L'identification des jeunes qui ont recours aux options de seconde chance comporte deux volets. Le premier volet est descriptif : quelles sont leurs caractéristiques? Par exemple, s'agit-il surtout de garçons ou de filles? Vivent-ils en région rurale ou urbaine? Le second volet est comparatif : quelles sont les similitudes et les différences entre les jeunes qui ont recours aux options de seconde chance et, d'une part, les décrocheurs n'ayant pas repris leurs études (au moins au moment du cycle 3) et, d'autre part, les diplômés du secondaire qui n'ont jamais décroché? L'analyse qui suit présente ces deux volets.
Comme de nombreuses caractéristiques démographiques des jeunes sont exposées dans d'autres analyses de l'ensemble de données de l'Enquête auprès des jeunes en transition (EJET), elles ne seront pas examinées en détail dans le présent document (voir Bowlby et McMullen, 2002; Bushnik, 2003; Bushnik, Barr-Telford et Bussière, 2004; Finnie, Laporte et Lascelles, 2004; Lambert, Zeman, Allen et Bussière, 2004; Rivard et Raymond, 2004; Saigal, Stoskopf, Streiner, Boyle, Pinelli, Paneth et Goddeeris, 2006; Shaienks, Eisl-Culkin et Bussière, 2006; Tomkowicz et Bushnik, 2003; Tomkowicz, Shipley et Ouellette, 2003; Zeman, Knighton et Bussière, 2004). Toutefois, il importe que le lecteur soit au fait de ces liens afin d'interpréter les analyses à plusieurs variables. Comme le montre le tableau 2, on trouve une moins grande proportion de filles parmi les jeunes de la seconde chance et les décrocheurs que parmi les jeunes n'ayant jamais décroché. Ce résultat confirme la tendance bien connue dans la documentation sur le sujet, à savoir que les garçons sont non seulement plus susceptibles de décrocher, mais aussi moins susceptibles de recourir à des options de seconde chance.
| Profil démographique | Décrocheurs n'ayant pas repris leurs études |
Jeunes de la seconde chance |
Jeunes n'ayant jamais décroché |
| Région rurale | 30 % | 21 % | 21 % |
| Problèmes de santé | 12 % | 10 % | 5 % |
| Résident du Québec | 31 % | 31 % | 23 % |
| Résident de l'Alberta | 16 % | 10 % | 11 % |
| Sexe féminin | 36 % | 46 % | 51 % |
| A au moins deux frères ou soeurs | 33 % | 26 % | 21 % |
| Structure familiale biparentale | 55 % | 54 % | 75 % |
| La dernière école secondaire fréquentée était une école privée | 5 % | 3 % | 9 % |
| Avait quitté le domicile des parents à l'âge de 18-20 ans | 25 % | 17 % | 15 % |
| Avait quitté le domicile des parents à l'âge de 20-22 ans | 42 % | 33 % | 31 % |
| Était marié ou vivait avec un conjoint à l'âge de 18-20 ans au cycle 1 | 16 % | 10 % | 5 % |
| Était marié ou vivait avec un conjoint à l'âge de 20-22 ans au cycle 2 | 22 % | 17 % | 11 % |
| Avait un enfant à l'âge de 18-20 ans au cycle 1 | 13 % | 11 % | 1 % |
| Avait un enfant à l'âge de 20-22 ans au cycle 2 | 23 % | 19 % | 4 % |
Par rapport aux jeunes vivant en milieu urbain, les jeunes des régions rurales s'en tirent moins bien en ce sens que les décrocheurs sont proportionnellement plus nombreux en milieu rural. Il n'y a toutefois aucune différence observable quant à la proportion de jeunes de la seconde chance et de jeunes n'ayant jamais décroché.
Il convient également de souligner certaines différences régionales. L'Alberta compte un nombre disproportionné de décrocheurs, sans doute parce que le climat économique plus que favorable fait en sorte que des possibilités d'emploi s'offrent même aux personnes sans diplôme d'études secondaires. En revanche, le Québec compte plus que sa part à la fois de décrocheurs et de jeunes de la seconde chance. Dans cette province, les jeunes n'ayant jamais décroché sont proportionnellement moins nombreux (23 % contre 31 % de décrocheurs et de jeunes de la seconde chance). Il s'agit des deux régions du Canada où les différences sont les plus prononcées en ce qui touche les décrocheurs et les jeunes de la seconde chance, raison pour laquelle elles sont incluses dans la présente analyse.
Les antécédents parentaux et familiaux de ces trois groupes de jeunes diffèrent. Le niveau de scolarité des parents est plus élevé dans le cas des jeunes n'ayant jamais décroché que pour les deux autres groupes (voir le tableau 5). De plus, les parents des décrocheurs ont un niveau de scolarité plus faible que les parents des jeunes ayant repris leurs études. Bien que l'écart soit faible, il montre une tendance, conforme aux travaux de recherche, montrant que les jeunes de la seconde chance sont issus de ménages dont la situation socio-économique (SES) est plus favorable par rapport aux décrocheurs, mais moins favorable par rapport aux jeunes qui ont terminé leur secondaire sans avoir décroché. Il est intéressant de noter l'absence de différence entre les décrocheurs et les jeunes de la seconde chance quant au pourcentage d'entre eux qui vivent avec deux parents. Cependant, ces deux groupes sont moins susceptibles que les non-décrocheurs de vivre avec deux parents. La fréquentation d'une école privée peut être considérée comme une mesure indirecte du revenu familial puisqu'elle nécessite souvent un investissement financier important. Bien que les différences soient relativement faibles, les jeunes n'ayant jamais décroché sont plus susceptibles de profiter de cet avantage (9 % contre 5 % pour les décrocheurs et 3 % pour les jeunes de la seconde chance).
