités parascolaires semblent avoir peu d'incidence sur le retour aux études après le décrochage (ce qui ne change pas le fait que les jeunes n'ayant jamais décroché sont plus susceptibles d'avoir des activités parascolaires). La participation à des activités bénévoles est davantage liée au recours à des options de seconde chance. Cette constatation suggère peut-être que l'engagement des jeunes auprès de la collectivité donne le signal qu'ils sont « résilients » et prêts à investir dans leur avenir. Elle suggère également que ce type d'engagement communautaire, qui peut être intégré dans des programmes de seconde chance ciblés, pourrait être un atout.
Les élèves ayant des problèmes de santé sont plus susceptibles de décrocher. En outre, les filles ayant de tels problèmes sont peu susceptibles de retourner aux études. Il serait donc opportun de prévoir davantage de mesures de soutien pour les jeunes ayant des besoins spéciaux, et peut-être un programme de seconde chance s'adressant expressément à ces élèves.
Les jeunes qui se marient (ou l'équivalent), qui ont un enfant ou qui quittent le domicile de leurs parents précocement risquent davantage de décrocher. Bien que les garçons soient moins susceptibles que les filles d'effectuer ces transitions, s'ils le font, ils sont moins susceptibles de reprendre leurs études. Quelles mesures de soutien les écoles offrent-elles à ces élèves? Certaines écoles offrent des services de garderie pour les jeunes parents. D'autres, principalement des écoles parallèles, travaillent en étroite collaboration avec des organismes communautaires. Il reste à déterminer quels services sont les plus efficaces pour quels élèves, mais les résultats laissent entendre qu'une forme quelconque d'intervention stratégique pourrait être importante.
Les facteurs de risque et la résistance peuvent prédire le décrochage, mais le recours à des options de seconde chance est une preuve possible de la résilience des élèves. Cela étant dit, les jeunes qui démontrent cette résilience présentent des différences importantes par rapport aux jeunes qui décrochent et ne raccrochent jamais. Il peut être moins productif de considérer la résilience comme une réponse plutôt que comme une capacité qui peut être construite lorsque des mesures de soutien social appropriées sont mises en place grâce à des interventions stratégiques aux échelons local, provincial et fédéral.
C'est ainsi qu'on revient à la question soulevée plus tôt dans l'examen de la documentation sur le sujet. Il n'y a pas de « système de la seconde chance » comme tel au Canada (alors que c'est le cas dans certains pays d'Europe). Cette analyse révèle que de nombreux élèves raccrochent pour terminer leurs études. Malgré le fait que le Canada affiche apparemment un bon dossier quant au raccrochage de jeunes qui terminent au moins leur programme d'études secondaires, le fait qu'un si grand nombre de variables démographiques et scolaires prédisent ce retour aux études suggère qu'il y a des groupes qui ne sont pas rejoints aussi efficacement que les autres. Si on encourage le plus de jeunes (et d'adultes) possible à terminer leur secondaire, il faudrait examiner cette question de façon plus systématique à l'échelon fédéral et provincial/territorial.
En somme, il existe certaines mesures qui aident à prévoir qui décrochera et qui, le cas échéant, saisira une « seconde chance ». Partant de l'hypothèse que les individus et la société tirent autant avantage du fait que les jeunes obtiennent au moins un diplôme d'études secondaires afin d'entreprendre des études postsecondaires et/ou être plus productifs sur le marché du travail, alors il est important d'aller au-delà de cette prédiction. Il est nécessaire de comprendre lesquelles parmi ces mesures peuvent mener à des interventions stratégiques et d'évaluer soigneusement les interventions stratégiques qui sont effectivement faites afin de voir si elles sont efficaces pour les différents groupes de jeunes. Cette analyse d'un ensemble de données longitudinales représentatives à l'échelle nationale a permis de mieux cerner les mesures qui devraient faire l'objet de ces futurs travaux de recherche.