Intégration socio-économique des minorités visibles et des Autochtones à Toronto, Usha George et Robyn Doyle, University of Toronto
Introduction
Le racisme continue de croître partout au Canada, et ce, même dans la ville où l'on observe la plus grande diversité raciale et ethnique, Toronto. Le racisme entraîne l'inégalité sociale, qui non seulement est une préoccupation de justice sociale et économique, mais qui doit aussi devenir une préoccupation politique et publique, car elle entraîne des tensions au sein des groupes et de l'instabilité dans la société.
L'intégration socio-économique des minorités visibles et des Autochtones à Toronto se mesure par la participation au marché du travail, l'éducation, le revenu, l'habitation, la participation politique et civique, et la santé.
Portrait de Toronto
Selon le recensement de 2001, la population de Toronto s'établissait à 4 647 960 habitants et celle du Canada, à 29 639 030 habitants. Les données indiquent que les pourcentages d'Autochtones et d'Indiens de l'Amérique du Nord, de Métis et d'Inuits au sein de la population de Toronto sont plus faibles que ceux observés à la grandeur du Canada. Les Autochtones correspondent à 0,4 % (20 300), les Indiens de l'Amérique du Nord à 0,3 % (13 780), les Métis à 0,1 % (5 100) et les Inuits à 0,0 % (355) de la population de Toronto. En revanche, la population du Canada est composée à 3,3 % (976 305) d'Autochtones, à 2,1 % (608 850) d'Indiens de l'Amérique du Nord, à 1,0 % (292 305) de Métis et à 0,2 % (45 070) d'Inuits. En tout, il n'y a qu'environ 2,1 % des Autochtones du Canada qui vivent à Toronto.
La population de Toronto comprend un pourcentage beaucoup plus grand de minorités visibles que celle du Canada. La population de Toronto est composée à 36,8 % (1 712 530) de minorités visibles, tandis que celle du Canada est composée à seulement 13,4 % (3 983 845) de minorités visibles. En tout, environ 43,0 % de toutes les minorités visibles au Canada vivent à Toronto.
En termes de population, le plus grand groupe minoritaire visible à Toronto est celui des habitants de l'Asie du Sud, suivi des Chinois et des Noirs. Au Canada, les trois groupes minoritaires visibles les plus importants sont respectivement les Chinois, les habitants de l'Asie du Sud et les Noirs. De manière semblable au portrait d'ensemble de la population de minorités visibles et de la répartition des pourcentages à Toronto et au Canada, les pourcentages des minorités visibles des habitants de l'Asie du Sud, des Chinois et des Noirs sont beaucoup plus élevés dans la population de Toronto que dans celle du Canada. La ville de Toronto est composée à 10,2 % (473 805) d'habitants de l'Asie du Sud, à 8,8 % (409 530) de Chinois et à 6,7 % (310 495) de Noirs comme minorités visibles. Par contraste, la population du Canada est composée à seulement 3,5 % (1 029 395) de Chinois, à 3,1 % (917 070) d'habitants de l'Asie du Sud et à 2,2 % (662 215) de Noirs comme minorités visibles.
En 2001, un total de 792 000 immigrants arrivés au Canada pendant les années 1990 vivaient à Toronto et formaient 17 % de la population de la ville. Conformément à la tendance nationale, moins d'immigrants en provenance de l'Europe et plus d'immigrants en provenance d'Asie se sont installés à Toronto par rapport aux dernières décennies. En raison de ce changement au niveau du continent qui est la principale source d'immigrants, 79 % de ceux qui sont arrivés au cours de cette période appartenaient à des minorités visibles. La vaste majorité des nouveaux arrivants font face à beaucoup des mêmes obstacles à l'intégration socio-économique que ceux rencontrés par les minorités visibles nées au Canada, en plus d'autres obstacles qui sont propres au statut d'immigrant. Ainsi, l'intégration socio-économique des nouveaux immigrants à Toronto est pertinente dans le cadre de la discussion sur l'intégration socio-économique des minorités visibles.