L'autre mesure associée à la famille est le nombre de frères et soeurs, qui permet d'évaluer approximativement la mesure dans laquelle les ressources familiales peuvent être diluées. Les décrocheurs sont plus susceptibles d'avoir au moins deux frères ou soeurs que les jeunes de la seconde chance, lesquels à leur tour sont plus susceptibles d'être dans cette situation que les jeunes n'ayant jamais décroché.
Les autres lignes du tableau 2 présentent des caractéristiques des jeunes (plutôt que les antécédents en soi) qui sont associées à leur « état de décrocheur ». Il n'y a qu'une seule mesure, plutôt limitée, qui indique la présence d'une « incapacité physique ou mentale à long terme ou un problème de santé à long terme » susceptible de nuire à la performance scolaire. Aucun renseignement n'est recueilli sur la nature ou l'ampleur de cette incapacité. Cette mesure, qui est certes rudimentaire, montre néanmoins que le pourcentage de décrocheurs et de jeunes de la seconde chance ayant déclaré une telle incapacité est à peu près identique (12 % contre 10 %). Toutefois, peu de jeunes n'ayant jamais décroché (5 %) ont déclaré avoir une incapacité. Comme le libellé de la question précisait qu'il devait s'agir d'une incapacité qui « nuit au travail scolaire », il est étonnant qu'il n'y ait pas plus d'écart entre les jeunes de la seconde chance et les décrocheurs. Il faudra examiner des travaux de recherche utilisant d'autres ensembles de données afin de déterminer si ces deux groupes présentent des différences quant à la nature de l'incapacité.
Enfin, les répercussions de certaines transitions faites par les jeunes à différents moments ont été examinées. Les décrocheurs se distinguent des deux autres groupes en ce qui touche le départ du domicile des parents, que ce soit à l'âge de 18-20 ans ou de 20-22 ans, mais aucune différence n'est observable entre les jeunes de la seconde chance et les jeunes n'ayant jamais décroché. À cet égard, les jeunes de la seconde chance se rapprochent davantage des jeunes n'ayant jamais décroché; dans ces deux groupes, environ un jeune sur sept avait quitté le domicile de ses parents à l'âge de 18-20 ans, et un sur trois à l'âge de 20-22 ans. Dans chaque cycle, les décrocheurs ayant quitté le domicile de leurs parents étaient 10 % plus nombreux.
On constate sans surprise que les jeunes ayant déclaré s'être mariés (ou l'équivalent) ou avoir eu un enfant à l'âge de 20-22 ans sont plus nombreux qu'au cycle 1. L'état de décrocheur semble être associé au mariage dans les deux cycles, les décrocheurs affichant le pourcentage le plus élevé de répondants mariés, suivis des jeunes de la seconde chance et enfin des jeunes n'ayant jamais décroché. De même, le fait d'avoir un enfant est associé à l'état de décrocheur, mais la différence est surtout observable entre les décrocheurs et les jeunes n'ayant jamais décroché, peu importe s'il y a eu retour aux études. En d'autres termes, le fait d'avoir un enfant peut être associé au décrochage scolaire (surtout chez les jeunes femmes), mais il ne semble pas empêcher les jeunes de recourir au système de la seconde chance.
La répartition de l'échantillon selon l'état de décrocheur et l'origine ethnique est présentée au tableau 3. Dans les tableaux ci-après, les chiffres sont présentés de façon à ce qu'on puisse repérer facilement le pourcentage de jeunes, dans chaque groupe, présentant une caractéristique donnée (par exemple le pourcentage de jeunes femmes dans chaque groupe). Comme il y a relativement peu de répondants dans certaines des catégories de l'origine ethnique, dans ce tableau, les pourcentages indiquent la proportion de chaque catégorie ethnique dans chacune des trois catégories de l'état de décrocheur.
| Origine ethnique | Décrocheurs n'ayant pas repris leurs études |
Jeunes de la seconde chance |
Jeunes n'ayant jamais décroché |
Total | N |
| Premières nations | 13% | 26% | 61% | 100% | 358 |
| Immigrants de minorités visibles | 3 % | 11 % | 86 % | 100 % | 854 |
| Immigrants d'ascendance européenne | 7 % | 13 % | 80 % | 100 % | 396 |
| Canadiens de naissance de minorités visibles | 5 % | 10 % | 85 % | 100 % | 979 |
| Canadiens de naissance d'ascendance européenne | 8 % | 9 % | 83 % | 100 % | 1 195 |
Le groupe qui ressort est celui des jeunes qui disent appartenir à une des Premières nations du Canada. Ces jeunes sont plus susceptibles d'être des décrocheurs. Fait intéressant, ils ont également davantage tendance à recourir aux options de seconde chance. Ils comptent la moins forte proportion de jeunes n'ayant jamais décroché. Seulement 60 % d'entre eux entrent dans cette catégorie, comparativement à 80 % ou plus pour les autres groupes.