Participation au marché du travail
L'emploi est la pierre angulaire de la participation à la société moderne du Canada. L'emploi est non seulement une source de revenu, mais aussi le fondement de l'estime de soi et de l'autonomie. Malheureusement, en raison du racisme sur le marché du travail au Canada, tous n'ont pas une chance égale de participer. L'emploi est aussi un élément important de l'intégration socio-économique, car le marché du travail est au centre de la création et du maintien de l'inégalité économique.
Les perspectives du marché du travail sont beaucoup moins bonnes pour les Canadiens d'origine autochtone que pour les non-Autochtones. Que ce soit dans une période favorable ou non, l'emploi des Autochtones au Canada demeure inférieur et le taux de chômage, supérieur à ceux de la population en général (voir le tableau 1).
| Tableau 1 : Participation au marché du travail : Autochtones et non-Autochtones à Toronto | ||||
| Âgés entre 25 et 44 ans | Âgés entre 45 et 64 ans | |||
| Autochtones | Non-Autochtones | Autochtones | Non-Autochtones | |
| Taux d'emploi (%) | 75,9 | 81,3 | 62,6 | 72,3 |
| Taux de chômage (%) | 7,2 | 5,3 | 7,0 | 4,0 |
| Taux d'emploi à temps plein toute l'année (%) | 52,1 | 56,6 | 45,6 | 52,2 |
Les minorités visibles, comme les Autochtones, sont sérieusement désavantagées sur le marché du travail au Canada : on note de grands écarts entre les perspectives du marché du travail pour les populations de minorités visibles et celles des non-membres de minorités visibles. Le taux d'emploi est inférieur et le taux de chômage est supérieur pour les minorités visibles comparativement aux non-membres de minorités visibles (voir le tableau 2). Dans l'économie urbaine " mondialisée ", les exigences de flexibilité sur le marché du travail exposent de façon disproportionnée les groupes racisés au travail à contrat, temporaire, à temps partiel et par quarts, lequel comporte peu de sécurité d'emploi, de bas salaires et peu d'avantages sociaux. Cette tendance s'observe aussi au sein de la population autochtone en âge de travailler.
| Tableau 2 : Participation au marché du travail : Minorités visibles et non-membres de minorités visibles à Toronto | ||||
| Âgés entre 25 et 44 ans | Âgés entre 45 et 64 ans | |||
| Minorités visibles | Non-membres de minorités visibles | Minorités visibles | Non-membres de minorités visibles | |
| Taux d'emploi (%) | 75,5 | 84,9 | 69,1 | 73,8 |
| Taux de chômage (%) | 7,7 | 4,0 | 5,8 | 3,2 |
| Taux d'emploi à temps plein toute l'année (%) | 48,4 | 61,7 | 47,8 | 54,2 |
Éducation
Selon le recensement de 2001, parmi la population en âge de travailler à Toronto, les taux d'obtention d'un diplôme universitaire parmi les Autochtones sont considérablement inférieurs à ceux des non-Autochtones (12,7 % comparativement à 32,5 % dans le groupe d'âge 25-44 ans, et 11,5 % comparativement à 23,9 % dans le groupe d'âge 45-64 ans). Par contre, le taux d'obtention d'un diplôme universitaire parmi les minorités visibles est supérieur à celui des non-membres de minorités visibles (33,1 % comparativement à 32,0 % dans le groupe d'âge 25-44 ans, et 24,4 % comparativement à 22,3 % dans le groupe d'âge 45-64 ans).
Le coût de l'enseignement postsecondaire à Toronto augmente de plus en plus, ce qui réduira probablement davantage l'accès des minorités visibles, des nouveaux immigrants et des membres de la population autochtone, puisqu'ils sont surreprésentés au sein de la population à faible revenu de la ville.
Revenu
Dans les années 1990, la presque totalité de la hausse du taux de faible revenu à Toronto était concentrée parmi les nouveaux immigrants en raison de la proportion relativement grande de nouveaux immigrants et de la petite proportion d'Autochtones de la ville. Selon les données du recensement de 2001, parmi le groupe d'âge actif (25-64 ans) de Toronto, 31,5 % des Autochtones avaient un faible revenu comparativement à 25,5 % des non-Autochtones.
En l'an 2000, le revenu d'emploi moyen des minorités visibles du Canada correspondait à environ 86 % du revenu moyen de la population générale : le revenu des hommes membres de minorités visibles était de presque 18 % inférieur à la moyenne nationale pour les hommes, et le revenu des femmes de minorités visibles était de 26 % inférieur à la moyenne nationale pour les femmes. Dans le groupe d'âge 25-44 ans, 39,1 % des membres de minorités visibles avaient un faible revenu comparativement à 19,8 % des non-membres de minorités visibles, et dans le groupe d'âge de 45-64 ans, la proportion est de 41,9 % comparativement à 28,4 %.
Habitation
Bien que les estimations varient en raison de l'absence d'un système de recensement fiable et convenu, il semble y avoir consensus à l'effet que les Autochtones sont nettement surreprésentés dans la population de sans-abri de Toronto et du Canada.
Selon une étude sur la pauvreté de quartier à Toronto et sa répartition géographique entre 1981 et 2001, les nouveaux arrivants au Canada et les minorités visibles sont considérablement surreprésentés dans les quartiers à pauvreté élevée de la ville.
Bien que les études canadiennes sur les sans-abri ne tiennent généralement pas compte des questions d'origine ethnique, celle-ci est considérée comme un facteur de risque important, car les membres de ces populations sont de plus en plus représentés au sein de la population de sans-abri de la ville.
Causes des inégalités
Racisme et discrimination
La discrimination raciale a lieu sur les plans systémique, institutionnel et culturel. Il existe un dossier de preuves important qui témoigne de préjugé racial et d'inégalités au niveau de l'emploi au Canada. Selon l'Enquête sur la diversité ethnique de Patrimoine canadien (2003), 36 % de ceux qui se sont volontairement déclarés membres d'un groupe minoritaire avaient déjà été victimes de discrimination ou avaient été traités injustement en raison de leur origine ethnique, de leur culture, de leur race, de la couleur de leur peau, de leur langue, de leur accent ou de leur religion au cours des cinq ans ayant précédé l'enquête. Cinquante pour cent des Noirs, 43 % des Japonais et 35 % des originaires de l'Asie du Sud ont affirmé avoir été victimes de discrimination, souvent en milieu de travail, dans les magasins, dans la rue et lors de contacts avec les tribunaux ou la police, même si les situations les plus fréquemment mentionnées furent le milieu de travail ou lors d'une demande d'emploi.
Ces situations étaient plus souvent mentionnées par les hommes que par les femmes ainsi que plus souvent par les jeunes hommes (âgés entre 25 et 44 ans) que par les hommes âgés. Les membres de minorités visibles de deuxième génération qui sont nés au Canada de parents immigrants sont plus souvent victimes de discrimination que les non-membres de minorités visibles de deuxième génération.
Reconnaissance des titres de compétences professionnels étrangers
Le revenu et le taux d'emploi des immigrants récents sont en baisse, malgré leurs titres de scolarité qui sont en moyenne supérieurs à ceux des Canadiens nés au pays. Cela laisse supposer que le problème ne réside pas réellement dans leur niveau de compétence, aussi important soit-il, mais plutôt dans la mesure dans laquelle ces compétences sont acceptées et utilisées de manière efficace dans le milieu de travail au Canada.
La situation des professionnels formés à l'étranger est équivalente, à Toronto, à celle au Canada. Malgré le niveau élevé de compétence et d'instruction des nouveaux immigrants à Toronto, les obstacles à l'emploi imposés par l'absence de reconnaissance de leurs titres de compétences ont entraîné la prolifération des nouveaux immigrants qui occupent des emplois à faible revenu.
Conclusion
De nombreuses sources confirment le lien entre les préjugés raciaux et les inégalités d'emploi. Étant donné le degré considérablement inférieur d'intégration socio-économique des Autochtones et des minorités visibles à Toronto, le gouvernement doit prendre des mesures afin d'éliminer toute forme de racisme en milieu de travail, y compris le racisme dans l'embauche, dans la stabilisation du personnel et dans l'avancement.