On n'observe aucune différence en ce qui touche l'état de décrocheur selon l'âge, comme le montre le tableau 4. Le tableau 5 révèle toutefois une différence quant au niveau de scolarité des parents. Les jeunes dont les parents n'ont pas terminé leurs études secondaires sont plus susceptibles d'avoir décroché; ils sont également proportionnellement plus nombreux dans le groupe des jeunes de la seconde chance. De ce fait, les jeunes dont les parents ont fait des
| Âge | Décrocheurs n'ayant pas repris leurs études |
Jeunes de la seconde chance |
Jeunes n'ayant jamais décroché |
N | |
| 18 | 6 % | 12 % | 82 % | 100 % | 4 857 |
| 19 | 8 % | 9 % | 83 % | 100 % | 4 907 |
| 20 | 8 % | 8 % | 83 % | 100 % | 4 890 |
| Niveau de scolarité des parents | Décrocheurs n'ayant pas repris leurs études |
Jeunes de la seconde chance |
Jeunes n'ayant jamais décroché |
N | |
| Études secondaires non terminées | 13 % | 15 % | 72 % | 100 % | 2 105 |
| Études secondaires terminées | 8 % | 9 % | 83 % | 100 % | 4 891 |
| Études postsecondaires | 3 % | 7 % | 89 % | 100 % | 6 535 |
Les cours que les jeunes ont suivis au secondaire et leur rendement dans ces cours ont un lien avec d'autres facteurs de risque associés au décrochage et, peut-être, au recours à des options de seconde chance. Le tableau 6 présente les données tirées du cycle 1 de l'EJET.
| Performance scolaire au cycle 1 | Décrocheurs n'ayant pas repris leurs études |
Jeunes de la seconde chance |
Jeunes n'ayant jamais décroché |
| A suivi le cours de langue en 12e année | 17 % | 32 % | 72 % |
| A suivi un cours de mathématiques en 12e année | 9 % | 19 % | 58 % |
| A suivi le cours de langue au niveau préuniversitaire | 23 % | 35 % | 61 % |
| A suivi le cours de mathématiques au niveau préuniversitaire | 20 % | 30 % | 69 % |
| A redoublé au primaire | 34 % | 27 % | 7 % |
| MPC pour la dernière année à l'école (moyenne) | 70% | 71% | 78% |
Il s'agit de déterminer si le jeune a suivi ou non un cours de mathématiques ou le cours de langue obligatoire (français ou anglais) en 12e année, ou suivi des cours dans ces matière au niveau préuniversitaire (section supérieure du tableau 6). L'hypothèse est que le fait d'avoir suivi ces cours en 12e année ou au niveau préuniversitaire constitue un avantage pour les décrocheurs du secondaire. À cet égard, l'examen des trois groupes fait ressortir deux tendances assez cohérentes. D'une part, les jeunes n'ayant jamais décroché sont les plus avantagés, les moins avantagés étant les décrocheurs qui ne sont pas retournés aux études. D'autre part, les jeunes ayant eu recours aux options de seconde chance ressemblent davantage aux décrocheurs qu'aux jeunes n'ayant jamais décroché; en effet, l'écart observable entre les pourcentages est moindre entre les deux premières colonnes du tableau 6 qu'entre les deux dernières colonnes. Autrement dit, le comportement des jeunes de la seconde chance est davantage assimilable à celui des décrocheurs qu'à celui des jeunes n'ayant jamais décroché.
Les mêmes tendances sont observables en ce qui touche le redoublement scolaire et les notes (voir la section inférieure du tableau 6). Ainsi, 34 % des décrocheurs, comparativement à 27 % des jeunes de la seconde chance et seulement 7 % des jeunes n'ayant jamais décroché, ont déclaré avoir redoublé une année au primaire. Le redoublement a notamment pour conséquence que ces élèves sont plus âgés que les autres élèves de leur classe. De plus, parce qu'ils doivent redoubler une année, ces jeunes reçoivent une rétroaction négative concernant leurs aptitudes scolaires, laquelle influera probablement de façon négative sur l'image qu'ils auront d'eux-mêmes.
La tendance qui distingue les trois groupes selon les notes n'est pas aussi claire. Les décrocheurs et les jeunes de la seconde chance ont déclaré des notes moyennes à peu près identiques, qu'il s'agisse de leur note en mathématiques, de leur note en langue ou de leur moyenne pondérée cumulative (MPC) pour leur dernière année de fréquentation scolaire. Rien n'indique ici que les jeunes de la seconde chance soient avantagés. Cependant, les jeunes n'ayant jamais décroché ont des notes plus élevées, pour les trois mesures, que celles des deux autres groupes. Les écarts ne sont toutefois pas importants (de 4 % à 8 %). En outre, les notes moyennes déclarées par tous les jeunes sont supérieures à 70 %, notes qui n'empêcheraient pas la poursuite d'études postsecondaires, en supposant qu'elles aient été obtenues pour les cours appropriés. En d'autres termes, les obstacles auxquels se butent les décrocheurs et les jeunes de la seconde chance découlent autant sinon plus de la nature des cours suivis et du niveau qu'ils ont atteint au secondaire que de leur performance scolaire.
La présente section traite de certaines des options que les jeunes ont choisies lorsqu'ils étaient aux études, et de leurs attitudes à l'égard de l'école et de la poursuite des études. Les résultats pertinents sont présentés au tableau 7.
| Activités et attitudes | Décrocheurs n'ayant pas repris leurs études |
Jeunes de la seconde chance |
Jeunes n'ayant jamais décroché |
| A participé à des activités parascolaires en milieu scolaire | 36 % | 31 % | 64 % |
| A participé à des activités bénévoles | 24 % | 35 % | 51 % |
| A participé à des activités parascolaires en dehors de l'école | 44 % | 50 % | 66 % |
| N'a pas travaillé contre rémunération pendant l'année scolaire au secondaire | 45 % | 38 % | 37 % |
| A travaillé 20 heures ou plus par semaine au secondaire | 29 % | 33 % | 22 % |
| Mesures d'échelle de l'engagement scolaire (moyenne) | -0,82 | -0,49 | 0,15 |
| Mesures d'échelle de l'engagement social (moyenne) | -0,56 | -0,47 | 0,09 |
| Mesures d'échelle de l'engagement global (moyenne) | -0,85 | -0,58 | 0,15 |
| S'attendait à obtenir au moins un grade universitaire | 6 % | 17 % | 52 % |
| Tous les pairs ont l'intention de faire des EPS | 11 % | 20 % | 37 % |
La première section du tableau 7 montre que les jeunes qui n'ont jamais décroché étaient davantage engagés dans leurs études que les élèves des deux autres groupes, et ce de plusieurs façons. Ils participaient davantage à des activités bénévoles et parascolaires (en milieu scolaire et en dehors de l'école) et ils étaient moins susceptibles de travailler plus de 20 heures par semaine, activité qui risque de nuire à leur travail scolaire. Les décrocheurs étaient plus susceptibles que les jeunes de la seconde chance de participer à des activités parascolaires à l'école. De plus, ils étaient plus susceptibles que les jeunes des deux autres groupes de déclarer ne pas avoir travaillé contre rémunération pendant l'année scolaire, et un peu moins susceptibles que les jeunes de la seconde chance de déclarer avoir travaillé plus de 20 heures par semaine. En d'autres termes, ces activités peuvent être reliées au fait qu'un jeune décide ou non de décrocher à un moment donné, mais elles sont moins utiles pour prédire qui retournera aux études après avoir décroché.
L'ensemble de données mesure l'engagement scolaire, social et global envers l'école. Pour ces trois mesures, les jeunes n'ayant jamais décroché affichent un résultat plus élevé (sont plus engagés) que les jeunes de la seconde chance, lesquels affichent à leur tour un résultat plus élevé que les décrocheurs qui ne sont pas retournés aux études. Bien entendu, on ne peut pas dire avec certitude que les jeunes qui sont moins engagés finissent par décrocher. Il se pourrait bien que les jeunes qui sont en train de décrocher réduisent leur engagement. Il est également possible que des boucles de rétroaction entrent en jeu. Les données longitudinales peuvent aider à démêler certains de ces effets, mais comme les jeunes décrochent à des moments différents et ont recours aux options de seconde chance à différents moments, aucune étude de cohorte ne peut saisir toutes les nuances du facteur temps. Néanmoins, ces mesures de l'engagement révèlent la présence d'un processus de désengagement qui peut se terminer par l'abandon des études avant l'obtention d'un diplôme, ce qui est le cas pour de nombreux élèves. Ce désengagement donne alors aux dirigeants scolaires le signal pour intervenir lorsqu'il est approprié et possible de le faire.
Finalement, l'examen des réponses des jeunes concernant les études postsecondaires a révélé des différences importantes entre les trois groupes. Environ la moitié (52 %) des jeunes n'ayant jamais décroché ont déclaré s'attendre à obtenir au moins un grade universitaire, comparativement à seulement 17 % des jeunes de la seconde chance et à 6 % des décrocheurs n'ayant pas repris leurs études. Manifestement, les jeunes qui avaient décroché ou étaient en train de le faire ne considéraient pas que l'obtention d'un grade universitaire était une option pour eux.
La dernière ligne du tableau 7 présente le pourcentage de jeunes, dans chaque groupe, ayant déclaré que leurs pairs avaient l'intention de faire des études postsecondaires. Les réponses montrent que les jeunes qui ont l'intention de faire des études postsecondaires ont des amis qui envisagent de faire de même. Les jeunes qui n'ont jamais décroché sont plus susceptibles de penser cela de leurs amis que les jeunes de la seconde chance, lesquels sont plus susceptibles de fournir cette réponse que les décrocheurs n'ayant pas repris leurs études (37 % contre 20 % et 11 % respectivement).
Nombre des résultats présentés ici ont été documentés dans des études transversales de la cohorte de 18 à 20 ans de l'EJET. L'objectif présent est de préparer le terrain en vue de l'analyse à plusieurs variables, qui tient également compte de la nature longitudinale du plan d'enquête. Il y a des mesures des variables démographiques de base et de la performance scolaire en 2000. Il y a des mesures de certaines transitions (quitter le domicile des parents, se marier ou l'équivalent, avoir un enfant) en 2000 et 2002. Enfin, et c'est le plus important, il y a des mesures de la variable de résultat, « l'état de décrocheur », en 2004.
La tendance générale révélée par l'analyse à deux variables montre que les jeunes n'ayant jamais décroché sont avantagés de diverses façons comparativement aux décrocheurs et aux jeunes de la seconde chance. Cette tendance se maintient peu importe leurs antécédents, leur performance scolaire ou leurs activités et attitudes en rapport avec leurs transitions scolaires. De même, à quelques exceptions près, les jeunes de la seconde chance sont avantagés de diverses façons par rapport aux décrocheurs.
Les questions clés sont donc les suivantes : Quels sont les facteurs qui différencient les jeunes de la seconde chance? En quoi sont-ils semblables aux décrocheurs? En quoi sont-ils différents des jeunes qui abandonnent l'école et n'y reviennent pas? Les réponses à ces questions sont fournies dans l'analyse à plusieurs variables qui permet de cerner les effets simultanés de la gamme de facteurs examinés.
La variable dépendante qui est à l'étude ici est une variable nominale à catégories multiples : 1) décrocheurs n'ayant pas repris leurs études, 2) décrocheurs ayant repris leurs études (jeunes de la « seconde chance ») et 3) jeunes n'ayant jamais décroché. L'analyse à plusieurs variables utilisée dans le cas présent est une régression logistique multinomiale, qui permet de contrôler simultanément plusieurs variables. Une telle analyse produit des rapports de cotes, de sorte que les résultats montent les probabilités, par exemple, que les membres d'un groupe donné soient de sexe féminin, par rapport à ceux dans la catégorie de référence, qui est omise. Dans cette analyse, la catégorie de référence est celle des jeunes qui ont décroché et n'ont pas repris leurs études. On peut ainsi étudier en quoi les jeunes de la seconde chance sont semblables aux décrocheurs ou différents d'eux. Ce en quoi les jeunes n'ayant jamais décroché se rapprochent ou se distinguent de ces deux autres groupes est également examiné, mais il ne s'agit pas du sujet principal de l'étude. Il importe néanmoins de garder à l'esprit que les modèles de régression comparent les trois groupes. La catégorie de référence omise dans toutes les analyses est celle des décrocheurs.
La mesure utilisée pour indiquer la qualité de l'ajustement du modèle de régression multinomiale est le pseudo-R2 de Nagelkerke.
Lecture des rapports de cotes
Les statistiques présentées dans l'analyse à plusieurs variables sont appelées rapports de cotes. Des estimations de paramètres supérieures à 1,0 indiquent que les probabilités pour un groupe donné sont plus grandes que pour la catégorie de référence, alors qu'un chiffre inférieur à 1,0 indique que les probabilités pour ce groupe sont plus faibles que pour la catégorie de référence. Dans cette analyse, la dichotomie 0-1 est utilisée pour la plupart des variables. Donc, les coefficients associés à une variable indépendante donnée (disons « sexe féminin » où 0 = masculin et 1 = féminin) indiquent les probabilités qu'une personne ayant cette caractéristique (de sexe féminin) soit un jeune de la seconde chance plutôt qu'un décrocheur, par rapport aux personnes n'ayant pas cette caractéristique (de sexe masculin). Ainsi, au tableau 8, les filles sont 36 % plus susceptibles que les garçons d'être dans le groupe des jeunes de la seconde chance plutôt que dans celui des décrocheurs (le rapport de cotes est 1,36). Les probabilités sont similaires (1,24) que les filles soient dans le groupe des jeunes n'ayant jamais décroché plutôt que dans le groupe des décrocheurs. En d'autres termes, les décrocheurs sont plus susceptibles d'être de sexe masculin.
Pour les variables continues, les rapports de cotes indiquent l'augmentation ou la diminution de la probabilité d'appartenir à un groupe donné par rapport au groupe de comparaison (décrocheurs) à la suite d'une variation d'une unité de la variable indépendante.
Il importe de garder à l'esprit que les rapports de cotes présentés dans ce tableau donnent une indication des effets nets, puisqu'ils permettent de neutraliser statistiquement toutes les autres variables indépendantes incluses dans le modèle.
Plusieurs des mesures individuelles présentées dans les tableaux à deux variables ont été combinées ou recodées aux fins de l'analyse à plusieurs variables. Les procédures utilisées sont décrites ci-dessus dans la section intitulée Données et mesures.
La régression multinomiale a été faite de façon progressive. Après la première étape, le modèle montre l'effet des variables démographiques uniquement. La deuxième étape ajoute les activités des élèves, y compris les transitions précoces déclarées à la première collecte de données. Les variables incluses à la troisième et dernière étape comprennent les mesures de la performance des élèves, de leurs attentes face à l'école ainsi que des « transitions précoces » déclarées à la deuxième collecte de données, lorsque les répondants sont âgés de 20 à 22 ans. L'introduction des deux mesures des transitions précoces à différentes étapes du modèle de régression a permis de tirer profit de la nature séquentielle de ces mesures.
Le modèle complet final présente toutes les variables d'intérêt qui ont un effet statistiquement significatif sur l'état de décrocheur. Les variables n'ayant aucun effet statistiquement significatif sur la variable de résultat ont été supprimées de l'analyse. Il convient de prendre note que les rapports de cotes associés à certaines mesures peuvent ne pas sembler statistiquement significatifs dans une section donnée du tableau. Il peut y avoir trois raisons possibles à cette situation. Premièrement, il se peut que la mesure en question ne différencie pas, disons, les jeunes de la seconde chance des décrocheurs, mais qu'elle différencie les décrocheurs des jeunes n'ayant jamais décroché. Deuxièmement, il est possible que cette mesure fasse partie d'un ensemble de variables fictives (par exemple, n'a pas travaillé, a travaillé moins de 20 heures par semaines, a travaillé 20 heures ou plus par semaine) et que l'ensemble ait un effet statistiquement significatif. Troisièmement, certaines variables sont conservées dans le modèle parce qu'elles ont un effet lorsque les données sont présentées séparément pour l'un ou l'autre sexe (voir le tableau 9).
Étant donné le grand écart d'âge entre les participants à l'EJET et l'importance du facteur âge dans la prise de décisions concernant les études, la variable de l'âge est contrôlée. Il est clair que les élèves les plus jeunes sont plus susceptibles d'appartenir au groupe des jeunes de la seconde chance ou des jeunes n'ayant jamais décroché. Les décrocheurs sont plus âgés que les jeunes des deux autres groupes. Le maintien de l'âge dans l'équation à plusieurs variables garantit que les résultats ne sont pas masqués par la variation de l'âge dans l'échantillon de l'EJET. Le tableau 8 présente les résultats de l'analyse de régression multinomiale.
| Modèle 1 | Modèle 2 | Modèle 3 | ||||||||||
| Rapports de cotes et signification | Jeunes de la seconde chance | Jeunes n'ayant jamais décroché | Jeunes de la seconde chance | Jeunes n'ayant jamais décroché | Jeunes de la seconde chance | Jeunes n'ayant jamais décroché | ||||||
| Valeur manquante | 0,37 | *** | 0,14 | ** | 0,45 | * | 0,23 | ** | 0,51 | ** | 0,36 | *** |
| Région rurale | 0,69 | *** | 0,69 | *** | 0,72 | *** | 0,72 | *** | 0,76 | ** | 0,89 | ns |
| Problèmes de santé | 0,75 | * | 0,38 | *** | 0,76 | ns | 0,44 | *** | 0,81 | ns | 0,57 | *** |
| Québec | 0,98 | ns | 0,58 | *** | 1,01 | ns | 0,59 | *** | 1,56 | *** | 5.11 | *** |
| Alberta | 0,62 | *** | 0,55 | *** | 0,66 | ** | 0,79 | * | 0,59 | *** | 0,77 | * |
| Sexe féminin | 1,46 | *** | 1,88 | *** | 1,34 | ** | 1,29 | ** | 1,36 | *** | 1,24 | * |
| Deux frères et soeurs ou plus | 0,70 | *** | 0,64 | *** | 0,67 | *** | 0,63 | *** | 0,70 | *** | 0,76 | ** |
| Deux parents | 1,02 | ns | 2,48 | *** | 0,90 | ns | 1,77 | *** | 0,90 | ns | 1,72 | *** |
| École privée | 0,62 | * | 1,62 | *** | 0,56 | ** | 1,03 | ns | 0,63 | * | 1,10 | ns |
| Âge = 18 | 2,11 | *** | 1,45 | *** | 1,81 | *** | 1,01 | ns | 2,29 | *** | 1,83 | *** |
| Âge = 19 | 1,31 | ** | 1,18 | * | 1,25 | * | 1,04 | ns | 1,36 | ** | 1,23 | * |
| Premières nations | 2,19 | *** | 0,67 | * | 2,16 | *** | 0,73 | ns | 2,57 | *** | 1,18 | ns |
| Canadiens de naissance de minorités visibles | 3.35 | *** | 2,62 | *** | 3.04 | *** | 1,86 | ** | 3.48 | *** | 2,10 | ** |
| Immigrants de minorités visibles | 1,74 | * | 0,97 | ns | 1,52 | ns | 0,69 | ns | 1,73 | * | 0,88 | ns |
| Immigrants d'ascendance européenne | 1,76 | ** | 1,42 | * | 1,68 | ** | 1,12 | ns | 1,23 | ns | 0,63 | * |
| Niveau de scolarité des parents (< secondaire) | 0,54 | *** | 0,23 | *** | 0,59 | *** | 0,32 | *** | 0,75 | * | 0,57 | *** |
| Niveau de scolarité des parents (secondaire) | 0,55 | *** | 0,40 | *** | 0,58 | *** | 0,48 | *** | 0,64 | ** | 0,64 | *** |
| Année redoublée | 0,80 | * | 0,27 | *** | 1,02 | ns | 0,65 | *** | ||||
| Activités bénévoles | 1,48 | *** | 1,86 | *** | 1,42 | *** | 1,61 | *** | ||||
| Activités parascolaires | 0,89 | * | 1,51 | *** | 0,92 | ns | 1,37 | *** | ||||
| Engagement | 1,38 | *** | 2,68 | *** | 1,32 | *** | 2,02 | *** | ||||
| Aucun emploi | 0,73 | ** | 0,62 | *** | 0,84 | ns | 0,84 | ns | ||||
| A travaillé > 20 heures | 1,09 | ns | 0,68 | *** | 1,13 | ns | 0,73 | ** | ||||
| Tous les pairs aux EPS | 1,57 | *** | 2,45 | *** | 1,60 | *** | 2,20 | *** | ||||
| Transitions précoces - Cycle 1 | 0,81 | * | 0,55 | ** | 0,92 | n | 0,74 | *** | ||||
| Transitions précoces - Cycle 2 | 0,89 | * | 0,74 | *** | ||||||||
| Notes B+ | 0,87 | ns | 1,79 | *** | ||||||||
| Prévoyait aller à l'université | 2,25 | *** | 3.59 | *** | ||||||||
| A suivi un cours de langue / mathématiques au niveau préuniversitaire | 1,24 | *** | 1,69 | *** | ||||||||
| A suivi un cours de langue / mathématiques en 12e année | 2,32 | *** | 8.85 | *** | ||||||||
| Pseudo-R2 de Nagelkerke | 0.15 | 0.35 | 0.50 | |||||||||
| Variable dépendante = état de décrocheur. N = 14 538 Sign. : * = 0,05; **= 0,01; *** = 0,001 |
||||||||||||
| Sexe féminin | Sexe masculin | |||||||
| Rapports de cotes et signification | Jeunes de la seconde chance |
Jeunes n'ayant jamais décroché |
Jeunes de la seconde chance |
Jeunes n'ayant jamais décroché |
||||
| Valeur manquante | 0,70 | ns | 0,64 | ns | 0,43 | *** | 0,25 | *** |
| Région rurale | 0,73 | ns | 0,86 | ns | 0,77 | *** | 0,91 | ns |
| Problèmes de santé | 0,61 | *** | 0,38 | *** | 1,22 | ns | 1,02 | ns |
| Québec | 2,45 | *** | 10,05 | *** | 1,33 | *** | 3,70 | *** |
| Alberta | 0,93 | ns | 1,09 | ns | 0,41 | *** | 0,60 | *** |
| Deux frères et soeurs ou plus | 0,72 | *** | 0,92 | ns | 0,72 | *** | 0,66 | *** |
| Deux parents | 0,71 | *** | 1,61 | *** | 1,07 | ns | 1,76 | *** |
| École privée | 0,98 | ns | 1,75 | ns | 0,43 | ** | 0,85 | ns |
| Âge = 18 | 1,87 | *** | 1,50 | *** | 2,74 | *** | 2,19 | *** |
| Âge = 19 | 1,21 | ns | 1,26 | ns | 1,57 | *** | 1,22 | ns |
| Premières nations | 2,45 | *** | 0,75 | ns | 2,04 | *** | 1,63 | ns |
| Canadiens de naissance de minorités visibles | 4,03 | *** | 2,99 | *** | 3,12 | *** | 1,75 | ns |
| Immigrants de minorités visibles | 2,81 | ns | 1,93 | ns | 1,47 | ns | 0,77 | ns |
| Immigrants d'ascendance européenne | 0,63 | ns | 0,26 | *** | 2,50 | ** | 1,66 | ns |
| Niveau de scolarité des parents (< secondaire) | 0,89 | ns | 0,75 | ns | 0,65 | *** | 0,46 | *** |
| Niveau de scolarité des parents (secondaire) | 0,68 | *** | 0,77 | ns | 0,62 | *** | 0,57 | *** |
| Année redoublée | 1,36 | ns | 0,80 | ns | 0,86 | ns | 0,62 | *** |
| Activités bénévoles | 1,57 | *** | 1,77 | *** | 1,37 | *** | 1,53 | *** |
| Activités parascolaires | 0,88 | ns | 1,58 | *** | 0,97 | ns | 1,23 | *** |
| Engagement | 1,20 | *** | 1,64 | *** | 1,38 | *** | 2,28 | *** |
| Aucun emploi | 1,09 | ns | 0,91 | ns | 0,68 | *** | 0,76 | *** |
| A travaillé > 20 heures | 1,32 | ns | 0,60 | *** | 0,95 | ns | 0,79 | ns |
| Tous les pairs aux EPS | 1,89 | *** | 2,22 | *** | 1,31 | ns | 2,23 | *** |
| Transitions précoces - Cycle 1 | 0,94 | ns | 0,75 | *** | 0,76 | *** | 0,80 | *** |
| Transitions précoces - Cycle 2 | 0,89 | ns | 0,63 | *** | 0,82 | *** | 0,83 | *** |
| Notes B+ | 0,98 | ns | 1,82 | *** | 0,82 | ns | 1,94 | *** |
| Prévoyait aller à l'université | 2,38 | *** | 3,76 | *** | 2,25 | *** | 3,46 | *** |
| A suivi un cours de langue / mathématiques au niveau préuniversitaire | 1,41 | *** | 1,94 | *** | 1,12 | ns | 1,53 | *** |
| A suivi un cours de langue / mathématiques en 12e année | 2,70 | *** | 9,50 | *** | 2,12 | *** | 9,13 | *** |
| N | 7 141 | 7 396 | ||||||
| Pseudo-R2 de Nagelkerke | 0,49 | 0,52 | ||||||
La section supérieure du tableau 8 montre l'effet des variables démographiques sur la variable dépendante, soit l'état de décrocheur. Dans le premier modèle, qui renferme uniquement les variables démographiques, le pseudo-R2 est 0,15. L'examen porte principalement sur l'effet de ces variables (et d'autres) dans le modèle complet final.
Le sexe et l'éducation étant connus, on ne s'étonne pas que les probabilités de revenir au système d'enseignement régulier afin de saisir une seconde chance soient supérieures pour les filles (1,36). Ce qui peut être intéressant, c'est que cette différence entre les sexes persiste lorsqu'un certain nombre de variables qui pourraient l'expliquer sont également incluses dans l'analyse. Même lorsque les notes et d'autres mesures de la performance scolaire ont prises en compte et même lorsque les attitudes à l'égard de l'école et la participation à diverses activités scolaires sont des variables contrôlées, les filles sont non seulement moins susceptibles que les garçons de décrocher, mais si elles décrochent, elles sont plus susceptibles de raccrocher. C'est pourquoi des régressions multinomiales distinctes ont été effectuées selon le sexe (voir le tableau 9). Plutôt que d'être examinés séparément, les résultats de ces régressions sont inclus dans la présente analyse de façon à établir clairement les différences qui touchent uniquement les filles ou les garçons.
Certains antécédents réduisent la probabilité d'être un jeune de la seconde chance plutôt qu'un décrocheur; autrement dit, les jeunes ayant certains antécédents sont moins susceptibles de reprendre leurs études après avoir décroché. C'est le cas des jeunes vivant en région rurale (rapport de cotes de 0,76). C'est également le cas des jeunes qui ont au moins deux frères et soeurs, de ceux qui vivent avec leurs deux parents et de ceux qui ont des problèmes de santé, bien que ces trois tendances s'appliquent uniquement aux filles (voir l'analyse détaillée selon le sexe au tableau 9). Chez les garçons, le fait d'habiter l'Alberta ou d'avoir fréquenté une école privée réduit la probabilité de retourner aux études après avoir décroché.
Si on considère que le retour aux études est le résultat le plus souhaitable, il peut sembler logique que la probabilité de raccrocher soit accrue par le fait de vivre en région urbaine ou au sein d'une petite famille où le jeune aura plus de ressources à sa disposition. On comprend moins bien pourquoi, du moins chez les filles, le fait de vivre dans un ménage biparental a le même effet. La tendance qu'affichent les garçons de l'Alberta peut simplement découler de la vigueur de l'économie qui offre des possibilités d'emploi aux jeunes, particulièrement aux garçons, même s'ils n'ont pas leur diplôme d'études secondaires. Il est plus difficile d'expliquer pourquoi les jeunes qui ont fréquenté une école privée sont moins susceptibles de retourner aux études après avoir décroché.
Contrairement aux jeunes de l'Alberta, les jeunes du Québec, lorsqu'on les compare aux jeunes du reste du Canada, affichent une plus grande probabilité (1,56) de saisir une option de seconde chance. D'autres analyses, non présentées ici, ont révélé que la langue n'a en elle-même aucun effet statistiquement significatif sur ce résultat. Toutefois, dans toute analyse de la langue ou de la province au Canada, il convient de dissocier les effets de la province de ceux de la langue. Ici, la province s'avère être la variable ayant le plus d'effet, peut-être parce que le système d'éducation du Québec est très différent. Bien qu'il soit manifestement souhaitable d'entreprendre un examen détaillé de l'incidence de ce système d'éducation sur le recours à des options de seconde chance, une telle analyse dépasse le cadre de la présente analyse.
Fait intéressant, tous les groupes de population du tableau - Premières nations, immigrants de minorités visibles, immigrants d'ascendance européenne, Canadiens de naissance de minorités visibles - sont plus susceptibles de saisir une option de « seconde chance » que les Canadiens de naissance d'ascendance européenne. Comme l'a démontré ci-dessus la documentation sur le sujet, des programmes sont conçus expressément à l'intention des jeunes des Premières nations, ce qui peut influer sur leur participation à des options de seconde chance. Il est plus difficile d'expliquer pourquoi les membres des autres groupes le font. Il serait peut-être plus pertinent de se demander pourquoi les Canadiens de naissance d'ascendance européenne ne participent pas eux-mêmes à ces options.
La catégorie de référence pour le niveau de scolarité des parents regroupe les parents ayant fait des études postsecondaires. Ainsi, les rapports de cotes inférieurs qu'affichent les deux autres groupes concernant la probabilité d'être un jeune de la seconde chance plutôt qu'un décrocheur indiquent que les jeunes dont les parents ont un niveau de scolarité plus faible sont moins susceptibles de reprendre leurs études. Autrement dit, les jeunes dont les parents ont un niveau de scolarité plus élevé sont plus susceptibles de raccrocher que de rester des décrocheurs. Ce résultat est conforme aux tendances relevées dans les ouvrages mentionnés ci-dessus.
L'introduction du deuxième ensemble de variables portant sur les activités des jeunes dans l'équation de régression (à l'étape 2) fait passer le pseudo-R2 de 0,15 à 0,35. L'analyse portera ici sur l'effet de ces variables dans le modèle complet final.
Il est intéressant de noter que certaines variables, dont on prévoyait qu'elles influeraient sur le recours à des options de seconde chance pour retourner aux études, ne distinguent pas ce groupe du groupe des décrocheurs, lorsque d'autres variables sont contrôlées (avoir redoublé une année, avoir participé à des activités parascolaires et avoir travaillé plus de 20 heures par semaine). Ces variables sont néanmoins conservées dans le modèle parce qu'elles ont un effet statistiquement significatif sur la probabilité de ne jamais avoir décroché par rapport à la probabilité d'être un décrocheur.
La participation à des activités bénévoles augmente la probabilité d'être un jeune de la seconde chance plutôt qu'un décrocheur (1,42), tout comme l'obtention d'un résultat élevé sur l'échelle de l'engagement scolaire (1,32). Ces résultats indiquent qu'il y a des choses que les jeunes peuvent faire pour contrer certains des désavantages qu'ils peuvent éprouver en raison de leurs antécédents. Il convient alors de se demander comment faire pour amener davantage les élèves à participer à de telles activités. Le fait d'avoir parmi ses pairs des jeunes qui prévoient faire des études postsecondaires augmente également la probabilité d'être un jeune de la seconde chance, mais seulement chez les filles. De toute évidence, cette variable se prête moins bien à une intervention stratégique, bien qu'elle puisse signaler l'importance du mentorat par les pairs pour les décrocheurs scolaires.
Quelques indicateurs des activités des jeunes semblent réduire la probabilité qu'ils aient recours à des options de seconde chance. Il s'agit notamment des transitions précoces qui, fait intéressant, ne semblent avoir un effet statistiquement significatif que pour les garçons. Le fait que les transitions précoces (se marier, avoir un enfant, quitter le domicile des parents) ont cet effet chez les garçons et non chez les filles peut sembler surprenant, étant donné que les filles sont plus susceptibles d'entreprendre chacune de ces transitions, que celle-ci ait été mesurée lorsqu'elles avaient 18-20 ans ou 20-22 ans. Ce résultat devient moins déconcertant lorsqu'on constate que le fait d'entreprendre ces transitions diminue la probabilité de ne jamais décrocher (c.-à-d. qu'il augmente la probabilité de décrocher) tant pour les filles que pour les garçons.
Le dernier ensemble de variables introduites à l'étape 3 de l'analyse comprend principalement des mesures de la performance scolaire : les notes, le fait d'avoir ou non suivi un cours de mathématiques ou le cours de langue obligatoire en 12e année, et le fait d'avoir ou non suivi ces cours au niveau préuniversitaire. Sont également inclus à cette dernière étape l'intention de faire des études universitaires et le fait d'avoir fait des transitions précoces à l'âge de 20-22 ans. Le pseudo-R2 pour le modèle complet est de 0,50.
Fait intéressant, les notes (le fait d'avoir une note de B+ ou plus) n'ont pas d'effet statistiquement significatif sur la probabilité d'être un jeune de la seconde chance plutôt qu'un décrocheur. Elles influent toutefois sur la probabilité d'être un décrocheur (voir la colonne à l'extrême droite du tableau 8).
Le fait d'avoir suivi les cours de mathématiques et de français (ou d'anglais) obligatoire au niveau préuniversitaire ou en 12e année augmente la probabilité d'être un jeune de la seconde chance plutôt qu'un décrocheur. D'une certaine façon, ce résultat n'est guère surprenant. Il convient toutefois de noter que cet effet est présent même si on contrôle beaucoup d'autres variables, particulièrement parce que les notes en elles-mêmes semblent avoir peu d'effet ici.
Enfin, les jeunes qui prévoient aller à l'université sont beaucoup plus susceptibles d'être des jeunes de la seconde chance que des décrocheurs (2,25), même une fois que les autres variables dans l'équation ont été contrôlées, ce qui est conforme aux études qui montrent l'effet d'aspirations et d'attentes élevées sur les résultats. Il est important d'encourager la poursuite des études afin que les jeunes retournent aux études après avoir décroché.